Génération inquiète

Publié le par verel

Il y a 6 mois, les jeunes de banlieue multipliaient les incendies de voitures ou autres, au point que le gouvernement cru bon de recourir à l’état d’urgence. Aujourd’hui ce sont les étudiants puis les lycéens qui sont à leur tour dans la rue et la popularité du premier ministre est en chute libre.

 

Une jeune étudiante me décrivait sa génération comme une « génération inquiète ».

 

Elle a de quoi !

 

Depuis 5 ans, entre les attentats terroristes du 11 septembre et le tsunami, entre la guerre en Irak et les inondations en Louisiane, entre la canicule et le chikungunya, notre terre et ses habitants semblent pris de folie. Et ce n’est pas la grippe aviaire qui va arranger les choses.

 

Les jeunes français ont des raisons particulières d’être inquiets. D’une part, on leur répète qu’ils devront rembourser la dette accumulée par la génération précédente, d’autre part on leur explique que pouvoir les licencier sans motif pendant 2 ans est un progrès par rapport au chômage et à la précarité qui leur sont normalement promis. On leur dit aussi que l’avenir s’annonce sombre  entre les OGM et la mondialisation. Confortant le discours des extrémistes des deux bords qui, chacun à leur manière, leur expliquent que « c’était mieux avant », la grande majorité des élus parlementaires ont inscrit dans la constitution un principe de précaution qui n’est rien moins qu’un refus de tout changement et le symbole du rejet de la science qui menace notre époque.

 

Les jeunes français ont d’autres raison, beaucoup plus concrètes et actuelles d’être inquiets. Depuis bientôt 5 ans, la croissance se traîne autour de 1.5%. Dans notre système qui privilégie les « insiders » par rapport aux « outsiders », cette faible croissance se traduit évidemment par une grande difficulté des jeunes à accéder au marché du travail. Si certains ouvriers professionnels ou techniciens sont favorisés par une forte demande(je pense au secteur du bâtiment, aux infirmières ou à la maintenance), les jeunes faiblement qualifiés restent en rade. Et une partie non négligeable des bacs +5 ou +8 aussi. Ce week-end, j’ai ainsi appris que la fille d’une de mes cousines, sortie de l’ESC Lille et passionnée de marketing a accepté un stage pour enrichir son CV, faute de mieux.

 

Les jeunes français ont également un triste privilège par rapport aux jeunes des autres pays développés. C’est en France que le rapport entre le salaire moyen à 55 ans et le salaire moyen à 25 ans est le plus élevé. Cette situation est en partie liée à la part de l’ancienneté dans la rémunération, plus forte chez nous qu’ailleurs. Mais c’est aussi parce que les entreprises qui embauchent ne sont plus les grandes firmes aux conditions sociales confortables mais les petites, dynamiques mais peu profitables, qui les payent au prix du marché.

 

Cette situation particulière, les jeunes français la doivent bien sûr à leurs ainés, aux responsables syndicaux qui refusent tout changement et aux responsables politiques qui semblent incapables de comprendre le monde moderne et de proposer une sortie par le haut de la panne dans laquelle s’est installé notre pays.

 

Ce n’est évidemment pas en nous repliant sur notre passé et en refusant toute réforme que nous bâtirons ensemble l’avenir de cette génération. C’est au contraire en cherchant des solutions, en créant des entreprises, en innovant, que nous repartirons de l’avant. C’est en nous appuyant sur la science que nous répondrons aux défis de notre siècle, en investissant dans la recherche plutôt qu’en attendant que notre horoscope nous dise ce que notre destin nous à réserver. En prenant en main notre avenir plutôt qu’en faisant confiance aux hasards de la française des jeux ou des émissions télévisées.

 

Les français prouvent par leur fécondité, la plus élevé d’Europe après l’Irlande qu’ils ont envie de croire à l’avenir. M

 

Sachons leur proposer un avenir, d’être avec Georges Charpak savant plutôt que crédules, de choisir avec Christian Blanc la croissance plutôt que le chaos.

