La CFDT en congrès

Publié le par verel

La CFDT se réunit en congrès tous les 4 ans. Celui de Grenoble, du 12 au 16 juin 2006, était le premier après la loi Fillon sur les retraites et les remous que son approbation par la direction de la CFDT a causé au sein de la centrale syndicale. Sans parler de l’affaire des intermittents du spectacle ou de celle des recalculés. Les médias ont donc cédé à leur appétit habituel sur les jeux politiques pour se concentrer sur le score qu’allait obtenir François Chéréque au lieu de nous parler des sujets de débats internes et des discussions sur le fond.

 

La direction nationale avait proposé avant le congrès un projet de résolution qui a fait l’objet d’un certain nombre de propositions d’amendement. A partir de ces propositions, 22 débats ont été engagés, avec chaque fois le point de vue d’un représentant de ceux qui voulaient modifier le texte, d’un de ceux qui voulaient le garder et celui du rapporteur (membre de la direction nationale). Les seuls amendements adoptés ont été les deux que la direction nationale a soutenu. Cependant, il serait faux d’évaluer ces débats à un positionnement pour ou contre la direction nationale: la preuve en est que le vote minoritaire a varié énormément selon les débats: entre 2,15% (sur RSE et sous-traitance) ou 4,05% (sur l’attention privilégiée aux adhérents) et 45,51% (sur l’évolution de la durée des cotisations retraites et la pénibilité) ou 42,20% (sur la représentativité et l’ouverture au 1er tour des élections professionnelles).

 

La résolution finale a été adoptée avec 84,28% des exprimés.

 

Le suivi de ces 22 débats permet surtout de mieux comprendre les points clés de la résolution générale;

 

Ils ont portés sur les points suivants (le score entre parenthèse donne le résultat pour l‘amendement):

 

1)      Concurrence et économie de marché (34,44%)

 

2)      Rôle des corps intermédiaires (11,65%)

 

3)      Le sens de la critique sociale (19,73%)

 

4)      Dettes publiques laissées aux générations futures (85,03%)

 

5)      Défense des acquis et nouvelles garanties (30,66%)

 

6)      Services publics, efficacité économique et évaluation (26,46%)

 

7)      Possibilité de déléguer le service public à un opérateur privé (22,98%)

 

8)      Usage de la grève dans les services publics (15,13%)

 

9)      Conception de l’Europe sociale ( 41,69%)

 

10)   Concept de la RSE (8,99%)

 

11)   RSE et sous traitante (52,15%)

 

12)   Représentativité: ouverture du 1er tour des élections professionnelles

 

13)   Redéfinition des missions des institutions représentatives du personnel (12,87%)

 

14)   Intéressement dans le secteur public (35,90%)

 

15)   Rénovation du contrat de travail (15,00%)

 

16)   Retraites: échéance 2008 (84,36%)

 

17)   Retraites: condition à l’évolution de la durée de cotisation (45,51%)

 

18)   Généralisation de la possibilité d’accéder à l’épargne retraite (20,26%)

 

19)   Assurance maladie et paritarisme (12,71%)

 

20)   Conception de notre engagement dans le syndicalisme européen (4,39%)

 

21)   Attention privilégiée aux adhérents (4,05%)

 

22)   Situation des jeunes (26,72%)

 

 

La liste ci-dessus est en soi révélatrice des centres d’intérêt de la CFDT. On y trouve des thèmes très politiques voire philosophiques (les 5 premiers en particulier) d’autres qui ont trait aux positions à tenir dans les négociations avec le patronat(10 et 11), l’État intervenant dans le dialogue social (1 à 19) ou l’État patron (6 à 8), d’autres qui ont trait au rôle et à l’organisation des syndicats (2, 3, 12,  13, 20 et 21)

 

 

On observera l’importance des débats générationnels qui ressortent des débats 4, 16, 17 et 22. Ils illustrent sur un sujet assez inhabituel ce qui me parait une caractéristique fondamentale du syndicalisme confédéral: en regroupant dans un même syndicat des salariés vivant des situations très diverses, il les oblige à prendre du recul par rapport à leur propre situation, à confronter leurs idées spontanées à celles d’autres salariés, donc à enrichir leur réflexion, pour construire ensemble des compromis. C’est dans ces conditions que le mot solidarité prend tout son sens quand la logique corporatiste peut au contraire pousser à une pensée et un combat profondément égoïste.

