Grâce à Econoclaste, Ceteris Paribus et Olivier Bouba Olga, je découvre les déclarations de Nicolas Sarkozy au Médef à propos du temps de travail.
Le ministre de l’intérieur a donc déclaré qu’il était historiquement stupide de faire croire qu’en travaillant moins on pouvait gagner davantage (les auteurs ne donnent pas exactement la même phrase mais c’est bien le même sens)
Il était facile de montrer que depuis 200ans, on a vu en même temps la durée du travail diminuer et les salaires augmenter, et deux de nos amis se sont faits un malin plaisir de le faire.
On peut cependant entendre la phrase de l’homme qui rêve d’être président de la République autrement : faire croire que le fait de travailler moins aller permettre de gagner davantage. Cette fois, la phrase est juste (encore que j’imagine qu’on peut lui trouver des exceptions). Ceci dit, ce n’est pas ce que la gauche et Martine Aubry ont dit à propos des 35 heures : l’idée était même de sacrifier un peu de pouvoir d’achat dans l’opération.
Donc le petit Nicolas mérite bien un zéro pointé.
Mais j’ai envie de revenir sur le fond du problème.
Il se trouve en effet que je sors d’un séminaire entre consultants de différents cabinets, don pas mal (y compris moi-même) sont intervenus sur ce sujet il y a 7 à 10 ans. Et que l’un d’entre nous a évoqué ce sujet à table en affirmant que les 35 heures étaient une stupidité. Et que le pensant déjà à l’époque, il avait refusé d’intervenir sur ce champ, contrairement à certains de ses camarades qui « étaient allés à la soupe ». Pour défendre notre honneur ainsi attaqué, j’ai fait remarquer que je n’étais intervenu que dans le cadre des lois De Robien et Aubry 1, (et également bien avant, mais ce n’était pas le débat !) mais très peu dans le cadre de la loi Aubry 2 . Et j’ai pu constater que mes collègues étaient dans le même cas, ce qui ne m’a guère étonné. Non pas que nous nous étions retranchés derrière une position éthique, mais que nous avions eu peu d’occasions.
Pour les non initiés, un peu de décryptage : la loi De Robien, comme la loi Aubry 1 étaient facultatives, contrairement à la loi Aubry 2 qui avait un caractère contraignant. Il s’agissait en fait d’échanger de la réduction du temps de travail contre plus de flexibilité, plus d’utilisation des équipements ou des ouvertures à des horaires atypiques ( le R de ARTT contre le A). Donc de payer des contraintes d’horaires et donc de vie pour les salariés contre du temps plutôt que contre de l’argent.
Cette idée est particulièrement sensée pour le travail de nuit (travailler moins quand le travail est plus fatigant relève du bon sens) et assez adaptée à la flexibilité. D’ailleurs, la dernière loi sur la modulation (dite modulation de type 3 ) avait déjà retenu cette idée, tout en laissant aux partenaires sociaux le soin de négocier le montant de la baisse de la durée du travail.
Ce type de solution pouvait être gagnante pour les entreprises, les salariés et l’emploi.
Comme me l’a fait remarquer un de mes collègues / concurrents, M Aubry en a déduit que le système était bon. En oubliant de dire que ce qui était adapté à quelques pour cents des entreprises, ne l’était )pas forcément pour les autres, qui n’avaient pas d’enjeu d’aménagement.
Et si les utilisateurs de la loi Aubry 1 avaient besoin de consultants pour trouver les compromis sociaux, économiques et organisationnels, ceux de la loi Aubry 2 se sont tournés vers leurs juristes, pour les aider à concéder le moins de choses possibles.
Là où la gauche a accru ses torts, c’est que la loi Aubry 2 est arrivé dans un contexte de tensions sur l’emploi.
En effet, entre 95 et 98, il y avait un chômage fort dans presque tous les emplois (l’informatique faisant figure d’exception). Diminuer le temps de travail pour répartir l’emploi pouvait paraître une bonne idée. A deux conditions :
la première, , qu’il fallait financer cette réduction, donc bloquer voire baisser les salaires (sauf si l’aménagement procurait des gains par ailleurs). Cela n’a pas été oublié autour des années 97 mais n’a guère pu être tenu dans le contexte de surchauffe des années 2000 et 2001.
La deuxième, est que cette mesure ne pouvait être que transitoire, pendant la période de mauvaise conjoncture. En quelque sorte, il s’agissait de faire du chômage partiel à grande échelle. Malheureusement ce deuxième point n’a pas été précisé.
Et en 2000 / 2002, quand il a fallu appliquer la loi Aubry 2, le chômage conjoncturel avait presque disparu. Et les difficultés de recrutement se multiplier. D’où les remarques de Jospin ou Aubry sur le fait qu’il aurait fallu faire autrement dans le domaine de la santé. En effet quand on manque d’infirmière, ce n’est pas le moment le mieux choisi pour diminuer partout leur temps de travail. De même pour les médecins . Et on ne voit pas comment on aurait pu les remplacer par les ouvrières non qualifiées du textile qui perdaient leur travail dans le même temps.
La loi Aubry 2 a donc été globalement néfaste, alors que les résultats des lois précédentes, facultatives et concernant un nombre limité d’entreprises, peuvent être considérés comme généralement positifs.
Au-delà du coût de l’opération, le fait d’imposer des changements organisationnels alors qu’ils avaient d’autre sujets de préoccupation, a beaucoup énervé les patrons. Les applaudissements de leurs représentants aux paroles simplistes de N Sarkozy sont aussi le reflet de cet énervement
A Gus
Le patron d'une entité de 30 personnes, qu'elle soit sa PME ou un site d'une entreprise plus grande considérait qu'il avait suffisamment de sujets de travail pour ne pas se rajouter celui là, qui n'interessait pas forcément ses salariés par ailleurs, et qui était généralement compliqué à traiter
Maintenant, je ne pense pas que l'objectif d'une msesure gouvernementale doive être d'emm...quelque catégorie sociale que ce soit, à l'exception de ceux dont l'activité principale est hors la loi
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