Diversité et discrimination

Publié le par verel

Avez-vous vu cette publicité pour le recrutement dans une banque et repéré à qu’elle point son affirmation d’avoir signé la charte de la diversité est en contradiction avec le reste de l’annonce? Nous y reviendrons dans cet article mais un détour préalable s’impose.

 

Dans Le Monde du 1er août, Alain Blum, directeur de recherche à l’INED, prend parti, sous le titre « les limites de la statistiques », contre la tentation de mesurer les catégories ethniques. Pour simplifier, son raisonnement consiste à dire que compter les individus selon leur origine, c’est les enfermer dans cette origine, qui »colle à la peau, puisqu‘elle ne peut bouger au cours de la vie. Il n’y a plus de mobilité possible ».La catégorie statistique ne peut rendre compte de la complexité du social.

 

Dans le débat sur la manière de lutter contre les discriminations, la question de la mesure ou non de la diversité ethnique fait actuellement débat, parmi ceux qui veulent lutter contre les discriminations. La position classique républicaine, toujours inscrite dans la loi, consiste à interdire ce genre de mesure, dans la ligne d’un refus du communautarisme.

 

Les études menées par la Sorbonne, en s’appuyant sur des tests à l’embauche, ont fortement interpellé ce modèle en montrant l’existence de fortes discriminations à l’embauche, contre les seniors, les obèses les personnes d’origine étrangère ou vivant dans des quartiers à mauvaise réputation.

 

Certains, à la suite de Bébéar, considèrent que pour faire évoluer le système, il faut pouvoir mesurer ce que l’on fait. Il est vrai qu’il est difficile de vérifier que les pratiques de gestion des ressources humaines ne sont pas discriminantes sans en mesurer les résultats. Or s’il est facile(en tous les cas possible!) de mesurer les éventuelles discriminations selon le sexe ou l‘âge, il est impossible de savoir si la politique menée discrimine ou non les maghrébins ou les africains, faute d’instrument de mesure.

 

Par exemple, EDF veut vérifier que son système de recrutement des techniciens dans ses centrales nucléaires n’est pas discriminant contre les jeunes d’origine maghrébine. Or elle ne peut ni compter dans quelle proportion elle en recrute, ni savoir qu’elle proportion il y en a dans les filières électronique ou électrotechnique dans lesquelles elle recrute logiquement.

 

Cela fait un an environ que j’ai l’occasion de discuter avec certains de mes collègues de cette question, et j’avoue ne pas encore m’être fait de philosophie. Je trouve cependant les arguments de Alain Blum assez convaincants, notamment lorsqu’il dit que si le discours sur les discriminations est apparu quand le problème commençait à disparaître. On voit bien en effet que si le discours est à la mode, c’est qu’il est légitime, et qu’il est donc probable que les comportements sont déjà en train de changer.

 

On peut illustrer cette position par le cas des femmes ou des seniors. On dispose depuis longtemps de données sur le sujet, la question des différences de rémunérations entre hommes et femmes fait l’objet d’un chapitre particulier dans le rapport social (et à fait l’objet de plusieurs lois successives!) et même d’une commission obligatoire du CE: si les acteurs de l’entreprise ne veulent pas s’en emparer, rien n’y fait!

 

Comme je l’ai dit dans un article précédent, je suis maintenant élu au comité d’entreprise de la société qui m’emploie et j’en suis devenu le secrétaire. Nous avons constaté que la commission Égalité hommes femmes n’avait pas de fonctionnement réel. Le secrétaire précédent m’a expliqué qu’il n’avait pas trouvé dans les textes ce qu’elle est censée faire. C’est pourtant la commission pour laquelle j’ai eu le plus de candidats dans la liste que je menais, des femmes d’une part et aussi un jeune homme qui avait travaillé sur les questions de diversité dans son entreprise précédente:   ils ont bien l’intention d’aborder l’ensemble des questions ayant trait aux discriminations et à la diversité. On verra bien ce que cela donnera.

 

Dans le même journal que l‘article d‘Alain Blum, la dernière page était entièrement occupée par une publicité pour une banque déclarant qu’elle recrute des candidats sachant convaincre, en présentant une quinzaine de jeunes arborant un tee shirt avec l’effigie d’un jeune au centre du groupe.

 

L’annonceur signale en grand qu’il est signataire de la charte de la diversité. Son annonce montre cependant qu’il n’a pas tout compris sur le sujet;

 

Si on reprend en effet l’enquête de la Sorbonne, on constate en effet que les plus discriminés sont d’abord les seniors. On trouve ensuite les personnes d’origine maghrébines et les handicapés. L’enquête a notamment montré qu’en trafiquant la photo d’un candidat pour le faire apparaître obèse, en maintenant l’ensemble des autres éléments du CV, on divisait par 3 ses chances d’obtenir un entretien.

 

Si l’on examine la publicité dont je parlais, on s’aperçois:

 

            Qu’il n’y pas de seniors, apparemment même aucune de plus de 30 ans. Or l’annonce ne parle pas de recrutements de débutants, elle parle de recrutements tout court.