Publié dans Organisation de l'Etat

Commenter cet article

verel 25/03/2006 09:22

A Thomas
Notre pays est aujord'hui un de ceux où l'Etat joue le plus grand rôel pour soit disant organiser les choses, dans une tradition qui mélange de fait colbertisme et léninisme. Le fait est que le résultat n'est pas brillant, que la France voit sa dette augmenter quand celle de tous ces voisins augmente!
En ce qui concerne l'enrichissement des entreprises au dépend des salariés, je vous rappelle que le partage de la valeur ajoutée est de 2/3 contre 1/3 environ depuis des décennies, à part un pic en "faveur" des salariés vers 1982/1983 qui nous a valu 1.5 millions de chômeurs en plus
Quand au mythe du 'il faut prendre à Pierre pour habiller Paul" qui reprend sous une autre forme la vieille vulgate marxiste de la paupéraisation absolue de la lasse ouvrière, il ne tient évidemmment pas la route dès qu'on se remet à regarder l'évolution du niveau de vie sur plusieurs décennies: regardez le mode de vie de vos parents à la sortie de la guerre et comparez!
En ce qui concerne le secteur du bâtiment, sachez que le niveau de salaires y est certes historiquement bas mais qu'il augmente de 1% de plus que la moyenne depuis 2000 et que ce que j'y observe montre que le rythme s'accélère. Pas plus tard que jeudi, un groupe de mes interlocuteurs dans le secteur proposait de passer à deux le nombres de conférence salariale annuelle pour faire face au débauchage des maçons, des bancheurs, des chefs de chantiers ou des conducteurs de travaux par la concurrence. Dans ce secteur, des entreprises ont mis en place des primes à la cooptation ce qui en dit long !

Thomas Le Moqueur 24/03/2006 10:09

Yo!...Je suis dans un tourbillon idéologique anti-libéral?... Regarder ailleurs, pour voir si ça marche mieux?... OUAIS!Il ne s'agit pas d'en finir avec le libéralisme, cher ami, on doit le réguler. Pourquoi? Parce qu'il a tendance - et c'est naturel! - de chercher exclusivement le profit le plus rapide; or, les sociétés ont de multiples besoins que la "loi du marché" ne considère pas comme économiquement intéressants. ...Et ceci est aussi bien valable en France, qu'en Allemagne, en Corée du Sud ou ailleurs.Economie administrée?... Mais NON, on a vu ce que cela a donné dans les dictatures de l'Est! En échange, il me déplairait beaucoup de devoir attendre plus d'une année pour entrer dans un hôpital (comme en Grande Bretagne), de devoir travailler 10-12 heures par jour, sans moufter (comme en Corée) ou, encore, de n'avoir que 15 jours de congé par an (comme aux USA)....Puis, il y a aussi deux énormes problèmes dont on préfère ne pas trop parler: 1. L'argent corrompt pratiquement toutes les strates des sociétés qui en ont fait le but ultime de l'existence (et la Corée du Sud en est un exemple éclatant, pour ne pas s'étendre sur les déboires d'Enron et de beaucoup d'autres grossiums des USA).2. L'économie "de marché" laissée faire ce qui lui plaît nous a amené un extraordinaire endettement des Etats qui ont renoncé à la réguler. Pourquoi? Mais parce que les prix sont libres et qu'ils ne reflètent pas les coûts réels de la production; or, quand on prend trop d'argent pour payer une chose, il n'en reste pas beaucoup pour une autre. (Voyez, par exemple, ce que fait le complexe militaro-industriel aux USA, où un marteau livré à l'Armée coûte 24.000$ et un couvercle de toilettes - 21.000! ...Mais ce n'est qu'un exemple, il en existe des comme ça dans absolument tous les pays "développés".) Bref, dans le libéralisme débridé, on doit toujours déshabiller Pierre, pour habiller Paul. Est-ce que c'est ça ce qui nous attend, "normalement"? Et si vous répondez par l'affirmative, cela devrait nous plaire, en plus???La vie est remplie par les relations de pouvoir et par les intérêts économiques. Autrement dit, les patrons ont raison de vouloir plus, tout comme leurs salariés ont le droit de lutter pour agrandir, aussi, leur (petite) part du gâteau. Or, dans les conditions de la globalisation, nous voyons que nos parts rétrécissent comme neige au soleil, tandis que celles des multinationales gonflent "miraculeusement", du fait de faire travailler, pour des prunes, de vrais esclaves du Tiers-Monde. Est-ce que cela vous semble normal? Et que fera-t-on de notre désastre socio-économique, de notre désert industriel, quand le dernier outil de production aura quitté le territoire européen, pour être réinstallé en Chine, en Inde ou au Mexique?C'est pour cela et rien que pour cela, Monsieur, que les politiciens de chez nous me semblent obligés de reprendre le pouvoir et d'imposer au capitalisme libéral quelques règles de bon sens. Si "on" ne veut pas  des guerres civiles et/ou des émeutes de la faim chez nous! (...C'est, malheureusement, ce qui est en train de se produire, avec ces 70% des salariés qui n'arrivent plus à boucler leurs fins de mois et ces 6 à 7 millions de chômeurs qui n'ont plus une chance de trouver un boulot, vu qu'il n'y en a plus assez et depuis bien longtemps!) Pour votre gouverne: j'ai travaillé presque 14 ans dans le BTP, en tant que dessinateur, technicien et technicien sup. Cela n'a pas changé: travail au noir à tous les étages, corruption, marchés truqués, ententes illicites, copinage, salaires réduits à la portion congrue, non respect des règles de sécurité etc. etc.. Pourquoi croyez-vous donc que les jeunes ne veulent plus y travailler (même en CDI)? Ils seraient tous des fainéants ou des crétins finis?Ma femme est formatrice dans un CFA du Bâtiment, Monsieur et ce centre est plein à craquer, il augmente même chaque année son activité de formation! ...MAIS, une fois sortis de l'apprentissage, les jeunes ne restent pas beaucoup dans le domaine du BTP, parce qu'ils sont mal considérés, on n'augmente pas leurs salaire et il n'y a pas de plan de carrière (ou, autrement dit, des possibilités d'évolution); or, stupides ou pas, ils se rendent bien compte qu'une paie qui se place à peine au-dessus du SMIC ne suffit pas, aujourd'hui, pour former une famille, se fixer, faire des enfants et les élever. C'est aussi simple que ça.Peut-être que vous parlerez mieux des sujets que vous maîtrisez! J'attends cet heureux moment avec expoir.Thomas

