L'immigration et les politiques

Publié le par verel

Arlette Chabot accueillait hier soir en même temps une série de candidats ex, futurs ou déclarés, à la présidentielle. J’ai suivi l’émission une dizaine de minutes (encore moins que Versac). Le débat portait à ce moment là sur l’immigration avec les habituelles salades sur le sujet.

 

La représentante des Verts, plus ou moins soutenue par Jack Lang, proposait de régulariser les clandestins (chiffrés entre 100 à 150 000) et leur permettre d’éviter le travail au noir. J’aimerais bien comprendre qu’est ce qui lui permet de penser que les employeurs de ces clandestins vont vouloir les garder et qu’une partie ne va s’empresser d’embaucher  de nouveaux clandestins ?

 

De son coté, De Villiers essayait de nous faire croire qu’il était possible de fermer nos frontières !

 

La remarque de François Bayrou, expliquant qu’avec la loi Sarkozy on risquait d’avoir l’immigration subie plus l’immigration choisie, donnait à penser au premier abord. Faute d’éléments complémentaires, on en venait à se demander comment l’UDF allait voter et en quoi l’immigration choisie, même si elle était en plus, était un problème ?

 

Chacun se balançant des chiffres ou se traitant de menteur, on pouvait être sûr que le débat n’allait pas permettre de faire beaucoup avancer la réflexion. J’ai éteint le poste.

 

En y repensant, je vois trois axes de réflexion :

 

Les problèmes d’intégration que nous connaissons, les réactions négatives d’une partie de la population, ont de multiples causes, mais une est majeure : l’emploi ou plutôt le chômage. Le problème étant particulièrement aigu chez les moins qualifiés, on comprend que ceux-ci puissent se sentir concurrencés par la population immigrée. Les enfants de celle-ci subissent la discrimination d’autant plus que les employeurs ont le choix du fait du chômage. La priorité d’action pour revenir à un climat plus serein porte donc sur l’emploi. Et pour que chacun comprenne qu’un étranger qui travaille chez nous ne prend pas forcément le pain des français, de même qu’un français qui va travailler par exemple en Angleterre ou en Tchéquie ne prend pas le pain des anglais ou des tchèques, mais qu’il participe à la création de richesses dans ces pays.

 

Rester un pays ouvert aux étrangers me paraît indispensable à une démocratie, d’autant plus qu’elle a mis les deux mots de liberté et de fraternité dans sa devise. Par ailleurs, quand on sait l’impact du tourisme dans notre balance des paiements, le nombre de Français qui vivent à l’étranger, l’importance des exportations dans nos économies, le nombre d’entre nous qui vont en vacances à l’étranger, on ne peut que trouver stupide l’idée de fermeture des frontières. Ce qui ne signifie pas qu’on renonce à les surveiller !

 

Je m’interroge par contre sur le maintien du droit du sol, qui s’ajoute en France au droit du sang. Ce droit nous a permis d’intégrer des générations de fils et filles d’Italie, du Portugal, de la Pologne ou du Maroc. Il correspondait aussi aux besoins d’une nation dont le taux de fécondité était le plus bas d’Europe (depuis la Révolution) alors que son territoire était vaste et peu rempli. Aujourd’hui, nous avons au contraire la fécondité la plus élevée d’Europe avec l’Irlande. Avons-nous besoin d’attirer de nouveaux citoyens ? L’Italie et l’Espagne viennent de régulariser massivement leurs clandestins, mais leur démographie est particulièrement inquiétante.

 

La notion de droit du sol ne me parait pas indispensable à une démocratie, elle correspond chez nous à une tradition, cela ne la rend pas pour autant inviolable. Personnellement, je suis né en Allemagne de parents français qui y habitaient à cette époque. Pourquoi devrais je avoir pour autant la nationalité allemande ?

 

Rien n’empêche par ailleurs de conserver un système de naturalisation.

 

Mais peut on parler de tout cela sereinement aujourd’hui ?

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clic 29/04/2006 13:11

On a forcément un rapport plus "léger", "fluide" à une entreprise. Vivre dans une société c'est autre chose: cela engage sur le long terme, cela marque même si on quitte le pays en question. Au passage, ma femme est étrangère: il n'est pas nécessaire de vivre 10 ans dans un pays pour être marqué par lui (à mon avis, 5 ans c'est un maximum pour proposer la nationalité: ça ne peut pas être obligatoire). Dès la première année, elle a travaillé, elle nous a donc collectivement enrichit (je parle de la France, pas de mon couple...).Le problème, c'est que pour pouvoir être naturalisé, il ne faut pas avoir été expulsé... Le droit du sol permet à nombre d'étrangers qui vivent depuis longtemps en France d'assurer la sécurité à leur enfants. Si on était dans un pays ouvert, je comprendrais qu'on remette en cause le droit du sol tel que tu le fais et qu'on permette seulement aux gens qui ont établis des liens d'acquérir la nationalité française (et non pas à tous ceux qui seraient passés là par hasard). Mais comme on ne permet que difficilement d'établir ces liens on ne peut pas enlever ce qui reste une des dernières sources de stabilité pour nombre d'immigrés. Les gens qui naissent en France de parents étrangers n'y naissent pas par hasard, parce qu'ils passaient par là, mais parce que leurs parents y vivent. Enfin, je veux dire, c'est dans le cas de ces personnes là que le problème se pose, à mon avis...

verel 29/04/2006 12:47

Il me semble qu'il faut distinguer la participation à la vie de la cité, là où je suis au moment où j'y suis, et la citoyennneté , permanente, et que je transmet à mes enfants.
Le vote aux élections locales de ceux qui sont sur le territoire peut se comparer au vote au élections de CE et de DP dans une entreprise. Ce dernier droit ne dure que le temps pendant lequel je suis dans l'entreprise.
Pourquoi tenir compte du fait que je sois né à tel endroit? Si on raisonne participation à la vie du pays, il me semble qu'y vivre depuis un certain temps (par ex 10 ans) ou de faire le choix de s'y intégrer (par ex parce qu'on y a épousé quelqu'un ) a plus de sens: c'est à cela que sert la naturalisation

clic 29/04/2006 11:55

le droit du sol renvoit à la nation comme vie commune, comme construite dans des liens. Quand on pense à faire voter les étrangers qui résident en France depuis un certain temps, on est bien dans le registre du droit du sol: c'est parce que je participe d'une société que j'ai des droits envers elle. Si on évoque les élections locales, c'est justement parce qu'il est encore plus visible à cet échelon que le pouvoir politique est un élément de la vie sociale: quand on participe de vie sociale, pourquoi ne pas voter. Le fait qu'on ne veuille pas qu'ils votent pour toutes les élections trahit selon moi une conception un peu triste ou désabusée de la démocratie et du politique (comme si le jeu politique national relevait d'une sphère autonome, comme s'ils "ne s'occupaient pas de nos vrais problèmes", idée que je ne cautionne pas, mais qui se répand)