Ecoles en France

Publié le par verel

Arrêt sur Image nous a offert aujourd’hui, à propos du documentaire « Ecoles en France » un bel exemple de personnes se méprisant mutuellement, l’un (le représentant de "sauvons les lettres) parlant de documentaire crapuleux, l’autre (le réalisateur du documentaire) répliquant en parlant de secte. Le représentante officielle de l’Education Nationale m’a semblé avoir raison quand elle a dit que l’on assistait à des débats où les a priori idéologiques prenaient le pas sur la réflexion (ou une expression voulant dire la même chose).

Comme l’a fait remarquer Daniel Schneidermann, ce type de sujet nous renvoie tous à notre vécu scolaire, ce qui nous pousse sans doute à des réactions émotionnelles.

Donc, j’ai trouvé Brighelli odieux et par ailleurs j’ai une fille qui a fait pour son plus grand bien son collège dans un établissement pratiquant les méthodes Mérieux après avoir été en primaire dans une école dite nouvelle (c'est-à-dire appliqua,nt une pédagogie inventée au début du 20ème siècle !).

Mais je crois aussi que le réalisateur a été assez partial, en particulier dans son montage.

Si maintenant on essaie d’aller un peu plus loin ?

1)      Il y a confusion dans les discours (et on la retrouve sur le forum d’ASI) entre la question de l’attitude pédagogique (centrée sur l’enfant ou sur les savoir pour reprendre ce qui a été dit) et la question de l’apprentissage de la lecture, syllabique ou semi globale : il y a des instits qui forment avec la méthode globale et mettent en avant le discours de l’enseignant et des instits plus coopératifs qui appliquent la méthode syllabique…

 

2)      Le représentant de « sauvons les lettres » reprochait aux pédagogues de vouloir faire de leur discipline une science. Il me parait pourtant indispensable d’adopter dans cette affaire une démarche scientifique en observant ce qui est fait et en évaluant les résultats ;

 

3)      Ce qu’a pu m’en dire un cadre de l’Education Nationale, ce type d’étude a été fait mais on n’ose pas en publier les résultats. Ils montrent en effet que les résultats ne dépendent pas de la méthode mais de l’instit ! On pourra donc toujours trouver un instit ayant des résultats lamentables (ou au contraire exceptionnels) avec l’une ou l’autre méthode . Evidemment, cela laisse la porte ouverte à des années de crêpage de chignon sur le thème « j’ai eu (ou au choix, mon fils, ma sœur ou la fille de ma concierge) un prof appliquant telle méthode et …

 

4)      Il y a certainement eu (et il y encore) des inspecteurs ou des membres de l’IUFM ayant adopté des positions radicales et mal maîtrisées qui justifient tous le mal que pensent d’eux les membres de Sauvons les lettres »

 

5)      De ce que j’ai pu voir, les méthodes dites pédagogiques, donc centrées sur l’enfant, quand elles sont bien appliquées, donnent des résultats très utiles, mais qui ne sont pas dans des programmes. Pour revenir à un cas que je connais personnellement, ma fille a indéniablement appris en primaire et au collège à s’organiser dans son travail, ce qui a fait la différence avec ses condisciples quand elle est arrivée en faculté. Elle y a découvert au stade de la licence des étudiants qui n’avaient jamais fait un exposé oral ! Ces savoir ne sont ils pas indispensable dans la vie professionnelle ? Et je ne parle pas de la curiosité, de la capacité à prendre du recul sur ce qu’on fait , à penser tout simplement !

 

6)      Par contre, il me semble que ces méthodes sont plus difficiles à mettre en oeuvre, et peut être risque t’on plus de dégâts si elles sont mal appliquées.

 

7)      Les dégâts de l’Education Nationale justement, on les connaît : c’est chaque année sur une classe d’âge environ 10% de presque illettrés, près de 20% sortant du système sans qualification et une bonne partie d’entre eux faisant un rejet total de l’apprentissage scolaire. Les méthodes centrées sur les savoir en sont certainement aussi en partie responsables.

 

8)      Finalement, il me semble qu’une des questions majeures posées à l’enseignant est d’arriver à ce que les enfants soient attentifs en classe. C’est bien sur cette question que l’institutrice réprimandait les élèves. Et c’est à mon avis la question majeure de la pédagogie. C’est sans doute d’autant plus difficile aujourd’hui avec des enfants qui ont l’habitude de zapper et pour qui les images de télé sont à priori plus attrayantes que le discours du prof ! C’est bien là qu’il ne faut pas se tromper sur l’idée d’être centré sur l’élève, qui ne veut évidemment pas dire que c’est lui qui sait !

