Ils ont tué la télé publique

Publié le par verel

Peut être avez-vous vu cette émission d’ »Arrêts sur image » en octobre 2005, qui évoquait le cas d’un jeune homme, Jean Robin, qui était intervenu sur le plateau du grand journal de Michel Denisot pour accuser Thierry Ardisson de plagiat dans son livre « Pondichéry », non pas sur les 6 pages que reconnaissaient l’auteur, mais sur plus de 60 pages. Le jeune homme s’était vu vider des lieux manu militari et s’était fait accuser par T Ardisson d’antisémitisme et de lien étroit avec Dieudonné. Arrêts sur Image avait émis des doutes sur ces accusations.

 

Profitant de mes vacances pour me balader dans une librairie (un des mes loisirs favoris), j’ai trouvé par hasard le livre publié depuis par ce jeune homme: « ils ont tué la télé publique ». Je l’ai acheté aussitôt et j’ai lu les 276 pages dans la soirée.

 

Pour une raison très personnelle (la fréquentation d’une amie originaire de Pondichéry), Jean Robin s’est intéressé au livre de Thierry Ardisson et à d’autres œuvres sur le même sujet, ce qui lui a permis de découvrir les nombreux emprunts faits par l’animateur de télévision à des auteurs disparus et ne pouvant donc se plaindre de plagiat. De fil en aiguille, il a enquêté sur les plagiats du producteur de « tout le monde en parle » dans un livre précédent « Louis XX », puis  à ses pratiques d’animateur, puis à celles d’autres producteurs animateurs et a fini par en faire un livre.  Ayant essuyé le refus d’une vingtaine d’éditeurs, il a fini par fonder sa propre maison d’édition pour le publier lui-même det le vendre, essentiellement par Internet. C’est dire si l’homme est tenace et va jusqu’au bout de ce qu’il croit juste! Le fait que je l’ai trouvé en librairie et bien placé, prouve que le succès est venu à sa rencontre. Et que les éditeurs ont eu tort. Mais sans doute, comme l’affirme l’auteur, ils n’avaient pas les moyens de se mettre à dos l’animateur d’une émission littéraire…

 

Si le titre évoque la télé publique, la photo de couverture avec Thierry Ardisson reflète mieux le contenu d’un ouvrage qui est consacré pour plus de 200 pages à ce dernier. Qui en prend pour son grade. Qui se voit accuser de plagiat, nombreuses preuves à l’appui. Mais qui se voit aussi accuser de mensonge, de mélange des genres entre information, spectacle et publicité, d’institutionnalisation de la théorie du complot, de propagande glauque, d’avoir fait l’apologie de la polygamie, sans compter les soupçons d’homo phobie et d’antisémitisme.

 

Tout ce qu’affirme Jean Robin, il le prouve, avec moult citations et notes en bas de page.

 

Évidemment, Thierry Ardisson n’en sort pas grandi, du moins si on ne partage pas sa conception de la télévision. Pas celle qu’il affiche mais celle qu’il pratique. Ce n’est pas le moindre des mérites du livre de montrer comment l’animateur qui se veut au service de la liberté d’expression et met en avant certaines de ses soi disantes convictions (monarchisme et catholicisme notamment), a un comportement radicalement opposé à ce qu’il affiche, dans la pratique du montage notamment.

 

Sans doute, on se doutait de tout cela, et on n’avait guère d’illusion sur le personnage, même si on reconnaissait son professionnalisme. L’auteur a le mérite du décryptage et la conviction que tout cela n’est pas compatible avec sa vision du service public. Il n’accepte pas la méthode consistant à rechercher le scandale pour faire de l’audience, en se moquant comme d’une guigne de la véracité des propos avancés, comme le montre l’épisode du livre de Meyssan, l’ »effroyable imposture »

 

Justement, on ne peut à la lecture du livre s’empêcher de se demander d’où parle Jean Robin, d’où sont ses convictions. Il en livre quelques pistes, dès l’introduction, en livrant son intérêt depuis toujours sur le rôle des médias dans la formation du jugement des français, la fondation en 2003 d’une association pour la qualité de l’information et de sa transmission. On relève aussi que si Ardisson est son anti-modèle, il apprécie beaucoup l’émission Arrêts sur Image.

