Démocratie d'émotion

Publié le par verel

La commission parlementaire sur l’affaire d’Outreau continue à faire couler beaucoup d’encre. Le Monde daté de ce jour donne la parole à André Vallini, président de la commission et à Robert Badinter, ancien garde des sceaux. La volonté du premier de ne pas conclure dans la précipitation et sa proposition de ne votre une nouvelle réforme qu’après en avoir  fait un sujet de débat démocratique est louable, même si on peut aussi n’y  voir que le réflexe partisan d’attente le retour de son camp aux affaires.

Je retiendras du second plusieurs idées à méditer

  • D’abord, comme Guy Carcassonne, il regrette « le torrent des réformes législatives conçues à la hâte », « l’inflation législative et les injonctions contradictoires ».
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  • Il met le doigt sur une des raisons majeures de cette inflation : « Nous sommes passés d’une démocratie d’opinion à une démocratie d’émotion ». La dictature des médias, leur traitement des faits privilégiant l’émotion, son impact sur les décisions politiques ont été illustrées  lors des élections de 2002 par le rôle qu’à pu jouer sur le premier tour des présidentielles, la présentation en boucle d’un vieillard molesté par quelques garnements. L’actualité du début d’année avait été l’occasion ici même de condamner ces pratiques. Je reste persuadé que la démocratie d’opinion ne peut l’emporter que si nos gouvernants sont capables de proposer à leurs concitoyens une vision de l’avenir de leur pays qui se projette sur des lustres et non sur des semaines.
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  • Il note au passage que cette affaire amène « certains députés à s’indigner aujourd’hui alors qu’ils étaient si prompts hier à réclamer toujours plus de lois répressives, de restrictions aux droits de la défense, de recours à la détention provisoire. ». C’est au moins une de ses sorties positives ! 
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  • Il observe enfin l’inquiétude du public à voir des innocents « qui ont subi des années de prison, la destruction de leur vie familiale et professionnelle ». « Chacun pense qu’il n’est pas à l’abri de pareil désastre ». Cette remarque rejoint celles d’Erwan Lecoeur dans le numéro de dimanche, décrivant une société française inquiète pour une multitude de raisons pêle-mêle. Tout cela ne prépare pas une réflexion électorale  sereine en 2007 

En tout cas, merci à Robert Badinter du recul qu’il nous permet dans cette affaire.

Publié dans Politique

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Sébastien 17/03/2006 19:32

Plus d'infos sua la maltraitance des personnes handicapées sur le sute du collectif des démocrates handicapés : www.cdh-politique.org

sébastien 17/03/2006 19:21

Oui, il y a des commissions d'enquêtes qui font beaucoup moins de bruit et notemment celle concernant la maltraitance des personnes handicapées accueillis en établissements spécialisés.

brigetoun 25/02/2006 21:26

une fois de plus merci à Badinter. Ceci dit il est trop gentil avec le public, nous, qui avons été aussi empressés à nous ruer sur les relations de l'enquète faites par les journalistes (pas un peu anormal ?) que passionnés par les retransmissions de la commission et auparavant ravis des lois Sarkozy et Perben