Normopathe

Publié le par verel

Libération a publié vendredi 17 février un article/ tribune d’Emmanuel Poncet comparant le juge Burgaud à Eichmann, et relevant le caractère potentiellement totalitaire des « jeunes cadres obéissants ». Je pense qu’il se trompe complètement sur Fabrice Burgaud, au-delà de l’intérêt potentiel de réfléchir aux conséquences de l’obéissance aux ordres dans notre société.

Je crois en effet, au contraire du journaliste, que le juge d’Outreau n’a pas été un exécutant mécanique et froid et qu’il s’est en réalité laissé emporté par ses émotions !

Bien sûr, et on le sent à chacune de ses déclarations, il a été très attentif à respecter la procédure. Quand on sait qu’une erreur de procédure peut conduire à détruire toute une enquête, on comprend l’obsession du juge. Mais si c’est de là que vient le problème, il faut le dire et revoir un système qui conduit à ne pouvoir condamner certains coupables mais qui permet aussi de garantir les droits fondamentaux de tout citoyen.

Mais il lui a aussi été reproché de n’avoir aucunement tenu compte de données purement factuelles, qui aurait dû par exemple l’amener à ordonner un non lieu dans l’affaire de l’handicapé dont le certificat médical montrait son incapacité à exécuter les faits dont il était accusé. S’il avait été le robot procédurier que le journaliste le soupçonne d’avoir été, il n’aurait pas  négligé l’ensemble des faits qui lui montraient qu’il faisait fausse route.

En réalité, il est plus probable que Fabrice Burgaud a été scandalisé par les faits dont il menait l’instruction. N’oublions pas, et c’est l’un des faits qui rend la comparaison avec Eichmann ridicule, qu’il y a eu dans cette affaire des condamnés, donc des faits de pédophilie avérés : l’erreur du juge a été de croire que ces faits, parce qu’ils dépassaient le cadre d’un seul couple, concernaient tout un réseau. Et son comportement avec les accusés est probablement celui d’un homme profondément scandalisé par les faits en cause, qui ne s’est pas rendu compte qu’en jouant au redresseur de torts, il oubliait le recul indispensable à son métier et qu'il n'écoutait pas les personnes en face de lui, des êtres humains malgré toute l'horreur qu'ils lui inspiraient. Tout le contraire du jeune cadre obéissant et inhumain dépeint par Emmanuel Poncet !

L’erreur aussi de son environnement plus expérimenté a été de se laisser influencer par un contexte marqué par l’affaire Dutroux dans la Belgique toute proche et par une opinion malheureusement plus sensible au risque de laisser échapper un coupable qu’au risque de condamner un innocent.

Et sur ce point, les médias ont une forte responsabilité. On aimerait les entendre faire mieux leur mea culpa au lieu d’essayer d’associer Hannah Arendt à leurs idéologie, elle qui avait su montrer à quel point certaines  idéologies pouvaient conduire au totalitarisme.

En fait, Emmanuel Poncet fait exactement la même erreur que le juge d’Outreau : il est convaincu à priori de sa théorie concernant les « jeunes cadres obéissants » et il l’applique aveuglément à un cas qui n’a rien à voir !

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Candide 20/02/2006 11:36

Dans son billet  "Froid dans le dos" Candide compare le juge Burgaud à Rudolf Hessele parrallèle est saisissant.http://librecours.over-blog.com/article-1826533.html/Bonne lecture