Les fonctionnaires et l'ancienneté

Publié le par verel

Je voudrais faire une série d’articles sur les fonctionnaires. En voilà toujours un !

 

Je précise que je ne le suis pas. Comme tout le monde j’en fréquente comme « usager », citoyen et contribuable. J’en ai aussi dans ma famille, essentiellement au sein de l’Education Nationale. Et j’en croise dans le cadre de mon travail.

 

En fait, ce qui m’intéresse, c’est de voir comment le système public oriente le mode de travail de gens qui sont à priori semblables au départ à ceux qu’on trouve ailleurs.

 

Dans un article déjà cité dans mon papier précédent, Louis Chauvel note qu’en 1975, les salariés de 50 ans gagnaient 15% de plus que ceux de 30 ans alors que l’écart est aujourd’hui de 40%. Ces chiffres rejoignent ce que je présentais sur la base des revenus globaux.

 

La place de l’ancienneté dans les systèmes de rémunération explique en partie ces différences. C’est cette place que je veux analyser ici.

 

Normalement, les systèmes de rémunérations doivent respecter le principe « à travail égal, salaire égal ». Le fait que des différences de salaires, parfois très importantes (cela peut aller du simple au double), existent pour des gens qui ont le même poste mais pas la même ancienneté s’explique pour trois raisons

 

D’abord il y a un consensus social autour de cette pratique, du moins jusqu’à présent

 

Ensuite, cela permet de fidéliser les salariés : c’est ce qui intéressait les entreprises à l’origine

 

Enfin, c’était au départ un moyen simple de reconnaître l’expérience ;

 

On peut en effet constater que le fait de tenir le même poste n’entraîne pas qu’on réalise le même travail. Les ergonomes ont montré que même sur des postes de travail hyper taylorisés il y a des différences.

 

L’expérience permet de faire face à des situations particulières, des événements qui se produisent rarement : ceux qui les ont déjà rencontrées savent comment réagir. Payer ces différences de comportement n’est pas aberrant et les mesurer par l’ancienneté un moyen approché certes mais simple à mettre en œuvre.

 

Avec le temps cependant, des systèmes donnant une place importante à l’ancienneté se sont installés chez les fonctionnaires et dans des systèmes proches (par exemple les organismes de prévoyance ou la sécurité sociale). Le travail administratif était un bon exemple de travail où l’expérience donnait un avantage, où la connaissance des textes accumulés était utile.

 

Etait, car le monde a changé et le travail aussi. L’essentiel n’est plus de connaître les pratiques d’il y a 10 ou 20 ans. Celles-ci ne sont plus utilisées. L’essentiel est de savoir s’adapter à des outils et des méthodes qui évoluent en permanence, de faire face à des aléas, non parce qu’on les a déjà rencontrés, mais parce qu’on sait en faire l’analyse. Cela signifie que dans de nombreux cas, le jeune ayant deux ou cinq ans d’expérience se révèle nettement plus efficace que l’ancien qui fait la même chose depuis 20 ans, qui dans de trop nombreux cas s’est sclérosé dans ses pratiques anciennes, qui a du mal ou qui ne veut pas s’adapter aux nouvelles méthodes.

 

En réalité, le système ne respecte plus du tout le principe « à travail égal, salaire égal ». Le système de rémunération public, dont on vante souvent le caractère égalitaire (il écrase plus la hiérarchie, les moins qualifiés sont mieux payés que dans le privé, les cadres moins bien payés) est devenu porteur d’inégalités parfois profondes entre générations.

 

Qu’est ce qui justifie aujourd’hui les profondes différences salariales entre professeurs à qui ont confie les même classes (en réalité des plus difficiles pour les plus jeunes) mais qu’on paye du simple au double suivant le concours qu’ils ont réussi ou leur ancienneté ? Qu’est ce qui justifie que dans un site dépendant du ministère de la culture, le salaire des agents d’accueil varie du simple au double suivant leur ancienneté ? Qu’est ce qui justifie que les agents administratifs les plus compétents soient les plus mal payés ?

 

Ce système inégalitaire ne tient que parce que les jeunes arrivants ont la promesse qu’en vieillissant ils en profiteront à leur tour. Ce qui suppose qu’ils ne changeront pas de métier. Dans le privé, les jeunes ne se mettent pas dans une telle hypothèse de fidélité à l’entreprise. Un système survalorisant l’ancienneté est donc inacceptable pour eux. Dans le public, cette position ne semble pas se manifester. Du moins pour l’instant.

