Quelques trains de retard

Publié le par verel

J’ai modifié pour le rendre plus clair, cet article que j’avais mis puis enlevé mardi

 

 Suite au succès au tribunal de Toulouse de la famille du député Alain Lipietz contre la SNCF (à propos du transport par celle ci de déportés, la SNCF étant considérée comme ayant favorisé l’opération), plus de 200 plaignants se seraient manifesté contre cette entreprise, pour le transport d’un des leurs vers les camps de concentration.

 

Je ne peux m’empêcher de m’étonner de cette plainte bien tardive puisque survenant plus de 60 ans après les faits.

 

Le caractère imprescriptible des crimes contre l’humanité rend peut être juridiquement  ce retard acceptable, mais le bon sens conduit à observer que les conditions générales du pays et de la loi n’ont pas été très différentes pendant tout ce temps.

 

Un des plaignants s’exprimant anonymement dans le Monde explique qu’il regrette que la SNCF ne se soit pas excusé de son attitude, comme l’a fait la police.

Un tel procès pourrait faire œuvre utile pour contribuer à  préciser et rappeler un point d’histoire. Il me semble que ceux qui le pensent devrait réclamer un euro symbolique pour bien montrer leur intention : cela porterait alors d’autant mieux que leur action ne pourrait être suspectée de recherche d’intérêt pécuniaire.

On notera que l’immense majorité des déportés français ne se sont pas engouffrés dans la brèche. Les plaignants viennent d’ailleurs de divers pays dont la Belgique Israël ou les USA. Le procédé me fait d’ailleurs penser aux dérives juridiques aux USA où on demande des indemnités pour tout ou n’importe quoi : la question des déportés n’est justement pas tout et n’importe quoi, cette action me parait à ce titre contre productive.

Je profite de cet article pour signaler la parution d’un livre de Jean Robin sur ce qu’il appelle la judéomanie. On trouvera ici une intéressante interview de Jean Robin, où justement il évoque le procès fait par Lipietz

Publié dans Organisation de l'Etat

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

autourdesmatins 06/09/2006 16:02

Oui, c'est très intéressant, je maintiens, que vous citiez ce travail de Jean Robin.
Je me suis fait une idée avant cela de l'univers Wojtilo-Walésien qui est le vôtre, derrière une expertise économique et sociale que je ne conteste pas.
Avant ce blog, je ne vous connaissais pas; je vous ai lu avec attention, (sauf une fois, je l'ai précisé et vous avez eu besoin de vous emparer de cette précision qui aurait au contraire du vous interroger), j'ai risqué des objections (ce qui n'était pas dans votre culture, la dissidence, l'objection et votre fan-club fut outré), vous confirmez plutôt l'impression que je me suis faite, jour après jour.
C'est à vous de vivre avec ça, peut-être de le résoudre, et pourquoi pas, d'y penser ? C'est être vieux que de ne plus rien avoir à apprendre, non ?

Charles ANDRE 05/09/2006 22:38

autourdesmatins traque la bête immonde, Verel.Mais autourdesmatins me semble de + en + un troll (bête ignoble à la peau verte, pleine de pustules et méchante) à ne surtout pas alimenter. Bon, je le fais une dernière fois!C'est étonnant, autourdesmatins adore rebondir sur ce qui pourrait lui permettre de bientôt te comparer à un funeste borgneEn revanche, point de commentaire sous "Sarko démago".Vous avez la traque sélective..

verel 05/09/2006 21:24

A autour des matins:
C'est Jean Robin qui parle de judéomanie, vous devriez allez le voir
http://www.tatamis.fr/sites/journalisme/article/article.php/id/111354
Quand à la CGT je m'y interesse assez peu. Assez cependant pour savoir que ce n'est plus Krazuki qui l'a dirige depuis un moment!

autourdesmatins 05/09/2006 21:01

"Judéomanie" dites-vous... instructif.
Si on ajoute à cela votre incontrolé anticommunisme, qui vous ote jusqu'à la réflexion, votre haine de la CGT de Krazuki, haine viscérale, répétée, obsessionelle, votre opposition à Israel manifestée ici et là...
...un tableau intéressant se dresse, touche par touche.

