Allez les filles ?

Publié le par verel

En janvier 1992 paraissait sous ce titre un livre des sociologues Christian Baudelot et Roger Establet. Il montrait la montée continue des performances scolaires des filles. Quelques chiffres de l’avant propos donnaient le ton: 624 étudiantes en 1900 dans toute la France, 520 000 en 1990. L’effectif des étudiantes égale celui des étudiants en 1971 et le dépasse de 70 000 en 199O. 42 filles sur 100 obtiennent le bac contre 32 seulement des garçons.

 

 

Ce succès relatif des filles ne se traduit pourtant pas encore dans l’accès aux postes de responsabilités, où la domination masculine demeure écrasante, malgré les progrès incessant de la gent féminine.

 

 

Les auteurs ont montré que l’orientation des filles est plus souvent littéraire et celle des garçons plus souvent scientifiques et vers les filières qui donnent l’accès au pouvoir. Cette différence ne s’explique pas par une supériorité masculine en maths mais par une supériorité féminine en français. (je rappelle à ce sujet que la seule personne a avoir obtenu deux prix Nobel est une femme, Marie Curie). Et par des choix d’orientations plus marqués chez les filles par l’intérêt pour les métiers de relations et/ou ceux permettant de concilier vie professionnelle et vie de famille.

 

 

A la fin du livre, les auteurs s’interrogent sur la manière dont les choses vont évoluer et finissent par conclure ainsi:

 

 

« Et pourtant ne pas rendre justice à la qualification scolaire des filles ne se réduit pas à une iniquité d’ordre moral. C’est une source de malaise social et un gâchis économique des compétences. La progression scolaire des filles est un fait de société essentiel et un défi majeur de notre temps »

 

 

On pourrait remplacer filles par immigrés de deuxième génération ou par handicapé et illustrer les propos tenus ici sur les questions de discrimination et de diversité. On sait d’après les enquêtes faites par l’équipe de la Sorbonne que c’est aujourd’hui pour les femmes que la discrimination est la plus faible, même si elle subsiste. Le « plafond de verre » qui empêche l’accès aux plus hautes fonctions semble pourtant continuer à fonctionner.

 

 

J’ai repensé à ce livre à l’occasion de mes vacances en écoutant des amis me donner des nouvelles de leurs enfants.

 

 

Les deux aînées du premier couple d’ami se sont montré très brillantes pendant toutes leurs années de collèges et de lycées, toujours premières avec des moyennes très élevées. L’une vient d’entrer à l’IUFM (première au concours comme il se doit) pour devenir institutrice. La seconde a refusé toutes les incitations professorales à entrer en prépa pour se lancer dans une formation d’éducatrice spécialisée. Toutes deux illustrent donc comment le choix d’un métier de relation va à l’encontre du choix de la maximisation  de la rémunération ou du pouvoir.

 

 

L’aînée du deuxième couple est sortie de polytechnique il y a un an avec un rang lui permettant d’entrer dans un grand corps de l‘État. Elle part en septembre à l’étranger pour un  stage d’un an. Son mari, titulaire d’un « simple » DESS l’accompagne mais n’a pas pour l’instant de travail là bas. Le jeune couple a donc fait le choix de privilégier à court terme la carrière de madame.

 

 

On pourrait donner des exemples par dizaines, chacun en a autour de soi: les choses avancent cahin-caha. Faut il regarder la bouteille à moitié pleine (elles avancent) ou celle à moitié vide (oui mais pas vite!)?

 

 

Publié dans International

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Verel 02/09/2006 16:00

Merci de toutes ces contributions qui donnent chacune à penser

Nathanael 01/09/2006 08:05

J'ai eu vent, il y a quelques temps, d'une étude dont je n'ai plus les références, qui éclairait ces chiffres d'un autre point de vue :Les filles seraient plus libres de choisir leur orientation, subissant moins la pression sociale que les garçons.L'orientation des filles seraient donc plus choisie.J'ai plus observé une confirmation de ce fait à mon petit niveau (dans le lycée où j'enseigne) en regardant les distributions garçon / fille des premières générales.Il s'avère que la répartition des filles en L / ES / S est quasiment la même que celle des élèves du lycée (un peu plus en L, un peu moins en S) mais, et c'est là l'enseignement de l'observation, la répartition des garçons montre une sur-représentation de ceux-ci en S et une sous représentation en L (voir exercice 9 de cette fiche : http://mathsaulycee.espace4you.org/blog/index.php?2006/08/31/5-premier-chapitre-pourcentages )Ce ne serait donc pas les filles qui sont beaucoup plus nombreuses en L, mais les garçons qui y sont beaucoup moins nombreux.

Max Weber 30/08/2006 13:46

Le problème que vous soulevez ici est tout à fait intéressant, mais j'y verrais moins pour ma part l'effet du sexe que de l'origine sociale. Je me rappelle ainsi les études bien connues commises par Pierre Bourdieu et Michel Passeron, d'une part, et par Raymond Boudon, d'autre part, sur la réussite scolaire. Comme vous le savez peut-être, les thèses des auteurs s'affrontent en ceci que Bourdieu et Passeron ont insisté sur l'effet des déterminations sociales (comme si notre destin était déterminé en fonction de notre origine sociale) tandis que Boudon a insisté sur le calcul stratégique (notre destin dépend du choix que nous faisons, étant donné les possibilités qui nous sont offertes).On trouve un facteur commun aux deux analyses: l'importance de l'entourage social. Si nous fréquentons des polytechniciens, il est certainement plus probable que nous pourrons nourrir l'idée d'être polytechnicien que si nous n'en fréquentons pas. C'est assez simple finalement : nous tentons d'atteindre les objectifs qui nous semblent à notre portée. Dans ces conditions, l'horizon social apparaît comme un horizon scolaire et comme un horizon professionnel.Eric Maurin a publié il y a quelques temps une analyse intéressante sur le phénomène de ségrégation urbaine, et il parvient à cette conclusion.Je crois que l'importance des modèles est fondamentale pour le destin scolaire et professionnel, et qu'il serait temps d'y réfléchir en se demandant s'il est bien utile que l'école continue à fonctionner en vase-clos. Je ne vois pas très bien quel destin on peut espérer quand on vit dans une banlieue défavorisée et qu'on ne fréquente que des personnes issues de ce milieu à l'école. La première inégalité sociale entre Charles qui habite le XVIème et Aziz qui habite Mantes-la-jolie n'est pas dans leurs richesses incomparables. C'est que Charles a beaucoup plus envie de réussir qu'Aziz, et qu'il sait par ailleurs comment s'y prendre pour cela.Rapporté aux filles, on pourra se dire aussi, comme Baudelot et Establet en venaient à le conclure, qu’elles n’espèrent jamais que ce que leur milieu familial leur laisse espérer. D’où l’importance des rôles qu’entretiennent Papa et Maman dans la famille.

brigetoun 30/08/2006 11:29

sont elles à l'avance découragée par le plafond de cristal, un peu fissuré mais bien en place encore ?

... 30/08/2006 07:50

à noter un bémol : des inspecteurs généraux de l'éducation nationale font état d'études fines mais non publiques sur l'orientation en fin de troisième comparée comparée aux résultats scolaires bruts sur plusieurs années des intéressés (ces données sont compilées depuis près de 15 ans) de la possible existence d'un biais dans l'évaluation scolaire qui pourrait être différents d'éventuels biais dans divers milieux professionnels.