Pourquoi la mine?

Publié le par verel

Dans un précédent article, j’avais décrit les conditions de risques abominables qu’affrontaient les mineurs de charbon du Nord Pas de Calais et j’avais promis d’expliquer pourquoi ils restaient fidèles à ce métier malgré tout.

 

Il faut préciser tout d’abord que de nombreux mineurs se donnaient comme objectif que leurs enfants fassent un autre métier. Mais il faut aussi bien comprendre comment le système mis en place par les compagnies pour fidéliser leurs salariés avait (trop bien) réussi.

 

Le mineur habitait dans des corons dont on a pu critiquer l’état par rapport aux normes de logement actuelles, mais qui étaient jusque dans les années 50 des logements largement au dessus de la moyenne de ce qui existait dans notre pays.

 

Ces corons avaient leur église, leur stade (Kopa était au départ un mineur lensois), leurs magasins. Les mineurs bénéficiaient en 1950 d’un privilège inouï avec la médecine complètement gratuite de la sécurité sociale minière. Quand il y avait un problème dans leur maison, ils s’adressaient aux gardes, membres du service chargé de l’entretien. La formation des jeunes galibots distinguait aussi les meilleurs sur le plan intellectuel pour en faire des électriciens, de géomètres, des agents de maîtrise voire des ingénieurs. Mais tout appartenait aux Houillères (nationalisées après la guerre), y compris les rues ou les églises. Les services d’entretien du patrimoine immobilier, les ateliers de réparation du matériel, les centrales électriques et les hôpitaux appartenaient à la mine. Et les gardes venaient aussi demander chez vous pourquoi votre fils de 14 ans ne s’était pas encore inscrit pour travailler à la mine !

 

Au-delà de cet enfermement dans un monde clos, dont le paternalisme a contaminé les représentants politiques (il faut voir aujourd’hui encore les maires socialistes de la région lensoise se battre pour garder la main mise sur le patrimoine immobilier et ce que cela représente comme outil de clientélisme !), le contenu du travail explique aussi l’attachement du mineur à son travail.

 

Les conditions d’exploitation (chantier en déplacement constant, variation fréquente du gisement..) rendent indispensable l’autonomie de chaque mineur dans son travail. Au moment où se développe dans toute l’industrie le « travail en miettes », le travail du mineur, même taylorisé, est celui d’un vrai professionnel, qui a acquis une connaissance très large du métier, pendant les 4 ans d’apprentissage entre 14 et 18 ans.

 

Il faut se représenter un chantier d’exploitation : le charbon à abattre devant, le terrain maintenu au dessus de soi, une fois le charbon abattu, par des soutiens provisoires sur environ 2 mètres, et derrière soi ce terrain qui tombe par strates successives, une fois enlevés les soutiens provisoires. Le travail du mineur consiste à permettre l’abattage mécanisé du charbon, à le faire au marteau piqueur si nécessaire, et à déplacer les soutiens au fur et à mesure de l’avancement du front. Il a en charge 15 ou 20 mètres de front sur un total de 150 mètres environ. La hauteur correspond à l’épaisseur de la veine de charbon et varie entre 50 centimètres et 2 mètres, plus généralement un peu moins d’un mètre. Pour circuler, il faut donc au mieux marcher courbé mais plus souvent à quatre pattes ou en rampant. On comprend que l’agent de maîtrise ne fasse guère l’aller retour plus de deux fois par poste. Devant les difficultés qu’il rencontre, c’est donc au mineur de prendre les décisions. C’est dire le niveau d’autonomie dont il dispose.

 

A cela s’ajoute une fierté virile d’oser affronter les dangers de la mine et fait du mineur un homme fier de son professionnalisme et profondément attaché à son métier. C’est d’ailleurs ce dont il parle en permanence (quand il n’évoque pas les exploits de l’équipe de foot locale).

 

Enfin, le salaire est plus élevé que la moyenne (du moins avant la récession des années 60) et le mineur gagne suffisamment pour que sa femme ne travaille pas. En contrepartie, elle lave ses effets et se lève avant lui (à 4 heures du matin) pour préparer son café et son « briquet », pour manger pendant la pause.

 

Pour en savoir plus, il faut visiter le musée de Lewarde, qui est d’une grande qualité. Il y a quelques années, les guides étaient encore d’anciens mineurs et j‘y ai retrouvé des personnes avec qui j’avais travaillé, mais ce n’est peut être plus le cas.

 

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