Inégalités entre générations

Publié le par verel

Le Monde du 3 mai publiait une étude sur les inégalités et les classes moyennes dans le cadre de sa coopération avec « la république des idées » sur la crise sociale française. Mes amis communards n’ayant pas réagi à cet article, je me permets de le faire avec retard !

  

 

L’article comprend plusieurs graphiques intéressants. L’un deux montre par exemple qu’entre 1980 et 2000, les inégalités (définies ici comme le rapport entre le niveau de vie du bas du dixième décile le plus riche et le haut du dixième décile le plus pauvre) ont augmentées dans tous les pays développés, quelque soit le niveau initial. Ce rapport est ainsi passé de 4.5 à 5.5 aux USA et de 2.4 à 3.0 en Suède. La France constitue une exception puisqu’il est resté légèrement inférieur à 3.5. Le Royaume Uni est celui qui semble avoir connu la plus forte évolution, de 3.5 à 4.6 environ.

  

 

Le contenu de l’article, signé par le sociologue Louis Chauvel, s’intéresse aux classes moyennes, qu’il symbolise notamment par les catégories B de la fonction publique : infirmières instituteurs, techniciens ou travailleurs sociaux. Il montre que la génération des quincas a connu une évolution très positive, mais que la génération suivante, celle des 30/35 ans, ne retrouve plus l’ascenseur social, en particulier en raison d’une diminution des postes offerts à ce niveau de diplôme dans le secteur public, diminution non compensée par le secteur privé. Il note que la réaction des étudiants contre le CPE est « un appel au secours d la nouvelle génération »

 

 

 

Un autre graphique a attiré mon attention : il montre l’évolution du niveau de vie médian (revenu après transferts sociaux et impôts par unité de consommation) suivant l’âge. En 1979, cette courbe connaissait un maximum vers 35 ans et décroissait nettement ensuite. Au fil du temps, le point haut s’est déplacé : il était à 40 ans en 1984, à 45 ans en 1994 et à 50 ans en 1999. Dit autrement, les plus favorisés en 1979 étaient ceux qui étaient nés en 1944, en 1984 toujours ceux de 1944, en 1994 ceux de 1949 et toujours eux en 1999 ! La génération du baby boom, celle de mai 68 a bien réussi !

  

 

En fait, ce qui sort de ces deux pages, les graphiques comme l’article, c’est que sous des dehors d’une société qui a su se préserver d’une augmentation des inégalités entre riche et pauvre, se cachent de profondes inégalités entre générations, au détriment des plus jeunes.

 

 

 

Cela me rappelle un autre graphique que j’ai vu ailleurs, et qui compare le revenu en fonction de l’âge. Si on prend le revenu moyen par salarié à 25 ans comme base 100, on constate que c’est en France que le revenu moyen à 55 ans  est le plus haut (comme d’ailleurs la courbe qui rejoint les points selon les âges). La France est le pays qui a le plus d’inégalités entre générations d’actifs ! L’une des raisons donnée à cette situation est l’importance de l’ancienneté dans la rémunération en France. Lors des trente glorieuses, cette courbe traduisait la possibilité offerte à chacun de voir son revenu progresser tout au long de sa vie.

 

 

 

Il faut aujourd’hui regarder cette courbe autrement, plus exactement à l’envers. Si on prend comme indice 100  moyen à 55 ans, la France est le pays qui a les salaires les plus bas à 25 ans ! Ce résultat n’est pas celui de l’impact de l’ancienneté, mais celui de l’augmentation des exigences de diplôme (ou de la dévalorisation de ceux-ci) de la part des employeurs et de la diminution de l’emploi dans les grandes entreprises au profit des plus petites, dont on sait qu’elles pratiquent des salaires (nettement) plus faibles. Le passage de l’agriculture ) l’industrie c’était traduit par une augmentation des revenus. Le passage de l’industrie aux services se traduit au contraire par une diminution (au moins relative).

 

 

 

Dette, poids futur des retraites, chômage, revenu en baisse, environnement menacé, ce sont de beaux cadeaux que la génération aux manettes laisse à ses enfants !

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