 

9)      Cela me rappelle une histoire dans un tout autre domaine : j’intervenais sur un site industriel où nous avons mis en place une organisation beaucoup plus responsabilisante (ce qui entre parenthèses l’a sauvé) et dans un groupe de travail, nous étions arrivé à l’idée que les ouvriers avaient à faire des propositions d’améliorations techniques (c’est devenu courant maintenant, je connais une usine automobile où ils en font en moyenne 7 par an chacun !). Le cadre qui animait le groupe avec moi en a déduis que ce n’était plus à lui de le faire. Il a fallu que je lui explique qu’on avait aussi besoin de son savoir et de ses innovations  de docteur en métallurgie ! Mais il est vrai qu’on trouve parmi les « nouveaux convertis » des personnes qui tombent dans les excès !

 

10)   Autre histoire, un de mes amis, prof de SVT faisant un cours pour ses élèves de 4ème . il a commencé par leur demander de prendre trois feuilles de papier chacun, de faire avec trois avions de forme différentes, puis ils les ont fait voler. Il a pu ainsi leur faire observer la différence de forme de ceux qui planaient ou piquaient le mieux et basculer ensuite sur un cours sur les différents oiseaux et leurs ailes. Il a capté mon attention avec cette histoire et je crois celle de ses élèves aussi ! Mais c’est bien ensuite son savoir qu’il a apporté !

 

11)   Beaucoup ont vu ces dessins animés sur FR3, « il était une fois l’homme » ou « il était une fois la vie ». Pour moi, ces émissions illustrent ce qu’on fait de mieux en pédagogie. Mais cela durait 3 minutes ! Mais on peut aussi citer « C’est pas sorcier »

 

12)   Faire de la bonne pédagogie c’est sans doute à la fois compliqué et preneur de beaucoup de temps…L’avenir est sans doute à des outils pédagogiques en kit

 

13)   Le linguiste Alain Bentolila, partisan affirmé des méthodes syllabiques, considère qu’un enfant ne peut apprendre à lire s’il ne maîtrise pas au préalable au moins 1500 mots de vocabulaire (sinon, il ne comprend pas ce qu’il ânonne), et donc qu’il ne faut pas commencer trop tôt. Si ce n’est pas une démarche centrée sur l’enfant !

 

14)   Un mot sur les IUFM. De ce que j’en ai entendu de la part de futurs enseignants qui n’y ont pas trouvé leur compte, on y fait beaucoup de théorie et pas de pratique. Evidemment, la pratique c’est ailleurs. Le vrai défi, c’est de faire le lien entre les deux. Et c’est certainement un point où les Français (pas seulement à l’IUFM) pêchent le plus

 

15)   Pour revenir à l’intention du réalisateur du documentaire, l’idée qu’en France, il y a deux fois moins d’enfants qui se sentent bien à l’école qu’ailleurs pose problème. Le fait de se sentir bien ne garantit pas d’apprendre. Mais le fait de se sentir mal diminue probablement les chances de réussite !

 

Un mot pour la fin : on ne progressera pas vraiment dans les résultats scolaires sans deux réformes de base : le choix des enseignants par le directeur d’établissement (qui doit donc avoir un rôle de management) et la présence à temps plein des enseignants sur place. Cela paraît évidemment infaisable chez nous ; mais c’est ce que font nos voisins….

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verel 25/04/2006 22:12

A cloran
1500 élèves, cela doit faire une sacrée usine!
Un de mes beau fréres prof d'électronique a longtemps été l'informaticien (sans doute très bon par ailleurs) de son lycée . Cela fait partie des nombreux exemples de mode de fonctionnement surprenant pour un regard externe!

cloran 25/04/2006 21:06

Petite précision sur le système finlandais et uniquement sur le lycée : pas de division par âge et par niveau (seconde, première, terminale) ni de redoublement. Mais un minimum de 50 cours à faire valider en en moyenne trois ans mais on peut le faire en deux ans ou en plus de trois; 6 fois 7 semaines de cours (la dernière semaine pour les examens); des cours d'application ou d'approfondissement choisis par les élèves au-delà des 50, d'où une moyenne d'environ 70-75 cours, jusqu'à plus de 100 dans les meilleurs lycées; donc un mélange des âges et des cours sans succès (ça dépend en partie des profs...).
Inconvénients : certains élèves multiplient les choix inefficaces (d'où l'importance de l'orientation), les profs se plaignent d'un manque de suivi des acquis, la variété des cours et donc le choix dépendent des financements locaux. Ceci dit cette organisation me semble intéressante.

