Retournement d'opinion?

Publié le par verel

Les sondages récents ont montré qu’une majorité de Français s’opposaient au CPE et que la côte du premier ministre s’effondrait. Les événements de mai 68 ont cependant montré que l’opinion pouvait basculer très vite : pendant tout le mois de mai, les français étaient avec les étudiants, mais le 30 mai, une grande manifestation rassemblait des centaines de milliers de partisans du président de la République, annonçant la victoire sans appel du parti au pouvoir lors des élections de juin.

 

Il est très possible que les choses changent également très vite autour du CPE.

 

Les sondages ont en effet montré 3 grandes familles au sein de la population

 

Ceux qui approuvaient le premier ministre et lui demandaient de tenir

 

Ceux qui voulaient la suppression pure et simple du CPE

 

Ceux qui demandaient des aménagements au CPE

 

La troisième opinion était majoritaire à droite mais avait aussi des partisans en nombre non négligeable à gauche.

 

C’est cette position qu’à prise Nicolas Sarkozy et à laquelle a du se rallier de fait Jacques Chirac.

 

Ce sont maintenant les syndicats qui se retrouvent sous la pression, et à qui risquent d’être reprochés des positions intransigeantes.

 

Il ne faut pas oublier que si les manifestations ont attiré beaucoup de monde, les salariés du privé ne sont absolument pas prêts (pour l’instant du moins) à aller plus loin dans la solidarité.

 

D’autant plus qu’avec le temps qui passe, les préoccupations terre à terre des parents concernant les examens vont forcément reprendre leurs droits

 

Pour l’instant, l’opinion accepte de fait dans sa majorité les occupations d’université. Le principe du blocage divise les étudiants et on sait que certains s’y sont opposés. Mais  ceux qui derrière Liberté chérie et consorts ont voulu les dénoncer n’ont pas réussi à entraîner les foules derrière eux : la manifestation organisée dimanche dernier n’a pas fait parler d’elle.

 

La lecture du Monde donne cependant des signaux de cette préoccupation. Par deux fois, le journal qui se veut de référence a longuement donné la parole à des étudiants étrangers qui n’approuvent pas la lutte anti CPE ou qui s’inquiètent de leurs études. On remarque au passage la manière détournée de poser le problème : pourquoi ne pas poser directement la question pour les étudiants français ? Parce que l’opinion n’est pas « mûre », Mais cela fait plaisir à une partie du lectorat…Et le reportage sur le saccage de l’EHESS va évidemment dans le même sens

 

On peut imaginer qu’après les vacances, beaucoup de parents de lycéens rappelleront leur progéniture à revenir aux réalités tangibles des examens et du passage dans la classe supérieure. Et qu’une grande partie des étudiants y sera aussi sensible

 

Dans ce domaine, les choses peuvent se jouer sur pas grand-chose, sur des symboles. Jacques Chirac l’avait bien compris quand il s’est inquiété de la santé de ce militant de Sud tombé dans le coma après des heurts avec les forces de police. Les syndicats de travailleurs l’avaient bien compris eux aussi quand ils n’ont pas hésité à ce que leur service d’ordre coopère avec la police contre les casseurs.

 

Les syndicats étudiants ne l’ont absolument pas compris, eux. Le compte rendu de la réunion de samedi montre leur volonté de passer la vitesse supérieure avec des occupations d’usines, des interventions sur les autoroutes ou dans les tribunaux. Les médias se sont déjà fait l’écho de quelques unes de ces actions. Elles vont probablement couper les étudiants de l’opinion publique s’ils insistent dans cette voie.

 

Un petit reportage à la télévision en plus comme celui que relate Hughes et l’opinion basculera…

 

Ce n’est pas encore le cas. Mais la probabilité que cela arrive devient importante

 

Nicolas Sarkozy a de grandes chances d’en profiter. Le parti socialiste qui arrive après la bataille risque d’être pris à contre-pied. Les syndicats ont compris qu’il leur faudra être réaliste mais ont également compris tout l’intérêt qu’ils ont à faire front commun et tout le risque que prendrait celui qui se désolidariserait d’une manière ou d’une autre.

 

La coordination étudiante, dominée par des militants d’extrême gauche, risque de ne pas avoir cette sagesse. Tant pis pour elle. Et pour nous.

 

Mais la sortie de crise sera difficile à trouver. Suivant la manière dont elle est construite, suivant la solution trouvée, elle peut générer une énorme frustration ou déboucher sur un apaisement plus ou moins durable.

 

En faisant l’hypothèse que les deux hurluberlus qui occupent les deux principales fonctions dans notre pays ne viennent pas remettre de l’huile sur le feu.

 

Publié dans Social

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Quoique 06/04/2006 09:53

Vous faites l'hypothèse que l'histoire se répète mais il y a des paramètres qui ne sont pas identiques. Le principal étant que Chirac n'est pas De Gaulle ce que vous relevez à la fin de votre billet.Maintenant il serait intéressant de réfléchir et proposer des actions "inovantes" permettant aux personnes qui n'ont pas les moyens de faire grève d'agir.