Retour sur le 21 avril

Publié le par verel

Hughes de Commentaires et Vaticinations a publié aujourd’hui un article sur Jospin, suite à l’intervention de celui-ci à la Rochelle qui m’a amené à me réinterroger sur la question fondamentale : pourquoi Jospin a-t-il été battu en 2002 ?

 

Hughes fait remarquer avec justesse qu’à peu de choses près, Jospin était élu et on ne se poserait pas la question.  Le PS semble penser que la raison en était une politique insuffisamment à gauche. Les explications de l’intéressé ne vont pas spécialement dans ce sens quand il s’interroge sur le fait d’avoir appliqué trop rapidement les 35 heures dans la santé et de ne pas avoir fait la réforme des retraites.

 

Pour mon compte, je vois dans l’échec du candidat Jospin une raison conjoncturelle et une raison structurelle.

 

La raison conjoncturelle est assez simple : la situation économique de la France se dégrade en 2001 et en 2002. Et la popularité du gouvernement en a été fortement affectée. Comme elle avait au contraire largement bénéficié des bons résultats de la période précédente. Tous les gouvernements sont confrontés à ce lien étroit entre les résultats économiques et la popularité.

 

Mais on a le sentiment que le candidat (et le gouvernement comme le PS) n’a pas vu ou voulu voir cette dégradation. Il faut dire qu’expliquer cette situation allait à l’encontre du discours affiché jusque là.

 

En effet, les résultats économiques de la France sont à peu prés les mêmes que ceux de l’ensemble de l’Europe de l’Ouest. Avant 2000 comme après. Dire que les mauvais résultats sont liés à la conjoncture globale, c’est avouer que les bons qui les avaient précédés étaient liés à la bonne conjoncture. Et non comme le gouvernement a voulu le faire croire, à la politique gouvernementale des 35 heures et des emplois jeunes.

 

Le principal succès du gouvernement Jospin se situe en effet dans la première période, avec la création de plus de 1 500 000 emplois. Le gouvernement a su accompagner la conjoncture en réduisant le coût du travail non qualifié, par la baisse des charges patronales et la maîtrise du SMIC. Le choix de cette première période est en fait d’utiliser les forces du marché pour aboutir à ses fins. Et cela marche pas mal.

 

Cette politique qui vise à créer des emplois plutôt que de donner la priorité aux emplois existants était une vraie politique de gauche, donnant la priorité aux exclus. Faute de l’avoir expliqué, la phrase de Jospin à propos des « Lu » n’est pas compréhensible.

 

Par contre, dans la deuxième période, avant même que la conjoncture se retourne, la politique menée change d’orientation : d’une part, on dépense la prétendue cagnotte (ce qui enlèvera deux ans après toute marge de manœuvre face à la récession) , d’autre part on revient à la logique de défense et de partage des emplois existants avec les 35 heures obligatoires et la loi dite de modernisation sociale.

 

Au-delà des éléments de conjoncture défavorable, le gouvernement paye dans les urnes

 

            L’austérité salariale pour les plus bas salaires, voulue en première période pour créer les emplois, conséquences des 35 heures en deuxième période

 

            La distribution de la cagnotte à tous les intérêts particuliers quand les plus bas salaires souffrent

 

            L’incohérence entre les discours et les pratiques

 

La raison structurelle est liée au rejet de plus en plus fort des politiques, à qui les électeurs reprochent à la fois les mauvais résultats et les promesses jamais tenues, la fausseté des discours. Ce rejet se traduit depuis 20 ans par une montée de l’abstention et du vote extrême.  

 

Le gouvernement avait la possibilité avec la conjoncture favorable dont il a hérité en 1997, de parler vrai. S’il l’avait fait dès 1997, il aurait pu plus facilement évité ensuite de dépenser la prétendue cagnotte et reporter les 35 heures et leurs conséquences défavorables. Le discours à propos des « Lu » qui a porté tort au candidat aurait pu être compris : Peut être n’aurait il pas empêché une partie du vote contestataire. Mais est il inimaginable de penser qu’une partie des près d’un million d’ électeurs qui ont voté blanc (soit environ 5% des voix !) aurait suffit à mettre L Jospin à la deuxième place, voire à la première ?

Y aura-t-il un jour un gouvernement pour comprendre que la communication à long terme peut être p^lus payante que celle à court terme ?

Publié dans Politique

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Charles ANDRE 29/08/2006 12:02

Grrr, Comme je comprends votre aiGrrreur (jeu de mot facile sans aucune animosité)! Pourquoi donner votre voix à quelqu'un qui ne veut pas du pouvoir? Ou en ferait un usage dramatique s'il l'avait? Si "tout" ce que vous souhaitez est un discours de vérité, une classe politique renouvelée et des réformes structurelles assumées, vous devez faire un tour ici. Si vous croyez que la France doit fermer ses portes, je ne vous suis pas.

verel 29/08/2006 11:46

D'accord avec Domi sur le fait que le FN affiche des idées de protectionnisme assez anti libérales mais a t 'il réellement un programme sur ces sujets ?
De mémoire, il me semble que sur son site, le programme économique date de 1998....

