Commercer avec la Chine

Publié le par verel

Apparemment, AREVA n’a pas réussi à vendre des centrales nucléaires à la Chine, faute d’avoir accepté suffisamment de transfert de technologies, au contraire de son concurrent américain Westinghouse. Nous n’avons évidemment pas assez d’éléments pour juger le bien fondé ou non de la position prise par la présidente directrice générale d’AREVA, Anne Lauvergeon, mais cette affaire illustre bien les questions qui se posent à nos économies très développées, face à la montée en puissance de pays comme la Chine et l’Inde.

 

Les pays dont la main d’œuvre est moins chère que la notre (et on sait à quel point les écarts peuvent être considérables) nous concurrencent rapidement dans les domaines demandant peu de compétences technologiques et organisationnelles. Le meilleur exemple est l’habillement, dont les coûts intègrent pour une bonne part de la main d’œuvre peu qualifiés. En montant en compétences et en savoir faire organisationnel, les pays en développement montent en gamme, ce qui leur permet de monter les salaires et le niveau de vie de la population. C’est ce qu’ont fait récemment les pays comme la Corée du Sud ou Taiwan, et avant eux le Japon ou la France. C’est ce que sont en train de faire les pays de l’est , la Chine et l’Inde à des niveaux différents. C’est ce que le Maghreb a aujourd’hui du mal à faire.

 

Face à cette montée en gamme, la seule solution pour les pays les plus avancées est de se distinguer par l’innovation pour justifier un prix élevé, ce que fait la France avec Airbus ou LVMH.

 

Vendre sa technologies, c’est donc prendre de créer un concurrent sur son propre terrain. C’est le cas de Westinghouse qui a vendu ses brevets à la France dans les années 70 et s’est retrouvé rapidement avec un ancien client capable de le concurrencer sur son propre terrain. Pour éviter ce phénomène, les entreprises essaient de ne vendre qu’une technologie relativement ancienne pour eux. Ce n’est pas facile avec la Chine, celle-ci étant extrêmement avide d’acquérir les technologies étrangères, pour les copier au plus vite, comme on le voit déjà dans l’automobile.

 

Eric le Boucher expliquait il y a quelques semaines que le Japon, confronté encore plus que nous à la concurrence chinoise, avait fait depuis quelques années deux choix :

 

            Augmenter massivement ses dépenses de recherche et développement

 

            Rapatrier sur son territoire la partie de la production faisant appel aux technologies les plus avancées, quitte à payer plus cher, pour éviter de se faire copier.

 

Sur ce que notre pays peut faire pour se replacer dans le peloton des pays les plus innovants, relancer ainsi sa croissance et l’emploi, et ainsi financer sa protection sociale, on lira avantageusement « la croissance ou le chaos » de Christian Blanc.

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Frédéric 26/08/2006 12:17

ou peut être devrions nous simplement nous demander si il n\\\'y a pas là un "bon filon" à exploiter...Westinghouse a vendu certe à un prix très bas...une technologie qu\\\'il n\\\'exploitait pas... profitant ainsi de sa longueure d\\\'avance pour proposer un produit qui ne sera pas a meme de le concurrencer...
Notre réponse à l\\\'appel d\\\'offre chinois n\\\'était elle pas tout simplement démesurée ? à une deamande de 1000We nous répondons par une technologie a 1500We !... de ce que jai vu de la gamme d\\\'areva en terme de réacteur à eau pressurisé mais il me semble qu\\\'il n\\\'en ont qu\\\'un ...L\\\'EPR...(et un à eau bouillante)... Si AREVA n\\\'avait pas concentré sa R&D sur un seul et unique produit, peut etre aurait il pu vendre un produit intermédiaire a sécurité passive tel que celuis de estinghouse, et ainsi garder sa place sur le marché chinois, et profiter des gains pour commercialiser ses produits 3eme génération et les utiliser dans le dev de reacteurs 4emes génération...
Selon moi Areva savait depuis le debut qu\\\'il n\\\'etaient pas en mesure de répondre efficacement à l\\\'appel d\\\'offre... donc pas de surprise sur leur défaite et bravo a westinghouse qui a comme airbus su intégrer le transfert de technologie à sa stratégie... Enfin ca n\\\'est bien sur qu\\\'une théorie...

Marco 29/03/2006 06:30

Refuser de transférer une technologie comme le nucléaire civil se justifie aussi par la sauvegarde de nos intérêts énergétiques. Les ressources en uranium sont estimées en valeur haute à 100 années avec les 441 réacteurs actuellement en service dans le monde. Dés lors que des pays comme la Chine et l'Inde seront capables de maitriser la technologie, il ne leur faudra pas longtemps pour nous rattraper en terme de taux d'équipement. Sachant qu'a eux deux ces pays représentent 2 400 millions d'habitants, ils pourraient disposer dans les 20 ans qui suivront leur maitrise de la technologie de l'équivalent de 2400 tranches nucléaires de 1500 MW. De quoi consommer les ressources (prouvées et celles restant à découvrir) en moins de 10 ans.
Nous n'avons pas vraiment intérêt à long terme à leur vendre même très cher ce que nous avons mis des années à maîtriser avec l'aide de nos amis américains. Ceux-ci devraient réfléchir a deux fois avant de sauter le pas (à moins qu'il aient déjà trouvé la solution miracle de l'énergie gratuite et illimitée !).