Intérêt général

Publié le par verel

Pour favoriser l’intérêt général, faut il faire confiance au marché, qui permettra que l’expression de l’ensemble des intérêts personnels débouchent sur la meilleure solution pour l’intérêt général ou au contraire à un arbitre institutionnelle (disons l’Etat) qui par son rôle d’arbitre ou d’acteur sera le garant de l’intérêt général ?

 

Mes connaissances en théories économiques ne me permettent pas de savoir quels auteurs ont dit quoi sur le sujet (il vaut mieux aller voir chez Econoclaste), mais j’imagine assez bien ce que diraient les libéraux (vive le marché !), les sociaux démocrates (vive l’Etat arbitre !) ou les colberto léninistes (vive l’Etat acteur) qui foisonnent chez nous.

 

Chaque fois que je vois un embouteillage à un carrefour ou sur une autoroute, je suis frappé de l’illustration de cette question.

 

Tout à l’heure, passant devant le carrefour en bas de chez moi qui est embouteillé 20 heures par jour et 7 jours sur 7, cela m’a encore frappé.

 

L’une des raisons majeures de l’embouteillage est que les automobilistes entrent dans le carrefour bien que la voie vers laquelle ils se dirigent est embouteillée. Résultat, quand le feu passe au vert de l’autre coté, le carrefour est plein et les voitures dans l’autre sens ne peuvent pas traverser alors que la voie latérale est libre. Le phénomène se répétant sur plusieurs carrefours successifs entraîne un embouteillage artificiel dans le quartier. Si un automobiliste s’arrête au feu alors qu’il est vert, respectant ainsi le code de la route (qui dit qu’on ne doit pas entrer dans un carrefour si on n’est pas sur d’en sortir je crois), il perd quelques places dans la file, correspondant aux automobilistes venant de sa droite ou de sa gauche qui viendront se mettre devant lui dans la file : il a donc intérêt à avancer. Pourtant, si tout le monde laissait le carrefour libre, tout le monde serait gagnant !

 

Donc aujourd’hui, il y avait un flic qui essayait de faire respecter quelques règles de bon sens pour fluidifier la circulation.

 

Les partisans de l’arbitre auraient ils donc raison ? Les partisans de l’Etat acteur pourront rétorquer que les transports en commune et la suppression de l’automobile seraient une réponse beaucoup plus efficace. Et ceux du marché pourront dire que le problème vient au contraire de l’absence de marché où les automobilistes pourraient négocier un système plus performant. Il est vrai qu’on ne voit pas ce qu’on pourrait négocier puisque dans la situation idéale tout le monde peut gagner sans rien payer. Et que si chacun veut faire payer pour ne pas exercer son droit de nuisance, on n’en sort pas (bon, je sais, il parait qu’il y a des jeux avec des prisonniers qui permettent de répondre théoriquement à cette question, mais apparemment, cela ne marche pas à mon carrefour !)

 

La situation sur autoroute est un peu différente. S’il y a un rétrécissement de la chaussée avec une forte circulation, les responsables de l’autoroute signalent assez loin en amont qu’il faut se rabattre. Si tout le monde le fait progressivement, la circulation reste fluide. En réalité, une partie des automobilistes ont compris qu’en restant le plus longtemps possible sur la voie qui va être interdite, ils peuvent dépasser un nombre appréciable de voitures. L’opération est d’autant plus intéressante pour ceux qui la pratiquent qu’ils sont moins nombreux. Mais ils contribuent à rendre le système moins fluide, donc à diminuer la performance globale du système.

 

Il est vrai ici également qu’il n’y a pas de marché organisé où les acteurs puissent négocier la solution optimale (on ne voit pas très bien comment on pourrait faire en pratique par ailleurs)

 

Conclusions ?

 

1)      je suis bien content de ne pas avoir de voiture !

 

2)      Il est utile que l’Etat facilite le fonctionnement des marchés

 

3)      Il y a certainement des situations où la solution de l’arbitre est la meilleure et probablement d’autres où c’est l’Etat acteur

 

Publié dans Economie

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James Arly 11/09/2006 16:21

Arf ! Moi je voudrai plutôt savoir où vous habitez (pour éviter votre carrefour) : Ca me facilitera la vie que de prendre un autre chemin (si par hasard j'ignorais ledit carrefour !).
Et si vous m'invitez à partager le pot de l'amitié et que par hasard j'accepte, je prendrai sans doute un bon vieux métro de chez Fulgance (Bienvenüe). Sauf jour de grève, naturellement.
C'est comme le GPS : Sur un parcours Le Crotoy-Mantes la Jolie, à deux voitures, la première est arrivée 20 bonnes minutes après moi : Je n'avais pas de GPS dans la mienne et elle aime bien ronronner à 4.000 tours minutes, tranquillement (sur autoroute)... Ce qui repose ses passagers. Arf !

