Conversations

Publié le par verel

Ma fille s’est retrouvée avec une classe de terminale pour la minute de silence. Comme partout ailleurs, celle-ci a été respectée sans problème dans son lycée de cette banlieue parisienne, situé dans le seul département encore tenu par le PC.

Auparavant, elle avait utilisé son heure de cours à faire s’exprimer les jeunes : ils ont d’abord été invités à écrire sur des post its (partagés ensuite) comment ils ont appris qu’il y avait eu des attentats puis qu’elles étaient leurs émotions à ce sujet. Cette méthode fait s’exprimer chacun, y compris les plus introvertis, et évite que la parole soit monopolisée par quelques-uns. La discussion qui suit n’en est que plus riche, le fait de s’être exprimé par écrit libérant la parole des plus discrets. Dans le cas de la classe de ma fille, le constat n’est guère différent de celui fait ailleurs : alors qu’une partie des élèves avaient vécu les événements de janvier comme « extérieurs », ils se sentent cette fois beaucoup plus concernés.

Ma fille m’a aussi raconté que tous les enseignants n’ont pas respecté les consignes de ministère. Un professeur de mathématiques a ainsi zappé la minute de silence, « parce que l’exercice en cours n’était pas fini ». Je ferai bien l’hypothèse qu’il ne savait pas comment s’y prendre et craignait que cela se passe mal.

Plus étonnant, la classe que ma fille encadrait de 11h à midi et qu’elle a animée de la manière que j’évoque ci-dessus, avait un cours de philosophie l’heure précédente, mais le professeur n’a pas abordé le sujet avec ses élèves, à l’étonnement de ma fille. Je partage cet étonnement : si un tel événement ne peut être l’occasion d’une prise de distance et d’un regard de philosophe, qu’est-ce que la philosophie ? Apparemment, le professeur en question refuse de donner des méthodes à ses élèves (lesquels commencent à se préoccuper du baccalauréat qui les attend en fin d’année) parce que son but est de leur faire découvrir « la pensée philosophique ».

Je ne serais pas étonné que lui ne plus ne sache pas faire discuter ses élèves, sortir de la seule relation verticale de celui qui parle devant les jeunes. Il est vrai que le processus de formation des enseignants à la française ne donne pas grand-chose à voir sur ce qu’ailleurs on appelle la relation horizontale. Et si ma fille maîtrise apparemment ce type de relation, je crois que ce n’est pas l’Education Nationale qui le lui a fait acquérir, mais ses années passées dans une école et un collège ayant des pratiques différentes, le tout renforcé par ses années de scoutisme et l’animation de stages de formation pour des responsables scouts.

J’ai eu hier au téléphone une ancienne collègue aujourd’hui en retraite et avec qui je m’entendais très bien. D’origine maghrébine et de confession musulmane, elle a évidemment évoqué les attentats avec ce contexte personnel. Pour elle, « on le voyait venir depuis des années ». La montée en puissance d’un discours « ne portant que sur des interdits » l’avait conduite à ne pas emmener ses enfants à la mosquée, alors que, disait-elle, aller à la mosquée, c’est sa religion !

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