Habile Tsipras

Publié le par verel

Le résultat sans appel du référendum grec marque la très grande habileté politique du premier ministre, qui l’a encore démontré dans la foulée en se séparant de son ministre des finances, que les autres ministres de l’Euro group jugent totalement insupportable. Mais on peut se demander si Alexis Tsipras est aussi habile économiquement qu’il l’est politiquement.

La première des habiletés du jeune premier ministre grec réside dans le fait que ses partenaires européens ne savent toujours pas s’il veut réellement rester dans l’euro en refusant l’austérité ou si son objectif est en fait de sortir de l’euro en faisant peser la responsabilité de la sortie sur les autres pays. Mais rien ne dit qu’il n’a pas tout simplement un plan A et un plan B si le plan A ne fonctionne pas !

Toujours est-il qu’en moins de 6 mois de négociations, il a obtenu beaucoup plus que son prédécesseur qui se trouvait avec un objectif de 3.5% d’excédent primaire pour 2015 quand lui n’a toujours pas accepté les 1% lâchés par ses créanciers.

Certes, il a dû entretemps renoncer à une grande partie de ses promesses électorales (du moins pour l’instant), comme l’augmentation de près de 30 % du salaire minimum (qui serait après tout possible dans un contexte de retour à la drachme et à l’inflation galopante). Mais manifestement les électeurs ne lui en veulent pas et politiquement c’est cela qui compte !

Certains dirigeants européens qui ont appelé les Grecs à voter « oui » ont été bien mal inspirés de le faire, quand la bonne stratégie aurait été d’affirmer que ses partenaires n’avaient jamais mis en doute la légitimité démocratique du premier ministre, mais qu’eux-mêmes avaient aussi été élus démocratiquement et que pour vivre ensemble au sein de l’UE, il fallait que chacun accepte de respecter les règles communes, qui s’imposent à tous.

Alexis Tsipras devrait s’accrocher à son refus de sortir de l’euro et on peut penser qu’il n’aura de cesse de dénoncer comme des manœuvres indignes toute action (ou absence d’action) européenne (probablement de la BCE, qui se trouve aujourd’hui en première ligne) qui accentuerait la situation critique de l’Etat grec ou des banques.

S’il est un excellent politique, on peut s’interroger sur l’efficacité économique du premier ministre, même si celle-ci ne pourra être jugée que sur la durée : la situation économique de son pays est désastreuse, elle s’est beaucoup dégradée depuis son arrivée au pouvoir. La faute d’abord à ceux qui ont commencé à se désengager dès l’annonce de son élection. Mais la faute aussi à la manière dont il mène les négociations, aux risques qu’il prend. Le référendum est sans doute un grand coup politique mais la fermeture des banques qui est allé avec asphyxie l’économie.

On notera que cette dégradation catastrophique n’est en rien une bonne nouvelle pour les créanciers européens : si la Grèce reste dans l’euro, il faudra bien qu’ils aident leur voisin du sud, et sans doute massivement , par dizaines de milliards !

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