 

Le système valorisant l’ancienneté a un effet pervers : il est un frein à la mobilité entre corps au sein de l’administration. Une personne changeant de métier se retrouve systématiquement perdante. Du coup, très peu de fonctionnaires changent de filière, ce qui favorise la sclérose et empêche les adaptations à l’évolution des besoins comme l’a montré le rapport Pébereau.

 

L’ancienneté est aussi à la base des règles de mobilité et d’affectation. C’est grâce à ce système que les départements comme le 93 se retrouvent avec des professeurs, des pompiers, des policiers généralement débutants. C’est chez eux que les jeunes fonctionnaires font les quelques années qui correspondent à une véritable progression de compétences. Ils vont ensuite faire profiter de cette expérience les zones bourgeoises plus faciles. Celles-ci doivent par contre supporter certains fonctionnaires anciens enfermés dans leurs certitudes.

 

Pourquoi les représentants syndicaux s’accrochent ils à ce système ? D’abord parce qu’il leur profite, car ils sont généralement eux même âgés. Et parce qu’ils craignent comme la peste un système qui reconnaîtrait la compétence individuelle. Qui donnerait donc du pouvoir au management direct pour évaluer cette compétence, menaçant à leurs yeux l’autonomie des salariés. Or c’est elle qui, malgré ses inconvénients, permet au système de fonctionner. On en reparlera.

 

Donc on reste dans un système bureaucratique dont les premières victimes sont les fonctionnaires eux même qui ne sont pas managés et qui ont le sentiment que leurs efforts ne sont pas récompensés puisque la progression est automatique !

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legwen 01/10/2006 18:46

le decret c'est le n° 2005 -1344 du 28 octobre de jacob villepin et sarko et ça bande ...
je suis venus en 2003 je suis tjs categorie 1 tandis que d'autre sont venus bien plus tards et sont de categirorie 5 a 3 pourtant ils n'ont pas plus d'ancienneté dans le privé (je suis pas le seul dans ce cas la)
bizarement pas un sindicat n'ouvre  pas la bouche et Les medias pour la plus part glorifie sarko !  nous verons bien se que nous aurons comme loi quand sarko serra sur son trone....

 
 

Verel 17/09/2006 10:59

Comme je le dis dans l'article, il est admis en france, que l'ancienneté puisse être un élément de "discrimination" entre deux personnes qui ont le même emploi. cette pratique est particulièrement forte dans le public où l'ancienneté est le facteur essentiel de l'évolution de carrière, je pense de manière très exagérée est non légitime
Les syndicats de la fonction publique sont extrémement attachés à ce principe
Il doit être^possible de trouver sur Internet la loi dont vous parlez si vous avez la date, mais je ne la connais pas

coca 17/09/2006 10:25

en atendant moi je me fais baisé puisque j'ai était embaucher en 2003 (j'ai bosser presque 10 ans dans le privé ) alors que d'autre vont se retrouver a des echelons superieur alors qui on moins d'ancienneté dans la fonction public dans le code du travail Normalement, les systèmes de rémunérations doivent respecter le principe « à travail égal, salaire égal ». Cela serait une discrimination salariale, car l’employeur ne prouver qu’il existe des éléments objectifs justifiant une différence de traitement Et le principe« à travail égal, salaire égal » et également cité dans la déclaration universelle des droit de l’homme : Je cite dans l’article 23 lignes 2 : Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal. c'est choses on l'air étrangere à la fonction public en plus n'étant pas sindiquer parce que je trouve le sindiqua trés complesant avec le boss de notre ville je ne sais pas comment consulté le journal officiel et voir ce que dit vraiment cette loie

Verel 16/09/2006 12:29

Je ne connais pas cette loi
Elle renvoie à deux questions:
peut on mettre en place un système différent pour les nouvelles générations? Par exemple, serait il juste d'exclure des régimes spéciaux les nouveaux embauchés (ce qui est la seule façon de supprimer un jour ces régimes sans douleur)?
Est il normal de reprendre l'ancienneté acquise ailleurs?. Je travaille actuellemnt pour un service public où embaucher des seniors aurait du sens mais s'il faut les prendre avec une ancienneté importante, l'impact sur la masse salariale ne permet pas de le faire. Encore une fois, une loi se retourne contre ceux à qui elle est sensé bénéficier.

coca 15/09/2006 16:50

Une nouvelle l’oie a était émise pour les fonctionnaires les employer embaucher après 2005 ceux si bénéficie de leur ancienneté dans le privé  ce qui voudrais dire que les employeurs embaucher avant 2005 ne bénéficie pas de cette l’oie est on par conséquent moins de salaire  
 

Es qu’ils ont le droit ?

