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Dimanche 2 avril 2006

Le principal reproche fait à Ségolène Royal par ses adversaires au sein du Parti Socialiste consiste à dire qu’elle n’a pas d’idées. Cette attaque laisse supposer que les autres en ont. La campagne présidentielle avait pourtant montré la grande difficulté du candidat Jospin à sortir du seul argument du bilan et à proposer une perspective aux électeurs.

 

Le congrès du Mans, sensé  être l’occasion d’une réflexion, a surtout montré l’indigence de celle-ci, d’autant plus que les équipes de Dominique Strauss Kahn se sont bien gardées de présenter leurs idées pour éviter à celui-ci un reproche de dérive droitière. Parmi les contributions d’avant motions, celle de Michel Rocard s’est distinguée par sa clarté et par sa hauteur de vue. On y trouve une analyse, certes contestable mais fouillée, de la mondialisation et des risques engendrés par les déséquilibres des comptes extérieurs des USA.

 

La contribution de Michel Rocard met en valeur trois bases essentielles de la sociale démocratie, à la suite des idées de Ford, de Beveridge et de Keynes. On observera d’abord que les trois ont émis leurs idées et les ont mis ou vu mettre en pratique dans la première moitié du vingtième siècle, et que l’ancien premier ministre a encore besoin de convaincre ses amis politiques de les prendre comme étendard au lieu de s’appuyer sur des idées encore plus anciennes (le marxisme) et qui ont largement fait preuve de leur caractère nocif.

 

Malheureusement, les bases que l’ancien leader de la deuxième gauche met en avant sont largement remises en cause par la réalité :

 

Le fordisme a laissé la place au toyotisme en tant que mode d’organisation du travail : le mouvement a commencé il y a trente ans et a aujourd’hui envahi presque tous les secteurs. Le système de fidélisation qui lui est lié est en train de mener à la faillite Général Motors et Ford, après Delphi. Il devient un frein au fonctionnement de l’économie quand ce sont les parcours de carrière qu’il s’agit de développer. Plus important peut être, le consommateur est devenu prépondérant, avec la complicité de l'actionnaire, et le producteur est le grand perdant de cette transformation.

Les systèmes de protection et de redistribution des richesses que sont la sécurité sociale et les caisse de  retraites sont confrontés aux conséquences de leur succès. Les sommes qui leurs sont consacrées pouvaient croître nettement plus vite que le PNB quand elles représentaient une faible part de celui-ci. Cela devient beaucoup plus difficile quand elles en représentent le cinquième ou le quart. Or l’augmentation de l’espérance de vie et le doublement attendu des plus de 60 ans dans la population d’ici environ 20 ans posent des problèmes très complexes qu’on doit absolument traiter.

 

Enfin, sans même parler de la remontée des thèses monétaires ou du développement de l’offre, l’expérience montre que les théories keynésiennes ont été déformées et /ou mal comprises. Quand le déficit devient une méthode de gestion permanente et non plus un moyen de relance dans les seules périodes de récession, cette pratique devient inopérante et même néfaste pour l’économie. Le rapport Pébereau l’explique très bien.

 

Les idées officielles de la gauche française sont sur ces points complètement dépassées. Elles conduisent à l’immobilisme et les plus faibles, que la gauche devrait défendre en priorité, en sont les premières victimes.

 

La gauche française devrait regarder ce qui se passe chez ces amis européens, qui ont le courage d’explorer des voix nouvelles, en Espagne ou dans les pays scandinaves, au Royaume Uni ou maintenant en Allemagne et bientôt en Italie.

 

Tous remettent en cause la place de l’Etat, cherchent à responsabiliser les acteurs, à mieux se servir des forces du marché et à rapprocher les décisions des citoyens. Ils font ce dont la deuxième gauche a toujours rêvé : passer d’un système paternaliste à un système permettant la réelle dignité de tous.

 

C’est cette voie que de nombreux acteurs de terrain ou intellectuels explorent : malheureusement, ils ne sont guère écoutés par des appareils prisonniers de leur idéologie et des  jeux électoraux.

 

Par verel - Publié dans : Politique
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