La gauche a t'elle encore des idées?

Publié le par verel

Le principal reproche fait à Ségolène Royal par ses adversaires au sein du Parti Socialiste consiste à dire qu’elle n’a pas d’idées. Cette attaque laisse supposer que les autres en ont. La campagne présidentielle avait pourtant montré la grande difficulté du candidat Jospin à sortir du seul argument du bilan et à proposer une perspective aux électeurs.

 

Le congrès du Mans, sensé  être l’occasion d’une réflexion, a surtout montré l’indigence de celle-ci, d’autant plus que les équipes de Dominique Strauss Kahn se sont bien gardées de présenter leurs idées pour éviter à celui-ci un reproche de dérive droitière. Parmi les contributions d’avant motions, celle de Michel Rocard s’est distinguée par sa clarté et par sa hauteur de vue. On y trouve une analyse, certes contestable mais fouillée, de la mondialisation et des risques engendrés par les déséquilibres des comptes extérieurs des USA.

 

La contribution de Michel Rocard met en valeur trois bases essentielles de la sociale démocratie, à la suite des idées de Ford, de Beveridge et de Keynes. On observera d’abord que les trois ont émis leurs idées et les ont mis ou vu mettre en pratique dans la première moitié du vingtième siècle, et que l’ancien premier ministre a encore besoin de convaincre ses amis politiques de les prendre comme étendard au lieu de s’appuyer sur des idées encore plus anciennes (le marxisme) et qui ont largement fait preuve de leur caractère nocif.

 

Malheureusement, les bases que l’ancien leader de la deuxième gauche met en avant sont largement remises en cause par la réalité :

 

Le fordisme a laissé la place au toyotisme en tant que mode d’organisation du travail : le mouvement a commencé il y a trente ans et a aujourd’hui envahi presque tous les secteurs. Le système de fidélisation qui lui est lié est en train de mener à la faillite Général Motors et Ford, après Delphi. Il devient un frein au fonctionnement de l’économie quand ce sont les parcours de carrière qu’il s’agit de développer. Plus important peut être, le consommateur est devenu prépondérant, avec la complicité de l'actionnaire, et le producteur est le grand perdant de cette transformation.

Les systèmes de protection et de redistribution des richesses que sont la sécurité sociale et les caisse de  retraites sont confrontés aux conséquences de leur succès. Les sommes qui leurs sont consacrées pouvaient croître nettement plus vite que le PNB quand elles représentaient une faible part de celui-ci. Cela devient beaucoup plus difficile quand elles en représentent le cinquième ou le quart. Or l’augmentation de l’espérance de vie et le doublement attendu des plus de 60 ans dans la population d’ici environ 20 ans posent des problèmes très complexes qu’on doit absolument traiter.

 

Enfin, sans même parler de la remontée des thèses monétaires ou du développement de l’offre, l’expérience montre que les théories keynésiennes ont été déformées et /ou mal comprises. Quand le déficit devient une méthode de gestion permanente et non plus un moyen de relance dans les seules périodes de récession, cette pratique devient inopérante et même néfaste pour l’économie. Le rapport Pébereau l’explique très bien.

 

Les idées officielles de la gauche française sont sur ces points complètement dépassées. Elles conduisent à l’immobilisme et les plus faibles, que la gauche devrait défendre en priorité, en sont les premières victimes.

 

La gauche française devrait regarder ce qui se passe chez ces amis européens, qui ont le courage d’explorer des voix nouvelles, en Espagne ou dans les pays scandinaves, au Royaume Uni ou maintenant en Allemagne et bientôt en Italie.

 

Tous remettent en cause la place de l’Etat, cherchent à responsabiliser les acteurs, à mieux se servir des forces du marché et à rapprocher les décisions des citoyens. Ils font ce dont la deuxième gauche a toujours rêvé : passer d’un système paternaliste à un système permettant la réelle dignité de tous.

 

C’est cette voie que de nombreux acteurs de terrain ou intellectuels explorent : malheureusement, ils ne sont guère écoutés par des appareils prisonniers de leur idéologie et des  jeux électoraux.

 

Publié dans Politique

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bonnesidees2007 14/04/2006 02:56

Bonjour,

bon article mais il manque des précisions très importantes :

M. Rocard est trop théorique, peu pratique.
M. DSK a des débuts d'idées mais il avance.
Mme Royale n'a aucune idée, mais elle attend que les Français les lui fournissent.

Le PS est un parti dépassé, sans nouvelles idées, sans contact avec le peuple, il forme la gauche caviar loin des réalités des travailleurs "normaux", et est formé de politiques bourgeois.


De nouvelles idées sont sorties des universités d'économie, de sociologie, mais n'ont jamais été mises en pratique. Il est temps d'abandonner le socialisme pour des idées vraiment modernes !

J'ai quelques débuts de propositions sur mon blog : http://bonnesidees2007.over-blog.com
Les commentaires sont plus que bienvenus.

Cordialement.

