Elections

Publié le par verel

Dans une élection, on sait qu’une partie des électeurs sont fidèles à leur camp alors que d’autres sont plus volatils. Ce sont donc ces derniers qu’il faut convaincre pour gagner, ce qui conduit les candidats d’un duel droite gauche à se positionner au centre pour attirer les hésitants. C’est la tactique adoptée par Chirac avec la fracture sociale en 1995 ou celle qui a permis au New labour de gagner trois élections successives. Ce positionnement peut dans certains cas faire perdre des voix aux extrêmes : on peut ainsi analyser la mésaventure de Schröder qui a perdu avec Lafontaine ce qu’il avait gagné au centre. On peut dire que le programme commun a aidé Mitterrand à prendre des voix au PC (il y a bien sûr d’autres explications) et c’est le rééquilibrage de la gauche en faveur du PS qui lui a ensuite permis d’attirer du centre des électeurs qui n’auraient pas voulu d’un gauche dominée par le PC.

Ce schéma est remis en cause par un autre phénomène, celui de l’abstention, qui conduit à une autre tactique : l’important n’est plus d’attirer les électeurs volatils mais de mobiliser ses troupes. Les changements de majorité ne s’expliquent plus alors par le fait que les électeurs indécis ont favorisé un camp, mais par le fait que les partisans du vainqueur se sont mobilisés alors que ceux du vaincu ont boudé les urnes en plus grand nombre. Il ne faut donc plus se positionner au centre (donc à la marge de son camp) mais au cœur de son propre camp, voire dans sa partie la plus affirmée. Alors que Clinton a gagné en attirant le centre, G Bush a probablement gagné en mobilisant la droite. Les positionnements respectifs de Sarkozy et de Fabius s’expliquent largement par ce type d’analyse, qui explique également la défaite de Jospin.

Au passage, il est amusant de constater que la même évolution s’observe dans les stratégies marketing de la grande distribution, qui après avoir cherché le client à grands coups de promo, s’est rendu compte que ces promos profitaient essentiellement à des clients baladeurs dont s’étaient la stratégie, et qui a choisi depuis quelques années de privilégier les clients fidèles avec les cartes correspondantes et les réductions qui leurs sont réservés.

Du coup, on peut se demander si la théorie de la mobilisation de son camp n’est pas un phénomène de mode marketing !

 En réalité, on observe une augmentation continue de l’abstention, donc la question de la mobilisation se pose effectivement. Mais dans le même temps, la proportion d’électeurs baladeurs augmente. Le meilleur exemple en est le score des trotskistes aux élections de 2002 : 10% aux présidentielles et 2% aux législatives deux mois après. Mais les scores aux européennes de Tapie, Rocard, Sarkozy, De Villiers ou Cohn Bendit montrent la même chose, une des questions majeures étant de savoir si la volatilité se fait à l’intérieur d’un camp ou entre les deux principaux camps !

Un troisième phénomène permet d’expliquer les évolutions électorales en France : le passage d’un vote d’adhésion à un vote protestataire. JM Le Pen suscite les deux types de vote mais le Front National ne bénéficie vraiment que du second, d’où le fait que ce parti recueille moins de voix que son leader.

La défaite systématique depuis 25 ans du gouvernement sortant illustre la force du vote protestataire. La victoire du « non » au référendum en est bien sur l’expression la plus éclatante.

 

Quelles leçons tirer de toutes ces remarques pour les prochaines présidentielles ?

Pour l’instant, il semble qu’aucunn candidat potentiel ne suscite une véritable adhésion au centre et dans la gauche modérée. La gauche radicale n’a d’ailleurs pas non plus encore trouvé son héros : on verra si la récente condamnation de José Bové lui permet d’acquérir ce statut.

Ce camp modéré risque donc de ne pas être présent au deuxième tour, comme en 2002 !  

Le positionnement de Sarkozy lui donne plus de chance au premier tour alors qu’il aurait du mal à rassembler au deuxième contre un candidat modéré.

Le risque est élevé que le vote protestataire l’emporte. Dans ce cas, un candidat d’extrême droite (Le Pen ou De Villiers peut être au second tour. Il peut aussi prendre des voix à Sarkozy au point que celui-ci ne fasse pas un score suffisant : sa tactique de mobilisation du camp de la droite étant mise en déroute par la présence d’un candidat plus crédible que lui sur ce créneau ( A cet égard, de Villiers est sans doute plus dangereux pour Sarkozy que Le Pen).