verel 02/09/2006 15:57

A Charles
Je parlais de tradition gaulliste et non républicaine . Et je citais le point de vue d'un autre. On pourrait à mon avis rétorquer que justement parce qu'il était héritier du gaullisme, seul J Chirac pouvait remettre en cause "légitimement" un élément de l'héritage
Pour ce qui est de l'ensemble de l'affaire, je remercie les différents intervenants de leurs contribution. Il y a des arguments que je comprends bien. Reste mon impression initiale que je conserve (méfiez vous de votre première impression, c'est la bonne).
Au delà de tous les raisonnements respectables et sans doute parfaitement justifiés, ces procès au bout de 60 ans, alors qu'on était en démocratie depuis ce temps (donc que la vérité n'était pas arbitraisement cachée) me laissent une impression bizarre et assez floue, que j'ai qualifiée d'étionnement faute de mieux. Quelque part, autant je pense qu'il est important de continuer à garder et approfondir l'histoire, autant pour ce qui est de la vie, je pense qu'il est temps de regarder devant nous et pas derrière
 

Charles ANDRE 01/09/2006 10:07

Je te cite : "Le procédé me fait d’ailleurs penser aux dérives juridiques aux USA où on demande des indemnités pour tout ou n’importe quoi : la question des déportés n’est justement pas tout et n’importe quoi, cette action me parait à ce titre contre productive." Je ne comprends pas le raisonnement. Comme on demande notamment tout et n'importe quoi dans les prétoires américains, l'action en réparation en France serait contre-productive? Non, vraiment, je ne saisis pas. Sur la reconnaissance de culpabilité de l'Etat français par Chirac : depuis quand la "tradition républicaine" est chez toi un argument-massue, Verel? On pourra aussi dire que la tradition républicaine veut que les services publics nationaux soient détenus en monopole par l'Etat, alors. C'est même inscrit dans le préambule de la Constitution de 46. L'argument, venant de toi, me paraît donc très faible. L'attitude gaulienne considérant que Vichy n\'a légalement pas existé est issue d'une volonté de créer un mythe pour redonner confiance en soi, estime de soi et, partant,  foi dans l'avenir aux Français. Les pages concernant Vichy ont même été ôtées des registres de Matignon. Nous sommes aujourd'hui assez mûrs pour regarder les choses en face et admettre que les Résistants représentaient une infime minorité de Français. Que la majorité des Français soutenait Vichy. Les représentants du peuple français ont voté les plein pouvoirs à Pétain, et je n'adhère pas à l'argumentation d'un Léon Blum qui soulève le vice d'un consentement qui aurait été obtenu sous la contrainte... Ce qui ne signifie pas que la majorité des Français était antisémite. Ca peut tout simplement signifier la préférence pour le confort petit-bourgeois. Ou, encore plus simplement, préférer vivre soi et sa famille plutôt que risquer de mourir pour la patrie, la liberté, l'honneur...Brassens aurait-il été résistant, lui qui ne voulait pas mourir pour des idées? Dans cette perspective, j'estime que Jean Robin fait fausse route en considérant que la reconnaissance de culpabilité de l'Etat français par Chirac a ouvert la boîte de Pandore du communautarisme. Je vais lire le discours que Chirac a prononcé à cette occasion mais -conceptuellement à tout le moins- admettre la complicité de l'Etat français avec les crimes nazis n'équivaut pas à n'envisager le nazisme que sous son prisme antisémite. Les cathos, les homos, les slaves, les tziganes, les résistants... Je vais lire le discours de Chirac (je suis maintenant honteux de ne pas l'avoir fait avant...), mais je trouverais symboliquement formidable que l'on ait affirmé que l'Etat a eu tort de préférer sacrifier la vie d'innocents plutôt que son existence politique et juridique. Quels que soient ces innocents. Ne mélangeons pas la récupération par des groupes de l'examen de conscience que tout individu ou personne morale se doit d'opérer pour se regarder en face et être ensuite légitime dans l'affirmation de ses valeurs. Je veux une France où l'affaire Dreyfus serait un scandale même si Dreyfus était Dupont et catholique. Combattons tout ce qui asservit l'individu, quelles que soient ses appartenances. C'est cela, la République. Ce n'est pas refuser de voir que l'appartenance peut-être un motif d'asservissement sous prétexte que cela serait la porte ouverte aux communautarisme. La République, c'est vouloir aller de l'avant et être fier de cette force. Ce n'est pas craindre d'être affaibli par la reconnaissance de telle ou telle particularité, c'est prendre en compte leur existence réelle pour mieux légitimer la poursuite de l'idéal commun. Il ne s'agit pas de s'autoflageller mais de se regarder en face. Pour ensuite mieux combattre les entrepreneurs identitaires de tous poils et les idéologues complotistes qui se drapent de la vertu de la défense des faibles pour alimenter la haine sociale et exister sur la place publique.

