Un parti désorienté

Publié le par verel

Dans le Monde de ce dimanche, Françoise Fressoz analyse « le suicide plein d’entrain de la majorité » et oppose un parti socialiste qui paye « des années d’ambiguïté » à une CFDT qui « sait très bien où elle veut aller »

L’ambigüité idéologique n’est pas une nouveauté chez les socialistes français : on se souvient de Guy Mollet prenant la tête de la SFIO sur un discours plus à gauche que celui de son rival Gaston Deferre, et livrant la guerre en Algérie à son arrivée au pouvoir. Il y a plus de 40 ans, François Mitterrand s’appuyait sur le CERES, autoproclamé gauche du PS, pour conquérir le parti socialiste puis pour repousser les critiques rocardiennes. Le « tournant de la rigueur » de 1983 en parfaite contradiction avec les discours antérieurs, qui prend enfin en compte la réalité, n’est pas assumé idéologiquement.

La question des retraites illustre parfaitement l’incapacité des socialistes à analyser froidement les évolutions du monde. Rappelons que pour bénéficier d’une « retraite à taux plein » il faut répondre à un critère d’âge et de durée de cotisation. En 1981, au moment où la gauche arrive au pouvoir, le critère d’âge est à 65 ans et celui de cotisation à l’équivalent en trimestres de 37.5 ans. Cette règle pénalise particulièrement une classe ouvrière dont les membres ont massivement arrêté l’école à 14 ans, même avec un CAP, et qui travaillent donc 51 ans. Au lieu d’instaurer un système de prise en compte des carrières longues, la gauche fait passer la retraite à 60 ans, sans tenir compte du fait que l’espérance de vie a déjà augmenté de près de 10 ans depuis l’instauration du système de retraite à la Libération, et que la scolarité obligatoire va jusqu’à 16 ans depuis 1966. En 2003, alors que l’espérance de vie a encore augmenté de plus de 5 ans, la gauche rejette massivement et avec fortes insultes le compromis accepté par la CFDT dans la loi Fillon : passage à 40 ans de cotisation pour tous (seul le privé était concerné depuis Balladur en 1993) contre prise en compte des carrières longues (avec des départs à 56 ans, pour ceux qui ont commencé à 14 ans, il en reste pour quelques années encore). Lors du congrès du Mans, du 18 au 20 novembre 2005, la motion finale prévoit l’abrogation de la loi. La motion 1, majoritaire, qualifiait la loi Fillon de « socialement injuste (pourquoi ?) quand les autres motions, se positionnant plus à gauche la rejetait. En 2012, revenu au pouvoir, F Hollande retouche à la marge la loi qui a porté le départ à 62 ans…

Les logiques d’appareil et de surenchère pour paraitre plus à gauche que son voisin, font que les congrès du PS ne sont pas l’occasion d’une réflexion avancée ni d’une projection à long terme.

A contrario, la CFDT a depuis longtemps une véritable réflexion prospective. Probablement parce qu’elle travaille en permanence avec des intellectuels (voir par exemple le parcours d’Yves Lichtenberger, qui fut membre du bureau national pendant 13 ans et dirigea ensuite le CEREQ, centre de recherche sur les qualifications, sujet dont il est un expert reconnu). La revue Cadres a toujours été d’un haut niveau.

Peut-être que la CFDT bénéficie d’une plus grande homogénéité. Depuis la réforme Fillon et le départ de plusieurs dizaine de milliers d’adhérents (souvent partis vers SUD), il n’y a plus d’opposition interne, ce qui paradoxalement libère la réflexion collective. Un ancien membre du comité directeur m’expliquait récemment le déroulement des réunions mensuelles (d’une durée de un ou deux

jours). Chaque dossier abordé a fait l’objet d’une préparation poussée par les services de la centrale, qui ne manquent pas de compétences. Les membres du comité, responsables de fédération ou de régions, font ensuite leurs commentaires, ce qui permet de corriger si besoin le dossier de départ.

Ce fonctionnement n’a de fait rien d’original, mais il permet d’asseoir la réflexion politique (celle des membres du comité) sur une étude technique préalable. Par ailleurs, les membres du comité n’ont de fait que très peu d’enjeux personnels à défendre dans ces réunions, ce qui permet d’éviter les effets de postures ui gangrènent les congrès du PS.

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