verel 24/03/2006 04:55

A Charles André: sacrifiée, oui, mais pas seulement. A force de se voir citer Bopal ou le sang contaminée (il y amaintenat des cours de réflexion sur l'éthique même dans le écoles de commerce!), certains jeunes cadres se réfugient dans le respect des procédures, à l'instar du juge Burgeaud dans un autre domaine.
A yogi: il y a effectivement un repli très net vers les valeurs rassurantes de la famille mais on n'entends baucoup moins le discours "je ne vais pas concevoir des enfants dont l'avenir n'est pas assuré" dont l'une des illustrations était la chanson de Maxime e Forestier "cà sert à quoi tout çà"
A Thomas: je constate que vous etes vous même en plein tourbillon idéologique anti libéral. Sortez de votre petit monde franco français. Allez voir comment cela se passe ailleurs et arrétez de croire contre toute évidence que le capitalisme a besoin d'appauvrir certains pour en enrichir d'autres! Les expériences allemandes et coréeennes n'ont elles pas suffit pour montrer la supériorité absolu du modèle de marché sur le modéle administré, tant sur le développement que sur le respect de l'environnement, le respect des personnes et la santé des individus? Mainteant, si vous voulez travailler dans le logement, n'hésitez pas: toutes les entreprises de bâtiment embauchent, et en CDI!
A Eolas: bien sûr!
A bridgetoun: le système rend les jeunes particulièrement sensibles aux aléas de conjoncture: leur chômage augmente actuellement quand le chômage total est assez stable: il est passé de 19.4 en 2001 à 22.3 en 2005 pour les moins de 25 ans d'après Eurostat, après avoir oscillé autour de 28% entre 1994 et 1998

brigetoun 23/03/2006 18:58

il n'y a pas 5 ans mais en gros 20 que le chômage des jeunes est plus important que celui des autres travailleurs. Dans les responsables n'y aurait-il pas aussi les chefs d'entreprise ou les DRH. Ne pourrait on leur demander à eaux aussi imagination et courage ? Une raison de licencier, sauf quelqu'un d'exceptionnel, en embaucher un autre avec les mêmes avantages

aymeric 23/03/2006 16:55



"N'est il donc venu à l'esprit de personne que quand un employeur n'a pas de motifs de licencier, il ne licencie pas ?"
 