Domi 29/08/2006 11:08

@Grrr : le programme du FN c'est quand même le repliment sur soit-même (au niveau de la France) et la diminution de libertés (limite totalitaire/communiste sur certains points AMHA). Je comprend vraiment mal comment un pro-libéralisme peut dire que le FN c'est bien...

verel 29/08/2006 09:05

A Grrr
Je ne vois pas en quoi on peut faire confiance au FN pour faire les réformes indispensables et encore moins pour sortir du clientélisme et de la démagogie
En particulier, le népotisme est conceptuellement au coeur du programme de ce parti
Je m'en suis expliqué il y a quelques temps:
http://verel.over-blog.com/article-2976318.html

Grrr 29/08/2006 05:17

La reculade du gouvernement JOSPIN devant les grèves au Ministère des Finances (lors de la tentative de réforme visant à réunir les services départementaux de ce ministère), qui s'est traduite par le limogeage du ministre concerné au bout de quelques semaines de grève, ajouté au lâchage du ministre Zucharelli à qui il avait été donné consigné de ne pas transiger au sujet des 35h dans la fonction publique et notamment hospitalière avant de l'abandonner en rase campagne, ajouté à tant d'autres dossiers ont laissé la solide impression que les socialistes se laissaient piloter par la perspective de la présidentielle de 2002 dès 1997.Que le PS ait alors eu l'intelligence de comprendre qu'il était mal élu est "tout à leur honneur" (si on peut dire) : mais cela a surtout démontré l'incapacité du PS à mener, en cinq ans du moins, quelque réforme d'envergure de la fonction publique ou de l'écnonomie adminitsrée que ce soit. On notera à ce sujetg le bilan brillant obtenu à peu de frais des deux premiers gouvernements Raffarin à mener la libéralisation des telecoms entre 2002 et 2005, dont l'une des cosnéquences a d'ailleurs été l'explosion des blogs.On aurait certes pu croire en 2002 que Chirac avait un boulevard pour mener à son terme ce travail sur le secteur public (qui ne représente que 50% de l'économie française, après tout... : une paille !). Il fût aisé de constater qu'il n'en fût rien. J'aurais pourtant penser que le discours sur la gabegie de moyens, le clientélisme en général, et la médiocrité de la gestion publique aurait pu aider à un discours sain.Nous savons désormais qu'il n'en est rien. Nicolas Sarkozy, de par son désormais long passé ministériel, a démontré qu'il n'était en aucun cas l'homme de cette situation-là. En l'absence d'un candidat authentiquement libéral, voter FN me semble être la seule solution qui reste à ceux qui souhaitent donner à leurs enfants un payx économiquement efficace et, si possible, apte à résorber les dettes de trente ans de gestion démagogique et clientéliste.

Fabien 28/08/2006 23:48

Peut-être aussi parce que les résultats n'étaient plsu sibons que ça ?La "sécurité" avait été laissée de côté comme un sujet un peu sale, le gouvernement se contentant de îlotiers. La police de proximité avait un vrai rôle mais pas celui de répondre à l' "insécurité" ressentie (en plus phantasmée et affirmée dans les médias).De plus, économiquement, les résultats étaient moins bons avec une application des 35 heures de plus en plus mal vécue dans les TPE de la restauration notamment.Si on y ajoute la division au premier tour...

Verel 28/08/2006 22:01

A Laurent Guerby :le système institutionnel pousse en effet chaque parti à être présent à la présidentielle pour exister. Mais ce n'est pas la seule raison qui a fait par exemple que les trotskistes ont eu ensemble 10% des voix et 2 % seulement aux législatives qui ont suivi
A Hughes: je crois justement (du moins aujourd'hui!) que la gauche sera au deuxième tour. Mais on verra!
A Domi et Charles: je suis d'accord avec Charles: les français ne voulaient plus de la cohabitation
A Bridgetoun: d'accord sur l'argument du moins à ce stade

brigetoun 28/08/2006 21:25

un complément à son analyse des causes dans les Echos - ou il oublie tout de même un peu que c'est lui qui avait légué le parti à Hollande, et où il ne semble pas se rendre compte que trouver la source des éventuelles erreurs dans la façon dont il a suivi des conseils ou a été incapable de corriger des décisions n'est pas un très formidable argument pour en faire un président
http://www.lesechos.fr/info/rew_france/300031485.htm
 

Charles ANDRE 28/08/2006 10:39

Ou une volonté de donner une majorité au Président nouvellement élu...

Domi 28/08/2006 10:29

>(...) à peu de choses près, Jospin était élu.Je trouve que c'est oublier un peu vite le résultat des législatives qui ont suivi la présidentielle. Il y avait bien une volonter de "dégager" Jospin / la gauche.