Lutter contre le terrorisme

Publié le par verel

Une fois de plus, le débat politique français se focalise sur un sujet complétement anecdotique mais très chargé émotionnellement et symboliquement. Aujourd’hui c’est celui de la déchéance de nationalité, mesure dont chacun peut comprendre qu’elle n’aura strictement aucun effet dans la lutte contre le terrorisme.

Il me semble que cette lutte pose des problèmes redoutables à un Etat de droit. Dans celui-ci en effet, le doute profite à l’accusé : on peut schématiser la position dans le fait qu’une démocratie préfère voir un coupable en liberté qu’un innocent en prison. Cette position est de fait critiquée à l’extrême droite et même dans une partie de la droite. On y pensera même volontiers que le coupable d’un crime (viol par exemple), étant par nature susceptible de récidiver, devrait rester en prison le plus longtemps possible, quel que soit le taux de récidive constaté dans la population concernée ; la logique médiatique permet d’ailleurs de monter un épingle les cas de récidive, ce qui recouvre en réalité l’idée que tout taux de récidive supérieur à zéro justifie l’emprisonnement de la population concernée.

On voit aussi une différence radicale entre les objectifs de la justice et ceux de la police : celle-ci s’estime volontiers devoir limiter au maximum les crimes et délits (au-delà donc du simple objectif qui serait d’arrêter les coupables). La justice, chargée de définir les sanctions, demandera que les preuves de la culpabilité soit le plus indiscutables possible, justement pour éviter de sanctionner un innocent.

Dans le cas du terrorisme, le risque est tel que la tentation est grande de trouver que l’essentiel est d’éviter un nouveau massacre, quitte à ce qu’il y ait quelques bavures au passage : pour le citoyen moyen, qu’on ait fracturé la porte d’une personne faisant l’objet d’une fiche S est négligeable au regard du risque combattu.

Parlons-en justement des fiches S. Pour certains, il faudrait emprisonner préventivement toutes les personnes concernées. Or, il y a dans l’ensemble un certain nombre d’innocents, soit parce que leur comportement a été mal interprété, soit pour cause d’erreur dans la procédure. Cette situation n’a d’ailleurs rien de surprenant. Si j’étais chef de la police je donnerais comme instruction de produire kla fiche en cas de doute : il vaut mieux avoir fiché des personnes par erreur que d’avoir laissé passer un renseignement révélateur. Il vaut mieux avoir des erreurs que des oublis. Mais cela signifie que ces fiches ne peuvent être utilisées comme une preuve de la nécessité d’agir contre une personne ; En toute rigueur, on devrait avoir des fiches de plusieurs niveaux, tant du point de vue de la dangerosité supposée d’une personne (sachant que celle-ci peut varier dans le temps, ce qui ne facilite pas les choses) que du degré de connaissance de la situation (celle-ci est-elle bien vérifiée) ; Et dans ce domaine, un contrôle par des personnes dont l’objectif premier n’est pas de pouvoir justifier médiatiquement qu’on agit n’est sans doute pas inutile…

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