jmfayard 31/08/2006 16:12

Cher Max Weber, c'est un honneur de vous rencontrer.Pour votre question finale, la réponse est assez simple. Il ne peut pas s'engager à verser les sommes [.. etc ..] parce que ce n'est pas lui qui les a reçu mais sa mère, étant donné qu'elle a l'usufruit de cette somme allouée à son père décédé avant la fin du procès qu'il a intenté à la SNCF mais aussi à l'Etat (on l'oublie toujours bizarrement).

Max Weber 31/08/2006 14:50

Les américains n'ont pas du tout le même rapport à l'argent que nous-mêmes, aussi peut-il leur sembler qu'il n'est pas honteux de réclamer des l'argent pour n'importe quel préjudice. Quand bien même, leurs positions peuvent tout à fait varier, et je prendrais pour exemple ce qu'on observe sur la question de la reconnaissance de l'esclavage. Ici, on peut balayer tout le spectre, depuis Nation of Islam qui se livre à une réécriture de l'histoire des plus antisémites, au sénateur John Conleys qui tente déjà de faire reconnaître officiellement l'inhumanité de l'esclavage pour aboutir à la conduite d'une enquête devant statuer sur d'éventuels remèdes, en passant par l'avocate Deadria Farmer-Paellmann, qui a poursuivi en justice plusieurs compagnies d'assurance au titre qu'elles avaient assuré les navires transportant ses ancêtres, réclamant des sommes considérables au passage. On le sait, l'esclavage a donné lieu à un débat en France, conduit par Christine Taubira, et il a débouché sur la reconnaissance de la traite transatlantique comme crime contre l'humanité et sur l'engagement de la République à entretenir la mémoire. Cette conclusion, qui se veut permanente mais qui pourrait très bien ne se révéler que temporaire, pourrait inspirer Alain Lipietz : pourquoi ne s'engagerait-il pas à verser les dommages et intérêts à une fondation quelconque chargée d'entretenir la mémoire sur la déportation ?

Verel 31/08/2006 11:58

Merci à thedarkdreamer de ces précisions
Je trouve l'argument sur les dommages et interets discutable mais je l' entends
Concernant la reconnaissance de la responsabilité française par le président de la république, c'est une des choses que J Robin reproche à J Chirac dans son livre comme rompant avec la tradition gaulliste de refus de reconnaissance au gouvernement de Vichy d'avoir représener la France, mais là aussi on peut évidemment en discuter. Cette décision avait conduit à indemniser les personnes devenues orphelines suite à la déportation, en faisant une distinction entre juifs et autres déportés, ce qui est un des reproches de J Robin

thedarkdreamer 31/08/2006 10:44

Avez-vous lu l'argumentaire concernant ce procès présent sur son site? Alain liepietz y répond de manière à mon sens satisfaisante à la plupart de vos interogations.http://lipietz.net/spip.php?rubrique76Il y explique notamment que ce n'est pas lui mais son père, ancien déporté, qui avait engagé la procédure; que si la procédure intervient si tard, c'est que l'arrêt Pelletier qui l'a rendue possible n'a été rendu qu'en 2001. Et que demander des dommages-intérêts symboliques signifierait que le plaignat jugeait le dommage subi symbolique.La solution de ce procès n'est à mon sens que la conséquence juridique de la reconnaissance par le président de la république de la "faute collective" de la france.