Bra 22/08/2006 08:34

Bravo ! Je suis entièrement d'accord avec cette démonstration (je suis prof, donc fonctionnaire).

verel 20/07/2006 10:59

autour des matins
je réagissais à ce que vous avez écrit plusieurs fos, à savoir votre étonnement de voir C Blanc se focaliser sur le fonctionnement de l'Etat. C'est cette expression qui me semble illustrer une aberration, que j'expliquai dans mon post, à svoir que les politiques se désinteressent de se dont ils devraient se préoccuper prioritairement, à savoir le fonctionnement de l'Etat

autourdesmatins 20/07/2006 10:41

@ Max Weber : votre allergie à mon objection, qui n'est pas un point de vue définitif mais une objection, c'est à dire la base d'une attitude scientifique, le "est ce qu'on ne pourrait pas dire plutôt que...?", donc votre allergie me conforte plutôt dans l'idée qu'il faut poser des questions et ne pas se tenir les idées du profet-préphet pour argent comptant. Max Weber aurait fait comme moi, si vous me permettez. Christian Blanc lui même, je pense.
Je crois qu'il y a plusieurs valeurs à défendre et que celles-ci sont parfois contradictoires. La patience me semble une bonne chose.
@ Verel : vous dites que mon propos illustre une aberration... je ne comprends pas bien ce que vous voulez me dire, ni pourquoi vous me dites cela. Une étape de votre raisonnement doit me manquer. Dans tous les cas je vous invite à relire les différentes interventions que j'aurais faites sur votre site, non pas comme on éloigne la mécréance, mais comme des questions qui peuvent se poser. Bonne continuation et merci de votre accueil.

verel 20/07/2006 08:05

A SDL
Les écarts de salaire sur un même poste sont dans la privé beaucoup moins élevé que dans le public
Sauf changement de fonction, un cadre de plus de 45 ans ne voit plus sa rémunération progresser, y compris de plus en plus souvent en euros courants. Il ya des exceptions dans les entreprises autrefois nationalisées qui ont hérité de certains systèmes du public
A Philippe Gras; Le salaire au mérite demande un certain nombre de précautions. Former la hiérachie et définir les critères de ce qu'on attend (ce qui est déjà en soi une bonne chose) notamment
Dois je comprendre que vous trouvez anormal de favoriser  ceux qui font bien leur travil et de défavoriser ceux qui le font mal?  A moins que vous pensiez que cela n'existe pas?
en réalité, tout le monde sait bien qui sont les 10 à 20 % de meilleurs, et qui sont les 10 à 20% de plus mauvais. Evaluer ceux qui sont entre les deux est plus difficile
Les professeurs qui représentent une part non négligeable de la fonction publique et qui passent leur temps à évaluer leurs élèves devraient encourger le salaire au mérite!

verel 20/07/2006 07:54

A autourdesmatins. Pour ce qui est du patronat français, je connais aussi. Il y a toutes sortes de style de management:des fachos, des purs gestionnaires à l'anglo saxonne, des paternalistes (Auchan dans le temps, cela a pas mal changé!), des participatifs, des charismatiques. Dans le public il n'y a en général pas de mangement (on commence tout doucement à en rencontrer) !
Je serais très surpris que vos ELS  d'Auchan gagnent en fin de carrière 60% de plus que les débutants.... Qu'ils gagnent plus qu'un chef de rayon débutant n'a rien de choquant par ailleurs.
Pour ce qui est des propositions de C Blanc, votre propos illustre une aberration de notre pays. Le législateur et les gouvernants passent le plus clair de leur temps a intervenir d'une manière ou d'une autre pour dire au privé ce qu'il doit faire . Pendant le même temps, ils ne s'occupent absolument pas d'organiser et de faire fonctionner correctement la fonction publique dont ils ont pourtant la charge!
Le plus dément, c'est que souvent il oblige le secteur privé à suivre des règles dont lui même s'affranchit royalement! Quand l'Etat se décidera t'il à laisser agir et négocier les partenaires sociaux
Ce que fait C Blanc, à savoir s'interroger sur le fonctionnement de l'Etat, c'est ce que devrait faire tout politique digne de ce nom. Que cela vous choque montre le niveau d'aberration où nous sommes arrivés dans ce pays!