Repasser aux 39 heures ?

Publié le par verel

La société SMART semble avoir réussi à convaincre la plupart des salariés de son site d’Hambach d’augmenter leur temps de travail à 39 heures pour assurer la pérennité du site. En échange d’une augmentation de 12% de la durée du travail, les salaires devraient augmenter de 6% en moyenne (en fait 120 euros par mois et une prime annuelle de 1000 euros pendant 2 ans) d’après la direction. Cet accord succède à d’autres opérations du même genre menée ces dernières années en France par des entreprises allemandes.

Une note de l’INSEE du 14 décembre montre qu’en 2013, dans le secteur automobile, les salaires étaient supérieurs à la valeur ajoutée alors qu’ils ne représentent que 78.7% de la valeur ajoutée dans l’ensemble de l’industrie manufacturière. Cette situation représente un danger extrême pour les entreprises concernées, qui peuvent être tentées de se replier sur leur potentiel de production dans d’autres pays.

La France a un problème de compétitivité au sein de la zone euro, et en particulier par rapport à l’Allemagne. Ce problème est la conséquence d’une évolution divergente des salaires entre notre pays et son voisin. L’Allemagne a fortement limité les hausses de salaires au début des années 2000, quand les salaires français, sans augmenter aussi vite que dans les pays du sud de la zone, augmentaient plus vite, en partie en raison des conséquences des 35 heures sur le SMIC horaire. L’écart cumulé à été d’environ 17%, mais il a en partie servi à compenser un écart favorable à la France (dans les années 90, désinflation compétitive en France et conséquences de la réunification en Allemagne).

Ce problème pèse sur la croissance. En 2014, la croissance du PIB de la France n'a été que de 0.2%, la contribution du commerce extérieur ayant été négative de 0.5%, malgré la baisse du baril. Cette contribution est toujours négative de 0.2 % cette année(elle avait déjà été négative en 2012 et nulle en 2013)

La France a besoin de remettre les pendules à l’heure pour revenir à une situation compétitive normale mais la dévaluation n’est plus un outil disponible. Les salaires allemands augmentant actuellement plus rapidement (3% par an environ), l’écart commence enfin à se réduire, comme je l’ai déjà noté. Mais un rythme de 1% par an est insuffisant si on veut combler un écart qu’on évaluera à la louche à 10% environ.

Nicolas Sarkozy avait proposé de remplacer une partie des cotisations employeurs par de la TVA (d’où le terme de TVA sociale) son successeur a mis en place le CICE. La voie du temps de travail serait peut être une bonne solution : suppression de jours fériés ou de la cinquième semaine de congés pays, ou augmentation de la durée hebdomadaire, il y plusieurs voies possibles. La solution adoptée par SMART a ceci d’astucieux qu’elle prévoit une hausse des salaires, même si celle-ci est inférieure à la durée du travail (le salaire horaire diminue donc).

Bien sûr, une telle solution demanderait de longues explications et temps de discussion . En théorie, c’est aussi à cela que sert une campagne électorale…

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argone 17/12/2015 20:38

passer à 39h ? pourquoi ne pas passer aux 42h ? Le pb c'est pas le nb d'heures mais le carnet de commandes. et travailler plus pour gagner moins, histoire de s'aligner sur les modèles de l'Est ? Ca fait réver ?

XS 16/12/2015 23:56

Je ne suis pas sûr qu'augmenter le temps de travail des salariés, ou baisser les salaires soit une panacée.

Notamment, la situation diffère entre les secteurs. Si on voulait s'inspirer de l'Allemagne, on pourrait négocier le SMIC branche par branche.

Les salariés de Smart ont en fait voté oui, pour éviter de faire partir leurs emplois en Slovénie. C'est du dumping social. La France a peut-être un problème de coûts salariaux, mais il porte sur les charges sociales (supportant assurances chomage, accident du travail, mais aussi allocations familiales qui n'ont rien à voir, mutuelles gaspilleuses et sur facturées, et la liste est longue) . S'il y a des gains à faire, ce serait en priorité là.

Par ailleurs, augmenter les heures de travail nécessite d'avoir un volume de travail en hausse au niveau européen. Cela nécessite aussi d'innover dans de nouveaux secteurs, tout en diminuant la facture énérgétique .. et en luttant contre des idées de "décroissance". Pas simple. Développer le "secteur quaternaire?".

Enfin les générations actuelles vont devoir travailler 45 ans voire plus. Cela induit aussi un changement de rapport au temps de travail.