L'immigration change

Publié le par verel

L’INSEE a publié le 24 août avec les résultats du recensement, une enquête sur l’immigration, dont, faute d’accès en vacances à Internet, j’ai eu un certain nombre de données à partir de l’article du Monde.

 

Je retiendrais 3 idées, qui font les titres du journal

 

1) Le nombre d’immigrés a augmenté nettement: de 20% en 15 ans. Ce phénomène est général à l’Europe. Il s’explique en particulier chez nos voisins par la faible fécondité, par les difficultés économiques et/ ou politiques dans les pays d’origine et par l’amélioration des moyens de communication.

 

2) L’augmentation est nettement plus forte pour les trois origines les plus lointaines (Afrique sub-saharienne et Asie) ou les plus nouvelles (Europe de l’est).

 

3) Les immigrés sont de plus en plus diplômés (ce qui a sans doute à voir avec l’évolution précédente): 80% d’entre eux n’avaient aucun diplôme en 1982 ; ils ne sont plus que 40% en 2004, alors que 24% ont fait des études supérieures. C’est-à-dire que le niveau de formation est plus élevé que celui de la population active de la France au milieu des années 60: elle comptait alors plus de 50% de sans diplôme.

 

Cette dernière évolution est apparemment une bonne nouvelle: les nouveaux immigrés arrivent en effet dans un pays qui connaît un chômage spécifique des non  qualifiés. Le rapport Seibel, reprenant une étude de la DARES sur l’évolution des embauches avaient montré que les embauches prévues à l’horizon 2010 pour ce niveau de qualification se situait entre 12 et 20 %. Une immigration trop peu qualifiée se mettrait directement en concurrence avec les salariés français les moins qualifiés, en pesant soit sur les salaires, soit sur le niveau de chômage. L’adhésion d’une partie des classes populaires aux thèses nauséabondes de JM Le Pen a aussi des raisons économiques!

 

C’est cette analyse qui a conduit N Sarkozy a préconiser une immigration choisie.

 

En réalité, les immigrés sont encore plus que les jeunes français victimes du déclassement qui frappe une partie des diplômés (on peut dire aussi que les face au chômage, les diplômés peuvent se déclasser, quand les non qualifiés n’ont que leurs yeux pour pleurer!).

 

Un article dans le même journal sur l’immigration en Grande Bretagne le montre bien: ce pays a ouvert largement la porte aux ressortissants des nouveaux pays adhérents: en deux ans, il a accueilli 427 000 arrivants des huit nouveaux membres d’Europe centrale et de la région baltique. 82 % ont entre 18 et 34 ans. Majoritairement célibataires, ils ne grèvent pas les finances de l’État providence. 80 % sont payés en moyenne moins de 9 euros, occupant des emplois boudés par les jeunes britanniques

 

La situation française est sans doute proche, y compris pour les titulaires d’un diplôme, pas toujours reconnu chez nous. C’est ainsi que mon marchand de journaux a un doctorat de biologie iranien et que ma femme rencontre régulièrement des infirmières Sri lankaises qui font des ménages.

 

La situation n’est donc pas du tout celle qui justifie l’immigration choisie : la venue d’immigrés diplômés dans un contexte de sous emploi défavorise une fois de plus les moins qualifiés. Elle défavorise évidemment aussi les immigrés diplômés, qui sont réduits à prendre le travail qu’ils trouvent.

 

Cela ne signifie pas pour autant que les français soient trop exigeant, comme cela est reproché dans le Monde aux jeunes britanniques.

 

Ainsi, il est courant de dire que s’il manque de personnel dans la construction, c’est que les français ne veulent plus de travaux pénibles.  L’analyse montre en fait que, pour les travaux les moins qualifiés (et les plus pénibles et les moins bien payés), les travaux de manœuvre, on trouve des volontaires. C’est pour le travail plus qualifié, celui des maçons professionnels par exemple, qui travaillent certes par tous les temps, mais avec des conditions de travail qui se sont bien améliorées (du fait de la mécanisation notamment), qu’il est difficile de trouver des salariés français. Mais comment s’en étonner, quand on sait que la profession n’a pas embauché entre 92 et 98 et que le nombre de permis de construire déposés annuellement a pratiquement doublé depuis ?

 

Un courant, spontané ou organisé de maçons venus de l’est s’est donc installé. Il succède à celui des italiens et des portugais il y a quelques décennies.

 

En dehors de ces métiers en tension, c’est dur pour tous ceux qui ne sont pas dans le système, les immigrés, les jeunes, les enfants d’immigrés. Même s’ils ont un diplôme.

 

Pour les immigrés comme pour les jeunes français de souche, il est urgent de mettre en œuvre une politique de création d’emplois hautement qualifiés, qui permettent progressivement le reclassement des diplômés et la libération d’emploi pour ceux qui ne le sont pas. Ceux qui me lisent régulièrement savent que je pense notamment à une politique de développement des clusters, telle que l’a préconisée Christian Blanc dans « la croissance ou le chaos »

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Candide 28/09/2006 12:21

Vous avez raison. La formation est effectivement, en partie,  en cause. Mais nos politiques   veulent-ils vraiment faire évoluer ces étéats de fait ? Un livre m' a beaucoup aidé à comprendre cela. Il est en plus d'une humanité envers ceux qui souffrent assez rare.Il s'agit de "Quartier Nord" de François Ruffin. Vous pouvez en avoir un aperçu ici : http://www.fakirpresse.info/quartier-nord.php