Encore le CPE

Publié le par verel

Le CPE voit l’affrontement de deux théories : celle portée par les tenants d’un droit social très protecteur des salariés et ceux qui, à la suite de l’OCDE, considèrent que le manque de flexibilité du travail est une des raisons majeures du chômage en France.

 

Mes neveux me disaient ce dimanche que la lecture de mon premier article sur le CPE ne leur avait pas permis de comprendre ma position exacte sur la question. Bien sûr, avec la fougue des lycéens et étudiants qu’ils sont, ils ont envie de penser en noir ou blanc. Mais la vérité est que je pense que les deux théories exposées ci-dessus sont fausses.

 

Ceux qui veulent sauvegarder un droit du travail très protecteur s’illusionnent : le droit français ne protège plus aujourd’hui qu’une partie des salariés, ceux qui ont un CDI dans une grande entreprise ou les fonctionnaires. Mais elle laisse largement à l’écart la foule des précaires, en particulier chez les jeunes et les peu qualifiés. Sans compter le nombre très important de chômeurs.

 

Mais ceux qui reprochent au système d’être un frein à l’adaptation des entreprises oublient eux aussi de prendre en compte tout ce personnel précaire qu’on trouve de plus en plus et qui porte tout le poids de la flexibilité.

 

Au final, on ne comprend l’attitude vis-à-vis du CPE ni des uns, ni des autres

 

Du coté du gouvernement, il parait complètement illogique de revoir la flexibilité de ceux qui la subissent déjà : s’il faut rendre le système plus performant, c’est au droit de licenciement des CDI qu’il faudrait s’attaquer (le gouvernement y pense probablement mais n’ose pas agir).

 

Du coté des tenants d’un droit social très protecteur, l’attitude est en fait de principe mais méconnaît complètement le principe de réalité.

 

Tout ceci me conforte dans ma position : le CPE ne mérite ni excès d’honneur, ni excès d’indignité. Son impact sera faible. Et pendant ce temps on ne fait pas ce qu’il faudrait pour créer des emplois.

 

Malheureusement, la manière dont le gouvernement prend la question est vraiment contre productive. Après avoir saccagé la question de la décentralisation puis celle des pôles de compétitivité, notre gouvernement est en train de saccager celle du droit du travail. Il a fallu 8 ans après l'échec de Juppé en 95 pour revenir sur la question des retraites: combien faudra t'il de temps demain pour revenir mettre de l'ordre sur chacune de ces trois questions après un tel carnage?

 

Pour toucher au droit du travail, il aurait d’abord fallu montrer qu’on prenait les moyens de relancer la croissance de manière durable (voir à ce sujet les propositions de Christian Blanc) et ensuite seulement engager une concertation avec les acteurs, un travail pédagogique pour remettre de l’ordre de manière globale et non par des petites touches qui semblent viser négativement la partie de la population la plus inquiète. Il aurait aussi fallu montrer que l’objectif était positif : pourquoi faut il attendre que les facs soient en grève pour penser à prévoir des tuteurs pour les plus jeunes ? Pourquoi refuser les amendements issus de la majorité pour justifier les licenciements ?

 

Et comment un gouvernement en fin de vie au service d'un président profondément décrédibilisé peut il mener correctement des réformes d'ampleur ?

 

Pour finir, je vous recommande le point de vue de Bernard Belloc sur le  »Pourquoi Pas », celui d’Econoclaste et des articles qu’il cite (il faut lire celui du Monde), et enfin celui de la CFDT

 

Publié dans Social

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titfraise 19/03/2006 18:25

malheureusement ceux qui l'ouvrent le plus sur le CPE ne sont pas forcement les mieux informés (du moins je parle des etudiants)
 

marc d HERE 17/03/2006 14:30

Un deuxième commentaire qui vient prolonger le précédent;

Une tribune très interessante dans Libération d'aujourd'hui , de Daniel Schneidermann, qu'on ne peut soupçonner ni d'être de droite, ni d'être favorable au gouvernement Villepin.

Il faisait observer que quand on interroge des jeunes non qualifiés,  originaires des cités  notamment , ceux-ci approuvent le CPE, disant, "deux ans à l'essai, et alors...Quel problème?.... du moment qu'on est engagé , on signe tout de suite... " et autres remarques du même type...Ceux qui savent ce qu'est la précarité ne méprisent pas et ne rejettent pas  des contrats qui, ils le sentent, pourraient contribuer - un peu- à les en faire sortir.

Mais à ces réactions  de bon sens  les médias préfèrent souvent  les slogans et les arguments idéologiques ou  politiciens....A méditer....

marc d HERE 17/03/2006 12:52

Je suis relativement d'accord avec vous, mais je voudrais revenir sur un point.
Le CPE s'adresse en priorité aux jeunes non qualifiés qui sont victimes d'un chômage très important et pour qui la précarité est une réalité. CDD de quelques semaines, intérims de quelques jours et souvent pas assez de temps de travail pour s'inscrire au chômage.
Si l'on pense que cette liberté donnée aux entreprises dans la rupture éventuelle du contrat, les incitera à embaucher plus facilement , et à priori pour le long terme (le CPE est un CDI...) , cela diminuera fortement la précarité de ces jeunes. C'est un peu un  pari....mais donnons lui les chances de réussir.
Si je peux me permettre j'ai fait sur le blog d'IES et sur celui de Générations Europe, une proposition pour sortir de cette situation de blocage.
A vous.
marc d'Héré
 

Daumont Jean 15/03/2006 10:49

   J'ai lu avec intérêt vos articles sur le CPE, ainsi que les articles d'autres internautes comme J. Heurtault (Propositions audacieuses)...
   Je partage votre opinion sur le fait que le CPE ne mérite ni excès d'honneur, ni excès d'indignité... Mais je ne peux pas vous suivre quand vous affirmez "qu'un gouvernement en fin de vie au service d'un Président décrédibilisé ne peut pas mener une réforme d'ampleur"... Tout en ayant moi-même une attitude très réservée sur les "gouvernants" actuels, je considère qu'ayant été démocratiquement élus - et même s'ils subissent - après d'autres - "l'usure du temps" , ils "font leur boulot " en tentant des réformes pour "vaincre le chômage", dans un domaine où les autres (de droite comme de gauche) ont échoué...et où certains théoriciens estimables (comme Mr Blanc...) n'ont pas encore fait leurs preuves... Evidemment, le 1er Ministre a confondu vitesse et précipitation, et il a braqué "les syndicats" (49/3), ce qui n'est jamais bon, surtout à propos des jeunes... Alors...