L’autre qualifié peut alors être n’importe qui, en fonction notamment de la dispersion des candidatures (il ne faudrait pas croire cependant que limiter celles-ci à rebours du choix de 2002 serait pour le PS une assurance de gain).  

Le vrai défi pour la gauche modérée est d’avoir un candidat suscitant l’adhésion. Cela n’en prend pas le chemin, mais on comprend les raisons de la montée de S Royal. Du coté du centre ou des adversaires de droite de Sarkozy, la question est la même : pour l’instant Villepin pourrait mieux réussir que Bayrou dans ce rôle.

L’article de J Jaffré dans le Monde de ce soir illustre parfaitement le défi posé à un PS replié sur lui-même et menacé à la fois par la gauche antilibérale et la droite sécuritaire.  

Malheureusement, faute de ce candidat digne de confiance, un deuxième tour De Villiers Bové pourrait devenir autre chose qu’une hypothèse d’école !

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Jacques Heurtault 04/12/2005 14:39

Je n'ai pas tout lu car c'est un peu long.
Pour moi, l'équation est simple. Si le PS se positionne très à gauche, il n'aura pas ma voix! J'irai voir au centre ou à droite. S'il se positionne au centre gauche, les électeurs "très à gauche" auront le choix : un gouvernement de centre gauche ou bien un gouvernement de droite.
C'est à eux de choisir!
La politique du pire a toujours favorisé les glissades à droite, quelques fois même à l'extrème droite!
Il est difficile d'êmpêcher un électeur d'extrème gauche de favoriser le retour en force d'une droite encore plus dure!

Verel 19/11/2005 07:28

Résultats du sondage SOFRES
http://www.tns-sofres.com/etudes/pol/290505_referendum_r.htm
Pourquoi avez vous voté non ?
1) Ce traité va aggraver le chômage en France: 46%
2) Je veux exprimer mon ras le bol vis à vis de la situation actuelle : 40 %

Je ne vois pas comment interpréter la réponse qui vient en 2 autrement que par protestataire

mais la réponse qui vient en 1 est également largement protestataire: elle exprime d'abord un refus du chômage

Et je ne vois d'ailleurs pas pourquoi on refuserait aux électeurs d'exprimer s'ils le souhaitent leur refus du chômage ou leur ras le bol de la situation actuelle!

Après tout il y a des centaines de millions de gens sur notre planéte qui pratique une religion appelée "protestante"!

Voter pour une question claire ne signifie pas que celle ci est simpliste
On aurait demandé aux électeurs de Maastricht les conséquences de leur vote, leur très grande majorité aurait certainement répondu que c'était d'avoir ou non une monnaie commune.
Qu'il y ait en réalité beaucoup d'autres aspects liés à celui ci n'empêchait pas que c'était bien l'idée clé

On aurait posé la même question en mai 2005, il y aurait eu des réponses extrémement différentes (si tant est que chaque personne aurait répondu une seule réponse!)
Ce n'était donc pas un sujet à référendum
Cela ne pouvait donc qu'être un vote de confiance comme on en a eu d'autres, comme l'explique l'article de générations europe

exemple
Lors du référendum sur les accords de Matignon en 1988, il est probable que moins de 1% des électeurs métropolitains avaient lu le contenu de l'accord : ils ont voté (massivement) leur soutien à un projet qui, étant approuvé par les deux parties locales, leur semblait aller dans le sens de la paix. C'était un vote de confiance à ceux qui avaient négocié, justifié par le fait que ces derniers semblaient avoir cherché et trouvé une solution pacifique

Le vote non au référendum de mai 2005, traduisait à contrario une défiance envers ceux qui avaient négocié
défiance que vous exprimez vous même:

"Les référendums sont sans aucun doute une mauvaise idée dès lors qu'il s'agit de demander aux citoyens leur approbation de décisions qui ont déjà été prises en petit comité auparavant.
Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Ce référendum n'était qu'une farce qui a tourné en cauchemar. Car à aucun moment il n'a été question de connaître l'avis des citoyens, il leur a été très clairement dit qu'une seule réponse n'était valable, que de toute façon ils n'avaient pas le choix"

S'il ne s'agit pas là d'un raisonnement protestataire!