 

 

Le fait que ce débat générationnel apparaisse, avec force qui plus est, me parait riche d’avenir pour le syndicat auquel j’appartiens. On sait que les jeunes générations sont beaucoup moins tentées que les précédentes par le syndicalisme. L’une des raisons en est évidemment la montée d’un certain individualisme. Je crois aussi que l’institutionnalisation progressive du syndicalisme (avec les heures de délégation par exemple ou le développement de permanents syndicaux), s’il a permis d’augmenter la compétence des représentants du personnel, les a éloigné des salariés.  Les plus jeunes de ceux-ci rangent souvent les syndicats dans la même opprobre que le personnel politique, ou au mieux ignorent complètement le rôle et les positions des syndicats. Le fait que les grandes entreprises (plus syndiquées) embauchent nettement moins, a évidemment aussi joué. La conséquence en est que beaucoup de militants syndicaux ont plus de 50 ans. Et que la proportion de moins de 40 est anormalement faible.

 

La CFDT s’est récemment vantée de compter plus de 100 000 adhérents de moins de 35 ans. Elle devrait en compter le double si la répartition par âge était conforme à celle des salariés. Son résultat est probablement meilleur que celui de certains autres syndicats, d’où son cocorico. La CGT est notamment confronté à un choix générationnel entre SUD et la CGT. Le fait d’avoir pris conscience de la montée des inégalités intergénérationnels (mises en évidence notamment par Louis Chauvel) est un bon point pour la capacité de la CFDT à écouter la société. Et à attirer de nouvelles générations. Elle fait de ce problème une question majeure, le texte de résolution y consacrant un chapitre complet (le chapitre 7.3)

 

 

La question de l’organisation des services de l’État et des relations avec l’État patron est l’occasion de rappeler une spécificité de la CFDT dans le monde syndical: elle compte plus d’adhérents dans le privé que dans le public (sans doute la CGC est elle dans le même cas). La CGT, qui est l’autre syndicat réellement présent un peu partout, a tenu à garder un équilibre entre ces deux mondes par leur représentation égalitaire dans ses instances dirigeantes. Cette volonté souligne la grande différence des réalités du travail et de son organisation entre ces deux milieux, différence sans doute en forte augmentation depuis 20 ans. La CFDT a fait le choix de mélanger public et privé au sein même de ses fédérations, ce qui crée une confrontation permanente et une compréhension mutuelle très riche, à rebours d’une réalité nationale où semble se creuser un gouffre entre deux mondes, menace réelle contre l’unité de la nation.

 

 

Je reviendrais sur certains des débats dans d’autres articles.

 

Publié dans Social

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

autourdesmatins 15/08/2006 17:57

Je crains que vous n'ayez pas vraiment lu mon commentaire et votre obsession anti-CGT et anti-rouge transpire dans une note sur deux....
J'ai pris la peine de vous lire, et certainement de tenter le débat avec vous plus que quelques autres ici et là, vous donnant souvent globalement raison (de mon petit point de vue) mais aussi vous invitant à "faire le tour de l'arbre" avec une ou plusieurs objections.
Une seule fois, j'ai renoncé à lire en détail une note un peu trop "victorieuse" à mon goût, note que vous m'aviez invité à lire et qui me semblait "stalinienne" dans son ton de "preuve irréfutable" - j'ai fait part de cette lecture en diagonale. De cet aveu, vous avez fait la grille interprétative de tout. Vous avez tort car je vous ai lu avec attention, et certainement mieux que vous... (j'ai quelques exemples)
Je vous ai posé à quelques reprises quelques bonnes questions et notamment ici : vous concluez sur un positionnement par rapport à la CGT, cela a un sens.
 

verel 12/08/2006 11:30

A autour des matinsIl me semble que c'est vous qui etes obsessionnel!Je ne vois pas ce que des comparaisons avec le Médef viendrait faire iciEt la comparaison avec la CGT est plutôt un rapprochement sur le fait qu'il s'agit pour moi des  seuls syndiats réellement présents dans le public et dans le privé et qui s'efforcent de le resterLisez ce que j'écris avant de faire vos commentaires!

autourdesmatins 07/08/2006 11:15

Et bien sûr vous concluez en vous efforçant de vous différencier de la CGT (pas du Médef ou d'autres partenaires),
différences avec la CGT réelles, certes,
justifiées peut-être,
obsessionnelles, assurement.