Le niveau monte!

Publié le par verel

Olivier Bouba Olga revient dans un article récent sur ce thème récurrent dans l’Education Nationale (on a retrouvé un rapport de l’inspection générale en 1848 sur cette idée !), la baisse supposée du niveau des élèves. Ce sujet agite périodiquement les enseignants à cause des enjeux de moyens et de méthodes, mais aussi le grand public et les parents qui investissent dans la formation de leurs enfants pour leur permettre de réussir.

 

Le raisonnement d’OBO est juste : un observateur situé dans une classe (par exemple celle du bac) peut constater une baisse de niveau alors que le niveau global monte, simplement parce que la proportion de la population qui atteint ce niveau a augmenté.

 

Le problème est que les raisonnements se font généralement autour d’une question (par exemple l’influence de la télévision ou le nombre d’élèves par classe)  comme si tout était égal par ailleurs, ce qui n’est évidemment pas le cas

 

Mais au préalable se pose la question du niveau de quoi on parle ! Pour un observateur préhistorique qui se serait consacré à former ses enfants ou ceux du clan à la taille des pierres, le niveau actuel est tout simplement égal à zéro : plus personne ne maîtrise l’art de tailler le silex pour en faire des outils ! Il s’agissait à l’époque d’un savoir essentiel, qui faisait la supériorité de certains clans !

 

Pourtant nous considérons que le niveau a monté depuis ! Or si les référents d’aujourd’hui sont proches de ceux d’il y a un siècle, ils ne sont pas pour autant identiques, et nous voulons que nos enfants connaissent la théorie de la dérive des continents (admise depuis moins de 50 ans ) et accordons moins d’importance à la maîtrise du grec que jadis.

 

Il est possible que le référentiel de l’Education Nationale change moins vite que l’environnement de la société. J’avais cité le cas de cette classe de Sespa dans laquelle les ¾ des élèves maîtrisaient suffisamment l’utilisation des outils informatiques pour avoir leur propre blog, ce qui n’est certainement pas vrai de la plupart de leurs parents !  

 

Pour en revenir au niveau final atteint, on peut citer comme facteurs d’évolution

 

Le nombre d’années passées (le facteur évidemment le plus visible)

 

Les moyens et méthodes utilisés

 

Les éléments d’environnement  

 

Le nombre d’années passées n’a cessé d’augmenter, d’abord avec la scolarité obligatoire jusqu’à 14 puis 16 ans, puis avec le prolongement des études d’une partie de plus en plus importante de la population. Le phénomène pointé par Olivier Bouba Olga est évidemment particulièrement important là où les effectifs ont beaucoup augmenté, dans les lycées hier, dans le milieu étudiant aujourd’hui, y compris dans les formations aboutissant à bac +5  

 

Je ne me lancerai pas dans cet article dans le vaste débat des moyens (par exemple le nombre d’élèves par classe) et des méthodes . J’avais pu observer dans Ecoles en France  un exemple de polémique sur le sujet  

 

Parmi les facteurs d’environnement figure le milieu familial. Des études anciennes avaient montré la très forte corrélation entre le niveau scolaire atteint par la mère et celui atteint par les enfants. Ce facteur joue certainement encore, même avec le développement du travail des femmes. Il devrait se traduire, toutes choses égales par ailleurs, par une élévation du niveau, la génération actuelle des enfants ayant des mères qui ont fait plus d’études que la génération précédente.

 

Il est possible qu’on ait là un facteur d’augmentation des inégalités, en particulier avec les enfants d’immigrés. Ceux là ont de tout temps démarré l’école avec un handicap important : la langue pratiquée chez eux n’étaient généralement pas celle d l’école. Le linguiste Alain Bentolila a montré l’importance de maîtriser un certain vocabulaire pour arriver à apprendre à lire. Mais ils avaient peu de différences de bagages avec les autres enfants quand plus de la moitié de la population n’avait pas de qualification (c’était encore le cas des élèves sortant du système en 1960). Aujourd’hui, la majorité des enfants de ceux qui ont suivi une scolarité en France ont une mère qui a été jusqu’au BEPC et une partie importante ont une mère qui a été jusqu’au bac.

 

Evidemment le reste de leur environnement influe aussi. Il me semble que l’idée « qu’étudier ce n’est pas bien » a gagné du terrain au sein de la population scolaire. Cela peut constituer une pression importante chez des jeunes à un moment où ils manquent de confiance en eux et veulent se conformer à l’avis dominant dans le groupe.

 

Les médias et la télévision jouent aussi un rôle. Mais là encore, quand on dit que les jeunes ne lisent plus, ne sommes nous pas victimes d’une illusion d’optique, en comparant une classe d’âge entière aux pratiques de la partie privilégiée des classes d’âge précédentes? On lira avec intérêt la réponse d'éconoclaste SM à l'article d'OBO

Pour conclure, deux remarques

 

Ce sujet est trop complexe pour être traité avec des raisonnements de café du commerce bien sûr, mais le vrai bon sens peut aussi se faire abuser

 

Je rencontre dans les jeunes qui arrivent sur le marché du travail des éléments particulièrement brillants

 

Pour paraphraser Baudelot et Establet « allez les jeunes" !

Publié dans Organisation de l'Etat

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verel 10/06/2006 18:24

je ne partage pas tous les points de vue d'OBO mais il aborde un sujet qui m'interesse (l'économie) et il a une vraie compétence dans le domaine. Il est certes parfois excessif mais c'est le privilège de la jeunesse! Merci d'apprécier les points de vue lieux communards

Michel Gross 10/06/2006 17:17

A lire les post d'OBO je me demande toujours s'il parle au premier ou au second degré. Vu le ton des commentaires sur son blog, il semble qu'il parle au premier degré. Dans ce cas, c'est perdre son temps que de le lire et le commenter. Trop partisan et trop peu sérieux.
Autant les messages des lieux communards sont intéressants, autant les siens sont sont polémiques et niveau du café du commerce.

brigetoun 05/06/2006 17:12

moi pour l'ortographe qu m'a toujours été d'une grande opacité,depuis que j'ai eu comme cliente une haut fonctionnaire (comment dit-on ?) sortie de l'ENA, qui m'écrivait à la main, sans secrétaire.
Pour la lecture je crois que c'est assez vrai, pour l'ensemble de la population, mais c'est parce que nous n'avions rien d'autre.

verel 05/06/2006 16:33

Les observations de 1848 portaient évidemment sur l'orthographe.
Je me suis consolé depuis longtemps de mon propre niveau dans ce domaine depuis que, jeune édudiant en prépa, j'ai reçu une carte postale d'encouragements d'un ancien, déjà à Polytechnique, et qui devait en sortir dans les 10 premiers: il y avait 4 fautes en 3 lignes!

EL 05/06/2006 14:24

je "serais", évidemment...
Effectivement, le niveau baisse...

EL 05/06/2006 14:21

Ce n'est qu'une intuition, mais je crois que depuis quelques décennies, voire depuis un ou deux siècles (si l'on reprend les références d'OBO), "le niveau baisse" est exactement synonyme de "les jeunes maîtrisent moins bien l'orthographe et la grammaire". Ce serait intéressant de collecter les discours médiatiques et politiques sur cette baisse de niveau pour regarder à quels thèmes ils sont associés. Je n'ai pas vraiment le temps de me lancer là-dedans, mais si ça tente quelqu'un, je serai curieux de connaître le résultat.