Marcel 18/11/2005 20:23

« C'est surtout un constat des sondages réalisés auprès des électeurs sur leurs motivations! »

De quels instituts ? Avez vous des sources précises ? Moi je n'ai pas vu les mêmes chiffres.


« En réalité, le sujet ne se prétait absolument pas à un référendum, méthode qui est bien adaptée à une question précise, alors qu'il y avait des tas de thèmes différents dans cette affaire »

Article 3 de la Constitution de 1958 « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. »

Il n'est pas question de cantonner l'utilisation du référendum à des simplistes.
De fait, il y avait un doute entre la volonté de la Nation et ce qu'en pensent les élus, c'est à dire les représentants.
Si les représentants sont là pour représenter, ils ne sont pas là pour se substituer.
Le terme représenter est sans équivoque.

Quand au fait qu'il y avait des tas de thème dans cette affaire, c'est vrai. Le tort principal est sans doute d'avoir voulu faire un tas de chose en même temps. Parler d'établir une Constitution tout en parlant de définir une ligne politique, c'est en soit mélanger tout et n'importe quoi.

Verel 18/11/2005 18:25

"Que des gens aient voté pour critiquer la politique du Gouvernement, c'est uniquement une idée soutenue par des partisans du oui. "
C'est surtout un constat des sondages réalisés auprès des électeurs sur leurs motivations!

Je ne vois d'ailleurs pas très bien comment il serait possible que des millions d'électeurs aient tous voté pour les même raisons!

En ce qui concerne le fait de faire un référendum, rien n'obligeait à le faire dans la constitution française et des changements infiniment plus importants sont décidés par le Parlement (qu'on élit pour cela!): cela s'appelle la démocratie représentative!
En réalité, le sujet ne se prétait absolument pas à un référendum, méthode qui est bien adaptée à une question précise, alors qu'il y avait des tas de thèmes différents dans cette affaire
Sur ce sujet voir un article intitulé "de l'utilisation des référendums"
http://generationseurope.over-blog.com/article-545186.html

En ce qui concerne le choix de la date, J Chirac avait un créneau d'environ 3 ans. Il a décidé de faire un référendum et choisi la date pour géner le parti socialiste: cette bassse manoeuvre politicienne s'est retournée contre l'Europe
Sa responsabilité de démocrate aurait été de faire tout pour que les conditions soient réunis pour que les sujets ne se mélangent pas

Marcel 18/11/2005 08:15

« Parmi les électeurs qui on t voté non, il y en a qui refusaient la constitution, d'autres l'europe et d'autres qui voulaient montrer leur refus de la politique menée par le gouvernement où même plus simplement leur ras le bol de la situation qu'ils vivaient
Organiser un référendum à une époque de montée continue du vote protestataire est un choix d'une rare bêtise »

Je vois mal comment on peut se permettre d'impliquer la France entière sur le long terme sans lui demander son avis par oui ou par non.
Que des gens aient voté pour critiquer la politique du Gouvernement, c'est uniquement une idée soutenue par des partisans du oui.

Les référendums sont sans aucun doute une mauvaise idée dès lors qu'il s'agit de demander aux citoyens leur approbation de décisions qui ont déjà été prises en petit comité auparavant.
Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Ce référendum n'était qu'une farce qui a tourné en cauchemar. Car à aucun moment il n'a été question de connaître l'avis des citoyens, il leur a été très clairement dit qu'une seule réponse n'était valable, que de toute façon ils n'avaient pas le choix.
Cela ne fait que marquer le fossé existant entre politiciens et politique, entre élus qui ne représentent plus qu'eux et la cité.
Car lorsqu'un président de la République use de sa position de président, c'est à dire de représentant de la souveraineté de la Nation, pour aller à l'encontre de la volonté de la Nation exprimée par le référendum, par exemple en demandant à d'autres pays d'imposer à la France ce qu'elle refuse, nul ne doute que cela montre bel et bien qui il représente et de quel pouvoir il abuse.

Le référendum est évidemment une solution dangereuse dès lors qu'on se moque éperdument de la volonté de la Nation.
Sinon, le référendum ne constitue aucun danger, si on agit vraiment en accord avec la Nation et que l'on s'intéresse vraiment à son avis.

