Conjoncture française 1

Publié le par verel

Faut-il aujourd’hui une relance keynésienne en France, comme le réclamait à cor et à cri une partie de la gauche ? Pour le savoir, il faut analyser les éléments de la dynamique conjoncturelle

La France est actuellement dans un bas de cycle conjoncturel dont elle tarde à sortir. Sa croissance depuis la crise financière de 2008 est nettement inférieure à son potentiel à long terme, ce qui est une des conditions pour qu’une relance par l’augmentation du déficit budgétaire soit utile.

Des éléments externes sont venus contribuer à une remontée du cycle : l’euro, le prix du baril et les taux d’intérêts ont baissé, autant d’éléments favorables à la croissance, éléments qui, réunis, avaient provoqué la forte croissance de 1997 et des années suivantes.

L’euro, qui a dépassé les 1,5 dollars en 2007, se situait encore à plus de 1,3 dollars pendant toute l’année 2013. Il a été en dessous de 1,15 dollars pendant toute l’année 2015

Les taux d’intérêts à 10 ans, qui étaient supérieurs à 4% en 2007 et encore supérieurs à 2% début 2014, se situent aujourd’hui à un niveau historiquement très bas, inférieur à 1%

Le baril de pétrole était au-dessus de 60$ en 2006 et il a grimpé au-delà de 140 $ en 2008. Après une forte chute fin 2008, il est reparti à la hausse et s’est situé au-dessus de 110 $ de 2011 à 2013. Il s’est situé en dessous des 70$ en 2015 et il finit l’année à un point très bas, en dessous de 40 $

La confiance des ménages et le climat des affaires, tels que mesurés par l’INSEE ont touchés des points bas respectivement en juin et en avril 2013. Depuis, ils ont progressivement montés pour se trouver aujourd’hui à un niveau proche de leur moyenne sur longue période, un peu au-dessous pour la confiance des ménages, un peu au-dessus pour le climat des affaires

voir graphiques 1 et 2

Tous ces éléments favorables ne conduisent pour l’instant qu’à une reprise plutôt molle, surtout au regard de ce qui s’est passé en 1997, où les indicateurs conjoncturels avaient atteints des points nettement plus hauts plus rapidement que cette fois et où la croissance avait été de 2% (et de 4% en 1998) contre seulement 1% en 2015. L’INSEE prévoit une accélération de la croissance en 2016, mais toujours à des niveaux relativement faibles.

Il faut donc se demander d’où viennent les freins à une reprise plus franche et si une relance budgétaire n’est pas nécessaire.

Le premier point à examiner, parce que c’est celui qui pèse le plus (plus de la moitié du PIB), est celui de la consommation des ménages.

D’après la dernière note de conjoncture de l’INSEE, le pouvoir d’achat des ménages a progressé plus vite que le PIB en 2014 et en 2015 (respectivement +1,1% et +1,7 % contre + 0,2% et +1,1%). Sur plus longue période, on ne note pas d’effet négatif du pouvoir d’achat ou du taux d’épargne des ménages

Voir tableau 1

La nette baisse du pouvoir d’achat observée en 2012 est le résultat des hausses d’impôt de cette année-là, qui a affecté principalement les revenus les plus élevés, mais qui a été compensée par une baisse de l’épargne. On notera qu’en 2009, la crise financière ne s’était pas traduite par une baisse du pouvoir d’achat (qui avait au contraire augmenté de 1,6%) mais par une augmentation du taux d’épargne et une baisse de la consommation, des ménages : c’est dans ce type de situation que l’Etat doit prendre le relais par ses dépenses, mais ces situations ne durent généralement pas très longtemps dans nos économies(justement parce que la compensation budgétaire temporaire permet d’éviter qu’elles s’auto entretiennent). Il y a un risque conjoncturel de ce type en cette fin d’année 2015, en raison des attentats de Paris : une baisse a déjà été constatée par l’INSEE mais celle-ci estime que ses effets ne seront que provisoires.

Cette situation particulière exceptée, ce n’est pas le pouvoir d’achat et la consommation des ménages qui expliquent la mollesse de la reprise. On observera que le taux d’épargne des ménages se situe exactement au même niveau qu’en 2007.

A suivre

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