Quoi, les patrons ne seraient donc pas ces gens ventripotents, fumant cigare, riant très fort et qui, à l’aide d’un petit bouton rouge sous le vaste bureau en marbre, s’amusent à  faire tomber dans la fosse au chômage, de pauvre hères pressurés, embauchés à cette fin unique ?
 

 

Eolas 23/03/2006 16:24

"d’autre part on leur explique que pouvoir les licencier sans motif pendant 2 ans est un progrès par rapport au chômage et à la précarité qui leur sont normalement promis."N'est il donc venu à l'esprit de personne que quand un employeur n'a pas de motifs de licencier, il ne licencie pas ?

Thomas Le Moqueur 23/03/2006 11:08

Ben mon kiki!La croissance?... QUELLE croissance??? Vous semblez vraiment obnubilé par les discours martelés de manière désespérante par les "experts" en économie. Est-ce que vous avez oublié - si vous l'aviez jamais englobé dans vos réflexions - que nous vivons sur une planète à surface FINIE? Jusqu'où peut donc aller la croissance?... N'est-ce pas DEBILE, que de croire au "développement durable"? Que de sacrifier la jeunesse de ce pays aux chymères d'un capitalisme qui a définitivement perdu la raison?...Bon. Généralement, vous semblez vous inquiéter du sort réservé à nos "djeunz" - tout en vous trompant sur les motivations des connards qui ont brûlé les véhicules de leurs voisins de quartier, aussi pauvres qu'eux-mêmes; or, le chômage et/ou la précarité ne leur sont pas "normalement" promis! Il s'agit, tout simplement, de quelques générations de barbares produites par notre système éducatif, issu de notre système social!Chez nous, il est NORMAL de piétiner les autres, pour obtenir/conquérir une meilleure place au soleil. Chez nous, il est conseillé de "tuer" tous les concurrents, dans le but ultime: S'ENRICHIR UN MAX. ...Comment voulez-vous que les jeunes de ce pays s'y retrouvent? Eux, ils croient (encore) à la solidarité, à la devise républicaine, à un avenir pas forcément plombé par une insécurité perpétuelle....Enfin: Charpak ou n'importe qui à cervelle sur-développée ne pourra JAMAIS modifier à lui seul, par son discours, tout le système dans lequel nous menons notre petite vie merdique. En fait, nous nous trouvons actuellement dans un tourbillon idéologique libéral (qui possède  les médias et) qui veut nous mettre dans la tête, par tous les moyens, que nous ne sommes venus au monde que dans le but exclusif d'enrichir les "entrepreneurs" - dont la plupart, ne l'oublions pas, étaient déjà riches à leur naissance. C'est, donc, contre cela que nous devons nous insurger. ...Tout le reste, ce n'est que du blabla politicien, destiné à nous faire oublier nos vraies préoccupations.ThomasP.S.: Contre le chômedu, on pourrait se demander pourquoi "on" ne nous propose jamais des travaux nationaux destinés à moderniser le logement, le réseau routier, celui de la voirie ou, encore, la production agricole basée sur les besoins de la Nation, au lieu du seul profit (presque) instantané? Et depuis quand le capitalisme a-t-il pu, seul et sans intervention régulatrice de l'Etat, pallier aux besoins des Nations?...Etudiez un peu les classiques, mon cher, vous changeriez (totalement) de discours, vous sortiriez des chemins battus de cette bien-pensance qui étouffe toute initiative! (Car OUI, vous êtes dedans, sans même vous en rendre compte...)Le même, sans illusion aucune

Yogi 22/03/2006 19:55

Je ne sais pas si la natalité est une preuve de confiance dans l'avenir ou un signe de repli sur la cellule familiale et la recheche de valeurs semblant plus solides que ce que offrir "la société".
 

Charles ANDRE 22/03/2006 17:22

Génération inquiète parce que sacrifiée, tout simplement.Ou, pour paraphraser Kundera, "kidnappée".Oui, seul Christian Blanc a pris la mesure des enjeux et ose mettre le doigt là où il faut. Il est nécessaire de s'atteler à la tâche, pour que son discours soit audible par l'ensemble des consciences qui veulent le bien de notre pays. Aujourd'hui, seules des personnes très au fait des questions administratives et économiques saisissent son propos. Il est temps que l'ensemble des Français, moins de 30 ans en particuliers, se l'approprient et le relaient, avec des mots et des concepts simples.