 

            Qu’il n’y a pas d’handicapés ou de personne obèse

 

            Qu’il y a une personne d’apparence asiatique ainsi qu’un noir mais aucun d’apparence maghrébine. Pourtant, il y a en France environ 4 millions de personnes d’origine maghrébine ou turque contre 500 000 environ d’origine africaine (je ne compte pas ici les antillais) et sans doute quelques centaines de milliers d’origine de l’est asiatique (Chine ou Asie du Sud est).

 

Donc cette banque a une conception assez personnelle de la diversité. En réalité, les personnages photographiés font surtout très propres sur eux: pas de piercing ou de tatouage apparent par exemple.

 

L’annonce précise également qu’elle s’adresse à des bac+2 à Bac+5;

 

Cette précision illustre bien la notion de discrimination. Il s’agit de l’application d’un critère considéré comme illégitime par rapport aux besoins du poste. Ainsi, refuser un candidat handicapé ou maghrébin pour faire des études statistiques est manifestement illégitime. Les tentations de certains de recruter sur le signe astrologique ou le lobe dee l’oreille peuvent de la même manière être considérées comme illégitimes.
En France, le critère du diplôme est considéré comme un critère légitime. Le concours est même le principal critère dans la fonction publique. Or nos voisins n’accordent pas une telle importance au diplôme, ce qui devrait nous interroger sur le bien fond de notre pratique. La pratique bancaire depuis près de 20 ans, consistant à recruter presque uniquement des bacs+4 (donc à sur qualifier de nombreux postes) pose ou va poser des problèmes de de management aux entreprises concernées. Comment motiver des salariés quand les perspectives d’évolution sont des plus limitées et/ou quand le contenu du travail ne demande qu’une partie infime des compétences acquises au départ?

 

L’absence de piercing parmi les personnes présentes sur la photo illustre plutôt les critères de recrutement implicites. Si les critères explicites, comme ici le diplôme est l’âge sont assez facile à voir, les critères implicites sont difficiles à débusquer, en particulier de l’intérieur. La remise en cause des critères est probablement difficiles dans les deux cas, tant elle fait partie des évidences intégrées par ceux qui les pratiquent.

 

Le passage à la notion de diversité est une étape qui peut contribuer à la remise en cause des à priori, même s’il s’agit de notions différentes. Prôner la diversité, dans le domaine de l’âge par exemple,ce n’est plus éviter de rejeter une personne pour son âge, alors que celui-ci n’a pas de rapport avec le contenu du poste, c’est faire le pari de l’intérêt du mélange, c’est penser que mélanger les générations est plus performant que d’en retenir une seule. Ou qu’avoir des salariés qui ont réussi scolairement et eu un diplôme et d’autres qui ont su se développer à travers leur travail est une bonne solution. Une fois de plus, montrer des jeunes qui pensent tous la même chose est complètement contradictoire avec ce que prônent les chantres de la diversité.

 

L’analyse de notre publicité montre tout le chemin que nous avons encore collectivement à faire!

 

Publié dans Social

Commenter cet article

pvnam_2 14/08/2006 21:39

".mini-spam." --->  Séparatisme Déjà !!! --- Ne soient pas des IDIOTS !!!--- Méprisent les 'Clowns-Éthiques' européens !!!--- La préoccupation doit être --> Mobiliser les Indigènes Européens intéressés en la Survie de SON Identité Ethnique... sur l'objectif de... revendiquer le LÉGITIME Droit au Séparatisme :- La constitution d'Espaces Réserve Naturelle de Peuples Indigènes.[ Voir : http://separatism-50-50.blogspot.com/ ]En effet, capables de 'défendre' cela qui est indéfendable... les 'Clowns-Éthiques' européens possèdent un curriculum vitae vraiment 'remarquable':-1- Dans le passé, les 'Clowns-Éthiques' ont promu la 'Théorie' dont existaient des races inférieures qui pouvaient être utilisées comme des esclaves... en conséquence... l'utilisation d'esclaves [remarque: et le conséquent rentabilité des investissements en bateaux (caravelles)... et la sauvegarde de l'industrie de construction de bateaux (caravelles) !!!] a été considérée quelque chose 'parfaitement naturel '...-2- Dans le passé, les 'Clowns-Éthiques' ont promu la 'Théorie' dont existaient des sauvages 'infidèles-du christianisme'... en conséquence... l'extermination de Tribus Indigènes 'infidèles' dans les Amériques... [remarque : et la conséquente SUBSTITUTION de la population autochtone par des Peuples (Races) économiquement plus rentables !!!] a été considérée quelque chose 'parfaitement naturel '...-3- Actuellement, les 'Clowns-Éthiques':i) prétendent jouir main d'oeuvre servile immigrée ao 'prix de la pluie ';ii) prétendent jouir l'existence de personnes qui payent les Pension de Retraite [ malgré... ils ne constituer pas une Société où se procède au Renouvellement Démographique !!!]--------> En conséquence, aujourd'hui les 'Clowns-Éthiques promeuvent la 'Théorie 'de qu'est inacceptable l'existence de Réserves Naturelles de Peuples Indigènes... vu que ainsi... l'Occupation da Europe par autres Peuples - SUBSTITUTION de la population autochtone - peut être considérée quelque chose 'parfaitement naturel '...{remarque : Comme ce serait d'attendre... les 'Clowns-Éthiques' européens sont 'Lèche-Bottes' des immigrés et des fils d'immigrés... ---> beaucoup d'eux - après d'une modification 'convenable' à la loi de la nationalité - déjà naturalisée des 'européens' }