Olivier Bouba-Olga 08/04/2006 08:10

Je suis bien sûr d'accord pour dire que l'enjeu n'est pas que les salariés aient un emploi à vie. D'ailleurs, aucun syndicat ne le demande : même la CGT réfléchit en termes de mobilité des travailleurs... C'est d'ailleurs pour cela que la mise en place du CPE est doublement une erreur : i) elle ne vise pas le bon problème, ii) elle crispe tout le monde, risque de radicaliser le débat alors que tous les partenaires sociaux étaient prêts à avancer.Sur Fitoussi/Pébereau, regardez l'article suivant co-écrit par Philippe Aghion (pas vraiment keynésien que je sache) et Jean-Paul Fitoussi, paru dans le Figaro de janvier dernier, en réponse au rapport Pébereau. L'argumentation me semble assez solide :http://www.ofce.sciences-po.fr/article.php?ref=fig-26-01-06

verel 07/04/2006 23:34

à o Boulba Olga a propos de formation des travailleurs, je suis comme vous persuadé (et ce n'est pas d'abord une conviction mais un constat) que les nouvelles organisations du travil demandent des compétences augmentées. Cela ne signifie pas pour autant l'emploi à vie. Entre un emploi de 15 jours et un de 40 ans il y a la place pour pas mal d'autres solutions...On sait d'ailleurs que cette tendance est en diminution au Japon. Pour ce qui concerne les thèses de Fitoussi, je les connais bien et justement le rapport Pébereau les réfute implacablement: faire du keynésianisme ce n'est pas faire du déficit en permanence mais seulement en période de récession. Nos voisins montrent tous les jours ce que cela leur rapporte Dans les pays scandinaves, comme vous dites, l'Etat est différend! en particulier on est en train de confier les activités publiques à des associations indépendantes de l'Etat, travaillant sur des cahiers des charges, un peu comme l'enseignement privé sous copntrat d'association en France pour parler de ce qui est le plus connu J'ai pu voir des travaux de bonnes qualités faits par des équipes contribuant à la réflexion de DSK mais je ne vois pas comment celui ci les "vendra" aux Français s'il n'est pas capable de les "vendre" aux adhérents de son propre parti La tactique c'est bien mais notre pays en meurt, à force d'immobilisme Et comme d'habitude ce sont d'abord les plus faibles qui trinquent!

Olivier Bouba-Olga 07/04/2006 19:22

quelques remarques :* si le fordisme a laissé la place à d'autres modèles, ces autres modèles ne se réduisent pas au toyotisme. S'agissant de ce dernier, d'ailleurs, il se caractérise par un rapport salarial du type "stabilité et polyvalence", c'est à dire que les contrats de travail sont de long terme, on investit beaucoup en formation, afin de rendre la main d'oeuvre plus polyvalente et, en conséquence, l'entreprise plus flexible. Je ne suis pas sûr que les projets récents du gouvernement s'inscrivent dans cette logique!* s'agissant du déficit public français, je vous conseille de regarder ce qu'en disent Fitoussi et Aghion : croire qu'un déficit est mauvais en soit ne veut rien dire, ce qui compte c'est de savoir ce que l'on finance avec un déficit. Si l'on cible les bons facteurs de croissance, il n'y aura pas de problème. De plus, on peut facilement montrer avec des modèles macroéconomiques de base qu'une politique de rigueur en période de récession ... aggrave la récession!* s'agissant des préconisations soit-disant partagées par tous les autres pays, vous allez un peu vite : la remise en cause de l'Etat n'est pas vraiment d'actualité dans les pays scandinaves!  L'Etat est différent, mais il est très présent!* sur l'absence de propositions du PS : je vous invite à lire les contributions de DSK et de Martine Aubry sur l'EVA : elles ne sont pas archaiques, elles ressemblent plutôt à des tentatives de transposition des modèles scandinaves en France.... Que DSK ne les expose pas en Congrès relève de mon point de vue plutôt de stratégie politique, ca n'enlève rien au fond. Tout ca pour dire que je trouve votre billet un peu "léger" en termes d'argumentation, même si je suis d'accord sur un point : je ne suis pas sûr que ceux qui, à gauche, travaillent à définir de vraies alternatives, et des alternatives pertinentes, parviendront à ne pas se faire dépasser par des  "produits" mieux marketés...

Candide 04/04/2006 11:06

sur la vacuité des idées à gauche, je vous propose une modeste contribution :
 
Assourdisant   http://librecours.over-blog.com/article-2316615.html

verel 03/04/2006 22:02

à g
J'ai lu attentivement les motions présentées au congrès du Mans et en particulier les trois qui ont recueillies 98% des suffrages. J'a lu aussi une partie des contributions préalables. Il me semble que c'était bien le lieu pour débattre des idées. Certes, il y avait de long textes mais des pensées bien raccornies et très peu de hauteur de vue, à l'exception notable de la contribution de Michel Rocard.
Si DSK a des idées, pourquoi ne les a t il pas exposées au congrès?

marc d héré 03/04/2006 16:16

Vous avez raison "g" de donner toutes ces adresses de blogs socialistes, les lecteurs qui s'y risqueront, pourront ainsi vérifier que Verel a bien raison...Le parti socialiste n'a pas d'idées.
Il se contente de rabacher de vieilles formules et de préconiser des mesures démagogiques qu'il n'a aucunement l'intention d'appliquer...Rassurez-vous pourtant, cela ne l'empêchera sans doute pas de gagner les élections....Ainsi va le monde.
marc d'Héré

g 03/04/2006 12:25

Un peu facile de faire l'echo du reproche habituel envers la gauche en général et le parti socialiste en particulier de ne pas avoir d'idées, sans même essayer de confirmer si cet echo refléte la réalité. Le site du Parti socialiste (www.parti-socialiste.fr) propose des dizaines de dossier, documents de travail, propositions, sur tous les thèmes importants de la vie politique actuelle. Les candidats font également leurs propres propositions. Notamment DSK, qui expose sur son blog, ses idées sur le problème de l'entrée dans la vie active : http://www.blogdsk.net/http://www.blogdsk.net/dsk/files/emploi_des_jeunes_alternative_au_cpe_def.pdfg