Entrepreneur

Publié le par verel

Notre ministre des finances ayant déclaré que « La vie d’un entrepreneur est bien souvent plus dure que celle d’un salarié », a déclenché les foudres des gardiens du politiquement correct et donné l’occasion aux décodeurs du Monde d’apporter des informations utiles mais aussi de faire preuve d’une curieuse logique, dont eux seuls ont le secret. De toutes manières, le « bien souvent » inclus dans la phrase du ministre apporte suffisamment de flou pour qu’on ne puisse contester vraiment sa phrase, d’autant plus que la réalité est complexe.

Les décodeurs avaient pourtant bien commencé en montrant par un petit camembert que près des ¾ des entreprises françaises ne comptent qu’une seule personne ; Dit autrement, il n’y a aucune équivalence entre « entrepreneur » et « patron », puisque les ¾ des entrepreneurs ne sont pas patrons. Et dans le quart restant, on compte d’abord les responsables d’entreprises de 2 à 4 salariés : le médecin ou le dentiste qui a une assistante pour prendre les rendez-vous est le premier producteur de son entreprise, celui dont le travail est facturé au client. Il en est de même du maçon qui travaille avec un aide ou parfois deux, ou du commerçant qui a un autre vendeur avec lui pour le relayer dans la tenue du magasin.

Les entreprises de plus de 20 personnes ne représentent que moins de 2µ% des entreprises ; Et elles en sont pas forcément dirigées par leur propriétaire : à partir d’une certaine taille, le principal dirigeant cesse le plus souvent (pas toujours) d’être le propriétaire (amis cela n’en fait évidemment aps un salarié comme tout le monde !).

On ne comprend donc pas vraiment pourquoi, après avoir apporté cette précision sur la répartition par taille, les décodeurs donnent le salaire des dirigeants d’entreprise selon la taille, c’est-à-dire qu’ils donnent la même place à deux catégories dont l’une (celle des dirigeants d’une entreprise d’une seule personnes) compte 100 fois plus de membres que l’autre (celles des dirigeants es entreprises de plus de 50 personnes)

En fait, si on veut y voir clair en termes de conditions de travail et de vie, il faut distinguer

  • D’une part les entrepreneurs (plus exactement l’immense majorité d’entre eux, ceux dont l’entreprise ne compte qu’une seul personne ou quelques-unes, ce qu’on appelle les TPE pour toute petite entreprise), dont l’une des caractéristiques et qu’ils doivent se soucier de tout dans l’entreprise (voire tout faire eux-mêmes). Comme le disait un de mes collègues qui n’était pas entrepreneur mais avait la responsabilité d’un bureau régional d’une quinzaine de personnes, « je suis celui qui part le dernier et doit vérifier que toutes les lumières sont éteintes et traiter le problème quand les toilettes sont bouchées »
  • D’autre part les dirigeants d’entreprise d’une taille suffisamment grande pour qu’ils consacrent une part (voire tout) de leur temps à ce travail de dirigeant. Dans les entreprises d’encore petite taille (entre 20 et 50 salariés), le dirigeant est souvent aussi le premier commercial ou le DAF de son entreprise, mais il a auprès de lui des personnes de confiance à qui il a pu déléguer une partie des responsabilités. Dans les entreprises plus grandes, on va voir émerger des chefs de service, puis un comité de direction, ce qui n’empêche pas certains patrons de devoir assumer seul la responsabilité de l’avenir (et parfois la survie à de l’entreprise

Pour en revenir à la phrase d’Emmanuel Macron, je noterais ce que disent certains de mes collègues aux personnes qu’ils accompagnent parce qu’elles souhaitent créer leur entreprise (et plus souvent d’abord leur propre emploi) : elles les alertent sur le fait que ce sera probablement plus lourd en temps et et responsabilité et probablement moins lucratif (au moins les premières années) que leur ancien statut de salarié.

Mais peut-on vraiment comparer la situation du chef d’exploitation agricole, du commerçant, de l’artisan et du professionnel de la santé, qui partagent le statut d’indépendant ?

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francis 26/01/2016 10:44

D'accord avec vous, cette comparaison a t elle vraiment un sens ?

Ce qui est important n’est-il pas la qualité de la vie au travail, plutôt que la quantité de travail ?

Et de ce point de vue sociologique : (in)satisfaction au travail, je ne suis pas certain que le salarié soit mieux loti : je connais plus de chefs d’entreprise, certains n’ayant pas de craintes pour leur fin de mois, qui aiment à prolonger leur job, que de salariés refusant leur retraite.
Et d’un point de vue plus économique, c’est l’ espérance bénéfices/couts qu’il faut comparer,
et l'espérance de gain est plus forte chez l'entrepreneur, au sens statistique comme au sens psychologique.

Ce propos me semble un peu là
pour faire du buzz dans les médias.