De la même manière, ce que vous dites à propos des choix d'éléctions ne sont que des petits calculs politiciens, hors du champ de la politique en son sens normal (et pourtant un peu oublié).
Le choix des élus de la Nation n'a pas à arriver à un moment malin ou pas. Essayer de jouer avec ça, c'est cracher sur la démocratie.
Or lorsqu'un pouvoir justifié par la démocratie crache sur la démocratie, il se passe souvent des tremblements de terre.

verel 18/11/2005 07:00

Je ne vois pas pourquoi le vote protestataire serait un vote abruti (je ne sais pas très bien ce qu'est un vote abruti!)
Il peut même être très calculé: beaucoup des électeurs de gauche qui n'ont pas voté Jospin au premier tour en 2002 ont fait un calcul qui s'est avéré malvenu puisqu'ils n'ont pu voter Jospin au deuxième tour comme ils l'avaient sans doute imaginé

Le vote protestataire correspond au vote de gens qui ne sont pas satisfaits de la situation et qui choisissent un moyen pour l'exprimer sans forcément adhérer à celui pour lequel ils votent
Le vote non à un référendum est un choix idéal pour un vote protestataire car il n'a par nature pas à exprimer une adhésion mais un refus
Parmi les électeurs qui on t voté non, il y en a qui refusaient la constitution, d'autres l'europe et d'autres qui voulaient montrer leur refus de la politique menée par le gouvernement où même plus simplement leur ras le bol de la situation qu'ils vivaient
Organiser un référendum à une époque de montée continue du vote protestataire est un choix d'une rare bêtise
Choisir des dates d'élection (lors de la dissolution et du référendum) au point le plus bas du cycle économique n'est vraiment pas malin non plus!

Marcel 17/11/2005 08:51

Pour déclarer « La défaite systématique depuis 25 ans du gouvernement sortant illustre la force du vote protestataire. La victoire du « non » au référendum en est bien sur l?expression la plus éclatante. », vous devez avoir voté oui, non ?

Sauf erreur de ma part, en général, seuls ceux qui ont voté oui pensent que ce vote était nécessairement un vote abruti, « protestataire ».
Pour l'UMP, c'est nécessairement un vote abruti, « protestataire », sinon ça signifierait tout simplement que leurs idées ne sont pas dominantes, contrairement à leur pouvoir exécutif et législatif.
Pour le PS hollandais, c'est nécessairement un vote abruti, « contestataire », contre le Gouvernement, sinon ça signifierait tout simplement que ses idées ne sont pas dominantes au sens de son électorat, en dépit des résultats des votes faits entre encartés.


« Cela n?en prend pas le chemin, mais on comprend les raisons de la montée de S Royal. »

Vu ses relations avec F. Hollande, on comprend qu'il est nécessaire de noyer le poisson et faire croire aux électeurs qu'ils vont voter pour quelqu'un de différent de Hollande/Jospin.
C'est très amusant de voir le fossé apparemment existant entre encartés du PS et sympathisants du PS.


« Bové pourrait devenir autre chose qu?une hypothèse d?école ! »

Doit-on préférer des inutiles sans programme et sans ambition pour la Nation ou des furieux près à tout chambouler.
Dur débat.
Dommage qu'on ne puisse avoir les utiles avec un programme ambitieux qui ne soient pas pour autant des furieux. Faudrait-il créer un parti ? ... et risquer d'avoir des votes encore plus éparpillés ?

Le vrai défi pour la gauche modérée est, en effet, « d'avoir un candidat suscitant l'adhésion ». Mais l'adhésion de qui ?
L'adhésions des militants du PS semble apparemment incompatible avec celle de ses sympathisants. D'où des votes éparpillés.
C'est cela l'aspect le plus intriguant : apparemment pour séduire les encartés, il faut être centriste, pour séduire les sympathisant il faut être au coeur de son parti. Le candidat étant choisi par les encartés, il en ressort un score minable, puisque les sympathisants sont plus nombreux que les encartés.

Ceci dit, peut-être que la supercherie S. Royal permettra de noyer le poisson. Mettre quelqu'un qui pense pareil que F. Hollande mais qui a été plus discret, et en plus qui est une femme (rien de tels qu'un raisonnement sexiste pour séduire ceux qui se pensent anti-sexistes), c'est sans doute la meilleure solution possible pour la direction du PS. A court terme.