verel 12/08/2006 11:07

Je serais spontanément assez d'accord avec françois pour dire que l'idéal serait de favoriser la diversité.Mais dans ce cas, faut il faire au jugé ou avoir un tableau de bord pour suivre la qualité de son action? Ce qui repose la question des statistiques....L'argument de charles est interessant parce qu'il montre qu'on ne peut réduire la réalité à des chiffres, ce qui plaide pour la solution préconisée par Max

François Brutsch 07/08/2006 23:28

Pour ma part, j'en déduis qu'une politique active de promotion de la diversité est plus importante qu'une simple attitude passive de lutte contre les discriminations (qui n'aura pas forcément l'effet désiré: je  peux ne pas vouloir davantage de représentants de telle minorité visible car j'en ai déjà assez). Sur le principe, l'accord est assez facile. Mais dans la pratique c'est plus difficile et j'ai vu des cas dans lesquels on retombe sur un groupe de travail composé entièrement d'hommes qui n'ont pas plus de 10 ans de différence d'âge et des backgrounds similaires là où il aurait fallu des hommes et des femmes, de générations et d'expériences différentes... Dur.

Charles ANDRE 07/08/2006 18:28

Comment compter les métis? J'ai lu à la mi-juillet un article fort éclairant de The Economist à ce sujet. Le Brésil a mis en place un comptage ethnique alambiqué pour sa politique de discrimination positive. Et se retrouve avec des marrons, un peu marrons un peu indiens, etc.

utopies 07/08/2006 12:59

Je crains d'être bien moins optimiste qu'Alain Blum sur l'évolution qu'il suppose (faute de chiffres...) favorable de la question de la diversité en France. Les difficultés du PS à faire de la place aux diverses minorités (ethniques et mêmes les jeunes!) n'est qu'un exemple parmi d'autres que la diversité ne semble pas toujours s'appliquer aux postes à responsabilités. L'absence de chiffres disponibles sur la question a le désavantage de permettre au plus grand nombre de nos acteurs sociaux et en particulier politiques de se réfugier derrière des chartes, discours et autres symboles du monopole du verbe sur l'action.Que je sache, cette question a été tranchée aux USA en sens inverse et partisans comme opposant de l'affirmative action semblent y trouver leur compte...La France a d'ailleurs en matière d'inaction face à des statistiques pour le moins troublante un bilan pour le moins peu flatteur. Par exemple, la dégradation constante depuis une trentaine d'année de la proportion d'étudiants d'origine modeste au sein des grandes écoles; statistique qui n' a entrainée que des réactions très modérées et aucune venant d'hommes politiques... En résumé, celà semble juste une nouvelle façon de se mette la tête dans le sable...

Max Weber 07/08/2006 10:13

Ce débat sur les statistiques est très intéressant. Je suggère, pour l'éclairer, de se reporter à cet article écrit par un ancien administrateur de l'INSEE :
 

http://www.cdweb.com/mll/Textes/demostats.htm
 

La difficulté que les pouvoirs publics rencontrent pour créer de nouvelles statistiques trouve des explications dans notre histoire : depuis Vichy, le rapport du citoyen à l'Etat est, dans ce domaine, placé sous le signe de la méfiance, voire de la défiance.
 

Les statistiques sont utiles, c'est certain, mais l'attitude qui consiste à invoquer l'impossibilité de convertir le pays en chiffres pour ne rien faire est irresponsable. Or, n'est-ce pas un travers des décideurs politiques, pour qui les chiffres sont un moyen de mettre tout le monde d'accord, et surtout de limiter leur responsabilité ? C'est dissimuler le fait qu'une statistique est une construction qui s'appuie sur des hypothèses, expressions de choix idéologiques souvent non explicités.
 

Je prêche pour ma chapelle, mais je pense qu'il est nécessaire de savoir se libérer de cette soumission au chiffre QUAND ON NE PEUT PAS EN DISPOSER (je ne suis pas en train dire que le chiffre est "mal"), et donc ne pas hésiter à se baser sur des enquêtes quantitatives/qualitatives ou strictement qualitatives qui peuvent être conduites de manière très sérieuses. Je pense bien évidemment aux enquêtes sociologiques. Sans doute, la discipline a mauvaise réputation, mais les temps ont changé et on trouve des sociologues fort rigoureux dorénavant, dont les entreprises s'arrachent d'ailleurs les conseils.
 

 
 

brigetoun 06/08/2006 23:43

je suis assez d'accord avec l'article pour les statistiques, leur coté néfaste et leur inutilité pour changer les pratiques.
Et si l'idée de ne pas exiger des diplomes me va d'autant plus que ça a été mon cas, se pose un problème : face à la masse des candidats il est difficile de demander de se déterminer sur le seul fait que l'on ne sait pas si la personne est compétente