 

Il exprime aussi dans le livre son rejet des extrêmes, de droite comme de gauche, ainsi qu’un regard nettement moins anti américain que la moyenne des français! Mais je relèverai surtout, p 251, cette phrase:

 

« et puisque ce sont eux, à priori, qui décident de celles et ceux qui viennent dans leur émission, et de celles et de ceux qui n’y viennent pas, on est en droit de se demander à quoi sert le service public: à favoriser ses amis, ses idées, ses réseaux avec l’argent des contribuables, ou bien à promouvoir la diversité culturelle, la qualité de l’information et le talent. »

 

On le voit, Jean Robin est une espèce de Don Quichotte: il lutte pour le service public et contre les arrangements avec les amis, pour la qualité de l’information et contre le mensonge. Sans doute s’est il trompé de siècle. Mais c’est un Don Quichotte qui ne reste pas dans ses rêves Il enquête, il étudie,  il attaque, il n’hésite pas à prendre des risques, à intervenir sur les plateaux et à se publier à compte d’auteur.

 

On pourra être agacé par le parti pris de l’auteur, par sa volonté d’aller jusqu’au bout, pour débusquer certains mensonges qu’on aurait facilement négligés. Mais il est clair que pour que nous restions (redevenons?) une démocratie, il faut que ce genre de livre existe. Et soit lu.

 

On trouvera comment se procurer le livre de Jean Robin sur son site:

 

Publié dans Organisation de l'Etat

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James Arly 25/09/2006 18:25

Arf : Ardison pour la polygamie ! Appliquée j'espère : Ca "vide" le personnage ! Arf, arf !
Mais pourquoi donc aller sur ce genre de plateau ? Ca et l'autre de TF3.... C'est délirant : Ce n'est pas la France, quand même !

Fabien 23/09/2006 20:06

Sur les livres de politiciens, je vous conseille le Henri IV de Bayrou (qui en a rédigé une grande partie il me semble).Sinon, le Prosper Mérimée de Xavier Darcos est très bon et très très documenté...Comme quoi des fois, nos hommes politiques peuvent s'y mettre.Sinon vous avez les essais de Michel Rocard comme le coeur à l'ouvrage.

Verel 23/09/2006 19:40

A Mathieu: en tous les cas, je l'ai lu jusqu'au bout et dans un temps court: j'y ai donc trouvé de l'intérêt
Je ne prétends pas pour autant qu'il s'agit de l'essai du siècle! 

Matthieu 23/09/2006 18:56

Le livre se lit-il avec interet ? parceque si c'est juste une charge contre Ardisson, ca doit etre lassant. elargit-il le débat ?

authueil 23/09/2006 12:57

Je me suis toujours méfié de ceux qui écrivent des livres qui se voudraient savants alors que ce n'est pas leur métier et que bien souvent, il n'en ont pas le temps.C'est le cas d'Ardisson, mais aussi des hommes politiques en activité, qui s'amusent à pondre des romans (ça encore) des biographies (dernier exemple en date, Eric Woerth). Souvent, le livre est médiocre et le risque de plagiat existe lorsque le nègre n'est pas assez contrôlé. C'est arrivé à Henri Troyat, pourtant grand écrivain, mais que sa prolixité et son grand âge ont amené à monter un "atelier". Il a été condamné pour plagiat, ayant trop fait confiance aux notes d'un "documentaliste" qu'il a recopié texto, alors que ce dernier avait déjà copié un autre. C'est pourquoi je ne peux que recommander de se méfier des ouvrages écrits par des personnes n'ayant aucune compétence reconnue dans le domaine du livre, où publiant trop pour que ce soit honnête.