Pour revenir sur le recrutement, le concours est aussi un critère de diplôme : il fallait par exemple la maîtrise ou le CAPES pour passer l'agrégation (je ne sais plus où on en est avec la réforme LMD), la licence pour passer le CAPES ou pour être professeur des écoles. Le management est peut-être une méthode plus efficace mais dans l'EN j'ai un doute. Le chef d'établissement a très peu de regard pédagogique sur mon travail (c'est le rôle de l'inspecteur), en revanche il donne une note administrative et est responsable de tout ce qui concerne le fonctionnement et certains projets moteurs de l'établissement. Par exemple un chef d'établissement motivé et sensibilisé peut jouer un très grand rôle dans l'informatisation d'un établissement, parce qu'il est le donneur d'ordres pour les achats. Le problème est souvent la formation des chefs d'établissement, qui sont dans la position délicate d'être en général d'anciens collègues mais aussi des relais des orientations rectorales (en matière de taux de passage par exemple) et qui doivent gérer des profs (assez indépendants dans leurs classes), des élèves, des personnels non enseignants, un parc immobilier, un parc matériel, des liaisons avec d'autres établissements, des procédures de discipline et d'orientation, les relations avec les parents et les autorités locales et rectorales, leur carrière, etc. Là où je travaille (plus de 1500 élèves et plus de 150 profs), il y a un proviseur, un proviseur-adjoint et l'équivalent d'un intendant pour cela, plus 4 CPE (jadis les surveillants généraux) et pas assez de surveillants. Comme dans la plupart des établissements de France, nous n'avons pas une personne qui s'occupe à plein temps du parc informatique (ce qui ferait rigoler daqns une entreprise de taille équivalente), mais un professeur globalement bénévole, (peu de décharge horaire pour le faire, peu de rémunération)...

verel 25/04/2006 20:27

A cloran
Sur la présence sur place, je n'ais guère d'arguments pour l'avoir peu étudié, à part le fait que cela semble bien fonctionner ailleurs et que deux de mes connaissances (qui ne se connaissent pas) et que j'estime dans ce domaine en sont convaincus
Sur le recrutement par le chef d'établissement, on peut très bien donner des critéres de diplôme plutôt que de concours. Mais le fait que ce soit l'opérationnel qui manage est la norme partout, avec des avantages et inconvénients certes mais globalement c'est une méthode largement plus efficace. C'est un point qui me parait important (pas que pour l'EN d'ailleurs), j'en ferais certainement un article un jour!

cloran 25/04/2006 00:47

Le recrutement par le chef d'établissement... C'est fait souvent pour les précaires de l'Éducation nationale (du genre : si vous connaissez dans votre entourage un étudiant en...), c'était le cas aussi pour feu les emplois jeunes. Le recrutement normal se fait par un concours. Je ne vois pas en quoi un recrutement par un chef d'établissement améliorerait les choses, à supposer qu'elles aillent si mal qu'on veut bien souvent le dire. Je demande à voir les critères (ce qui pose forcément la question de l'évaluation des profs)... L'idée me fait frémir quand on voit fonctionner certains chefs d'établissement (la remarque ne porte pas sur leurs compétences, même si c'est comme chez les profs, il y a aussi des incompétents; non, elle porte sur l'autoritarisme qui semble croissant chez les chefs d'établissement, ce qui renvoie à la formation qu'ils reçoivent actuellement).
La présence à temps plein des enseignants sur place... Je rejoins la remarque de GroM sur le coût matériel d'une telle mesure et j'ajoute que physiquement il faudrait reconstruire une bonne partie des établissements scolaires, où la place manque déjà. Au-delà la vraie question est : à quoi ça sert ? Vérifier la réalité de notre temps de travail (dans ce cas, ne rien me demander à faire chez moi et ne pas m'imposer de réunion après les heures de travail) ? Augmenter l'encadrement en adultes dans les établissements : quand puis-je alors préparer mes cours et corriger mes copies : je passe en moyenne 15 mn sur une copie de Terminale en Histoire-Géographie, j'ai des classes à plus de 30 ? Aider les élèves en difficulté ? Alors il faut revoir les choses plus profondément, services des profs, horaires des élèves, durée des vacances scolaires : la réalité en France, c'est bien souvent pour les élèves des journées quasi-continues (avec 1h - 1h30 pour manger et peu de trous dans les emplois du temps s'ils sont bien faits) : bref ils sont tout le temps devant un prof.
Je ne suis pas sûr que ces deux mesures expliquent totalement le succès finlandais. Il y a en jeu tout un faisceau de mesures et une autre conception de l'enseignement, des méthodes d'enseignement, des programmes, des passages, du rôle des diplômes, de l'orientation, etc.
Pour le contenu de l'émission (je n'ai pas regardé les documentaires concernés), j'ai été comme d'habitude sidéré par la violence des positions et des oppositions. Mon métier me semble à mille lieues de ces caricatures idéologiques et stériles.