Elephanteau 10/09/2006 15:12

Dans ce cas, vous conviendrez qu'une régulation à une échelle très proche du terrain peut être une alternative à la fois au laissez-faire comme à l'étatisation.D'ailleurs, des sujets potentiellement très conflictuels comme le cadastre, les permis de construire, les écoles sont ainsi gérés depuis parfois plus d'un siècle sans pour autant que se profile quelque exigence de "réforme" ou de "modernation" que ce soit. Et il me semble aller sans dire que le laisser-faire dans ces trois secteurs aurait probablement des conséquences explosives aux endroits où la situation se gèrerait au plus mal.Vous trouverez certes toujours un petit noyau dur de braillards pour dire que la régulation étatique est nécessaire au nom de l'égalité des territoires. Mais sur ce point précis, les arguments pour contredire la tentation d'entropie règlementaire, si flagrante par exemple dans les administrations locales du ministère de l'agriculture, sont suffisamment nombreux pour qu'on en reste là.

Verel 10/09/2006 11:31

Merci de ces explications!
En ce qui concerne les niveaux de régulation, mon propos n'était pas de privilégier l'Etat plutôt qu'un autre; je suis personnellement partisan d'une décentralisation massive (le fameux principe de subsidiarité) mais aussi à la diminution du nombre de niveaux

Elephanteau 09/09/2006 18:34

Si je puis me permettre, je crois que vous laissez de côté un élément fondamental de la question qui est celui du périmètre de régulation.Prenons un exemple simple : définir des règles d'éducation applicables à un enfant en particulier est infiniment plus simple que définir des règles d'éducation des enfants en général.Définir un jeu de règles adapté à la réalité d'une commune est infiniment plus simple que définir des règles adaptées à l'échelle européenne.Dans nos actuelles institutions, l'état n'est que le 7ème niveau possible de régulation sur 8 (de la commune à l'UE). Sans même envisager de régulation corporatiste ("chartes déontologiques" à l'anglaise), de régulation tierce auto-proclamée (collectifs, syndicats autonomes), et sans remettre une seule seconde en cause nos institutions, il peut exister huit niveaux duifférents de centralisme ou de régulation.Réduire le débat à la régulation étatique ou le libre cours des forces du marché est donc infiniment réducteur !

Cacambo 09/09/2006 17:05

Avec tout le respect que je vous dois, l'alternative que vous offrez entre "le marché" et "l'arbitrage" (ou plutôt la régulation) me paraît étrange... Sauf quelques libertariens personne ne prétend raisonnablement que le marché peut fonctionner sans régulation celle-ci étant du reste une condition historiquement nécessaire à l'émergence de celui là. Pour reprendre votre exemple, il me semble que personne, ni les libéraux ni les socio-démocrates, ne conteste la nécessité d'un code de la route et même la présence de policiers et de radars (même s'il est rationnel que lon préfère que  leurs talents s'exerce à l'égard des autres...). Du reste, dans les exemples que vous citez, le problème ne vient pas de l'inexistence d'une règle (il est en principe interdit de s'engager dans un carrefour si l'espace n'est pas suffisant pour permettre de libérer le passage) mais bien de son non respect.Ainsi, il est facile de démontrer que dans le cas d'augmentation du trafic routier, une réduction de la vitesse maximale (si elle est respectée) permet d'accroître la fluidité de la circulation routière. Mutatis mutandis, le bon fonctionnement des marchés boursiers (en général considérés comme les plus proches des "marchés parfaits" chers aux économistes libéraux) dépend dans une large mesure d'un corpus de régulation particulièrement strict et très sévèrement sanctionné (cf : http://cacambo.over-blog.net/article-2807907.html).Là où les libéraux et les socio-démocrates vont diverger, ce n'est donc pas sur la régulation elle-même et sur la nécessité de la faire respecter, mais sur sa finalité. Pour caricaturer, selon les libéraux, le code de la route (et sa sanction) ne doivent avoir pour objet que d'assurer au mieux la fluidité du trafic et offrir les conditions de sa croissance. Un social-démocrate estimera au contraire que la régulation peut (ou doit) avoir pour objet, soit de "corriger" le fonctionnement du marché, par exemple pour dissuader tel ou tel itinéraire (la traversée d'une agglomération), soit même de l'entraver délibérément (en vue de favoriser d'autres modes de transport) : la politique menée à Paris est à cet égard un "modèle" du genre, y compris par les incertitudes qu'elle génère sur ses résultats)...

Le Mammouth 09/09/2006 17:00

Retirons le trop de voiture et l'embouteillage disparaitra.Adaptons la ville aux piétons et l'embouteillage dispariatra aussi.Développons autrement les transports en commun et l'embouteillage n'aura plus lieu d'être.Mais que fera-t-on du trop plein de flics?