Entrants

Publié le par verel

Comme pour beaucoup, Noël a été pour moi l’occasion d’une réunion de famille, réunissant 4 générations, la première étant représentée par un couple totalisant 165 ans à eux deux (l’espérance de vie ne cesse d’augmenter dans notre pays !) et la quatrième par un bébé de 5 mois. La deuxième et la troisième générations illustraient parfaitement un article que j’ai lu très récemment sur un blog (mais que je n’ai pas su retrouver !) concernant ceux qui sont dans le système et ceux qui tentent d’y entrer.

 

Les dix représentants de cette deuxième génération travaillent tous en CDI, généralement dans des grandes entreprises. Ils n’ont pour 7 d’entre eux jamais connu de période de chômage. Deux femmes ont eu des difficultés pour retrouver du travail après une période d’arrêt pour élever leurs enfants. Un seul a connu une longue période de chômage (un an et demi) et ce n’est sans doute pas un hasard s’il s’agit du plus jeune. Mais il a largement profité de l’aide que notre société accorde à ceux des siens qui sont victimes d’un plan de sauvegarde de l'emploi (!) dans une grande et riche entreprise. Il est vrai que la plupart avaient fait des études supérieures mais ce n’était pas le cas de tous et cela n’a pas été un critère déterminant dans le rapport à l’emploi. Aucun n’a pour l’instant été victime (ou a bénéficié !) de mise en préretraite comme leurs cousins plus âgés.

 

Rien de tout cela pour la génération suivante. Les situations sont beaucoup plus variées pour les 10 qui sont déjà entrés sur le marché du travail.

 

Deux ont connus une entrée sans histoire dans la vie active : l’un comme informaticien, l’autre comme professeur. Pour ces deux là, une scolarité sans histoire s’est poursuivi par une entrée sans histoire dans le monde du travail. Encore que l’informaticien a commencé par un CDD et que la prof se retrouve curieusement ( !) comme remplaçante dans le 93 !

 

Un autre a aussi un parcours sans problème puisque titulaire d’un bac professionnel de chauffagiste, il a trouvé un travail près de chez lui et qu’il vient après 4 ans de vie professionnelle de passer un BTS de maintenance.

 

Pour les autres, c’est moins simple !

 

Une psychomotricienne après quelques mois de galère, a trouvé un travail à temps partiel mais n’arrive pas à compléter pour le temps plein qu’elle appelle de ses vœux.

 

Un couple de dessinateurs, essaie de se débrouiller avec des piges et quelques cours.

 

Une juriste a enchaîné stages en association (évidemment à peine indemnisés) et formation et se retrouve à 26 ans reçue à un concours pour devenir avocate. Et elle découvre qu’on vient de rajouter à cette formation six mois de stage !

 

Le titulaire d’un BTS de maintenance enchaîne les missions d’intérim. La période difficile au début à attendre un appel semble derrière lui.

 

Un autre est serveur dans un restaurant, travail qu’il a d’abord fait au noir car étranger sans papier avant de se marier et d’entrer dans la famille.

 

Le dernier a interrompu ses études et galère.

 

 

La différence entre une génération pour l’essentiel entrée dans le monde du travail avant 1975 et celle arrivée récemment sur le même marché est flagrante : aux premiers les parcours linéaires, les CDI et la sécurité de l’emploi, aux seconds les parcours plus complexes et incertains à l’exception de ceux qui se trouvent dans une filière favorable aux salariés. Ce n’est pas tant le niveau de diplôme qui joue (encore que, bien sûr) que la filière : clairement, ceux qui ont choisi une filière scientifique ont été largement favorisés (c’est le cas de la prof).

 

Mais même dans la maintenance réputée pourtant pour ses tensions sur l’emploi, le passage par le travail précaire reste incontournable.

 

Enfin, l’embauche se fait dans des PME (exception faite bien sûr pour l’Education Nationale qu’on peut difficilement assimiler à une PME !) ou sous des formes non salariées.

 

A travers ma petite vie de famille, on retrouve ainsi une société qui protége ceux qui y sont mais qui est très dure pour ceux qui cherchent à entrer. On voit ici les conséquences de la conjugaison d’une économie langoureuse et d’un droit du travail qui privilégie la défense de l’emploi existant.

 

Les évolutions profondes que connaît notre économie se traduisent par des changements permanents dans les besoins de recrutement. L’adaptation se faisant essentiellement par les entrants, ce sont d’abord les jeunes qui trinquent et qui connaissent le chômage et la précarité. Les entreprises ont pris l’habitude de trouver les moutons à cinq pattes sur le marché du travail et les stages mal ou non indemnisés deviennent un passage indispensable. Ceux qui, comme la plupart des membres de ma famille, ont acquis une qualification suffisante rallient progressivement le club des protégés. Les autres vont continuer à passer d’un intérim à un CDD puis à une période de chômage.

 

Pour changer tout cela, certains préconisent de revoir le droit du travail. La priorité est ailleurs : faute d’une croissance suffisante, toute évolution du droit du travail, sans doute nécessaire par ailleurs, conduit principalement à changer la place dans les files d’attentes.

 

Publié dans Social

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Verel 30/12/2005 15:24

J'ai beaucoup apprécié cet article de Nicolas Baverez mais l'expression est assez habituelle sur le sujet
Jean Paul Fitoussi l'utilise également en page 2 du même journal

François Brutsch 30/12/2005 13:01

Excellente utilisation des réunions de famille! ;-)L'expression finale, "changer la place dans les files d'attente" est-il un hommage, volontaire ou subliminal, au papier de Nicolas Baverez dans Le Monde daté de vendredi?