verel 24/04/2006 20:08

A Grom
La pratique du recrutement par le directeur d'établissement est celle de l'enseignement privé en France ( ce qui ne les empêche pas d'être sous contrat d'association) ou celle de la Finlande qui a les meilleurs résultats du monde sur les évaluations en fin de 6ème et de 3ème
Avoir un bureau pour tous au collége ereprésenterait en effet un coût important mais pas forcément un temps de travail beaucoup plus long. En angleterre où cela est la norme, "l'affectio sociétatis" des élèves est sans comparaison avec celle de la France
Ayant le plus grand respect pour maître Eolas, je vous fait confiance sur ce sujet mais je ne suis pas maître des remarques que fait mon serveur
Ceci dit, s'il m'arrive fréquemment de supprimer des commentaires dont le but unique est de faire de la pub pour leur émetteur, je n'ai eu qu'une fois envie de supprimer un commentaire que je trouvais limite raciste. Mais je n'ai pas beaucoup de commentateurs!

GroM 24/04/2006 13:46

On m'indique au bas du formulaire de commentaire, que:"vous êtes responsable du contenu des commentaires que vous publiez."Voir le billet d'Eolas à ce sujet http://maitre.eolas.free.fr/journal/index.php?2005/05/30/135-responsabilite-du-blogueur

GroM 24/04/2006 13:43

Je ne suis vraiment pas sûr que le recrutement direct améliorerait les résultats pédagogiques. Paradoxalement, il aurait aussi l'effet de démotiver les enseignants ("il a été pistonné, pas moi") et de cloisonner les établissements, alors qu'il vise au contraire. Je ne parle pas des inégalités de formation et de capacité entre proviseurs, mais quand on sait que certains d'entre eux n'ont absolument aucune expérience de l'ensiegnement, on voit mal comment ils pourraient apporterla valeur ajoutée espérée.Comme dans le même temps, les procédures de mutation sont impossibles à gérer et causent une insatisfaction bien compréhensible, je serais plutôt en faveur dune régionalisation du recrutement. Pour ce qui est de la présence des enseignants, pourquoi pas, mais alors, offrons leur de quoi bosser réellement dans leur établissement. Sommes-nous prêts à construire 1 million de bureau et à leur fournir une connexion internet. PArce que si c'est présence permanente plus préparation de cours et correction de copie en plus, alors il va falloir sérieusement les augmenter !

Authueil 23/04/2006 18:06

Effectivement, l'essentiel dans une classe, c'est l'enseignant, et le vrai problème vient des "sectes" pédagogiques, qui ont fait main basse sur les IUFM, pour tenter de "formater" les enseignants. Leurs théories seraient les meilleures et ne pas les adopter entrainerait une catastrophe. Ils survalorisent la valeur et la nécessité de ce qu'ils apportent, et surtout, imposent leurs méthodes. Un bon enseignant, c'est avant tout quelqu'un d'autonome, qui fait cours suivant les méthodes qu'il "sent" le mieux. Les inspecteurs sont là pour établir une véritable dictature, sanctionnant l'enseignant qui n'est pas dans la norme. Heureusement qu'ils n'ont que peu de pouvoir (retarder un peu l'avancement). Ce débat est idéologique est a été posé par des théoriciens, qui se croient détenteurs de la vérité, "scientifique" bien entendu et qui finalement, s'en foutent un peu des élèves et de ce qui est réellement bon pour eux.