Je faisais hier une présentation à ms collègues sur les questions d’emploi qui m’a amené à aborder la question des jeunes sans qualification. Actuellement, 20% des jeunes sortent du système scolaire sans un CAP ou le bac. Trois ans après leur sortie, 40% d’entre eux sont au chômage. L’étude de la DARES parue dans le rapport Seibel prévoit en hypothèse centrale que 16% des embauches seront accessible à cette catégorie. Et on sait que sur ces postes ils peuvent être concurrencés par d’autres plus qualifiés.
Une de mes collègues m’a alors demandé ce qu’on pourrait faire, et notamment comment revoir le système éducatif pour diminuer cette proportion. J’ai fait une réponse rapide que je voudrais approfondir ici.
Il faut d’abord noter, que parmi ces 20%, plus de la moitié (environ 11,5 % en 2001) sont en situation d’illettrisme, c'est-à-dire qu’ils comprennent mal ce qu’ils lisent et ont le plus grand mal à écrire. Et il semble que ce taux augmente.
D’abord, je crois que pour ces jeunes là, l’essentiel se joue dans le primaire. Ils arrivent au collège en situation d’échec et se traînent ensuite d’une classe à l’autre en attendant de pouvoir sortir du système. Le travail fait en 6ème ou 5ème ou dans les classes spécialisées, les efforts des professeurs des classes de CAP ne sont évidemment pas inutile, mais s’il y a des difficultés, il vaut mieux les affronter le plus tôt possible. A l’entrée au collège, 14 à 15% des élèves se trouvent en difficulté sérieuse de lecture ; cela signifie qu’ils seront en difficulté scolaire majeure puisque sur 100 élèves en difficulté en 6ème, 94 le sont encore en troisième.
La France a fait le choix de donner la possibilité aux enfants d’entrer très tôt dans le système pré scolaire. Cela a des avantages, et les maternelles ont beaucoup de qualités. Il me parait par contre beaucoup plus discutable de faire de la dernière année de grande section une sorte de pré CP. Bien sûr, certains en profitent (mon propre fils est sorti de grande section en sachant lire et écrire et du coup il n’a pas fait de CP). Mais ce n’est pas le cas le plus général .
Les Finlandais, qui ont les meilleurs résultats mondiaux en matière de formation initiale, ne démarrent l’école qu’à 7 ans. On ferait bien de s’en inspirer.
Alain Bentolila, éminent linguiste et spécialiste de l’illettrisme, dont je tire les données citées plus haut, explique dans son livre « Tout sur l’école », que pour apprendre à lire, il est nécessaire que les mots qu’on va découvrir par la lecture soient tout simplement connus. Il recommande donc de ne démarrer l’apprentissage de la lecture que si environ 1500 mots sont repérés, ce qui pour beaucoup d’enfants, ne se situe pas à 6 ans mais un peu plus tard (je ne partage pas forcément toutes les autres idées de l'auteur)
. On voit à cette remarque pleine de bon sens, la difficulté que peut éprouver un enfant qui pratique chez lui une langue différente de celle avec laquelle on veut lui apprendre à lire et à écrire !
. On voit à cette remarque pleine de bon sens, la difficulté que peut éprouver un enfant qui pratique chez lui une langue différente de celle avec laquelle on veut lui apprendre à lire et à écrire ! Une des idées à la mode chez certains ministres de l’Education Nationale, consiste à dire qu’il faut que les instituteurs remettent au centre de leur enseignement l’apprentissage de la lecture, du calcul et de l’écriture. Après s’être interrogé sur la raison qui pousse à devoir revenir là-dessus régulièrement, on se demande bien ce que font les instits s’ils ne font pas cela ! En réalité, un enseignant en CP ne peut pas passer les 6 heures de sa classe à expliquer le b a ba : un enfant de 6 ans n’est tout simplement pas capable de maintenir son attention pendant tout ce temps sur un même sujet. Un enseignant doit donc varier les approches. Et en particulier, parmi celles-ci, figure la pratique de la langue ! J’avoue ne pas comprendre comment on a pu imaginer qu’une classe soit un lieu où les enfants se taisent en permanence ! Qu’ils ne parlent que chacun leur tour oui, mais jamais ?!?
Si l’on revient à la Finlande, on constate que les enfants n’y redoublent pas mais qu’un suivi personnalisé est immédiatement mis en œuvre en cas de difficultés de l’élève. Cela demande bien sûr des moyens, mais pas forcément plus important que chez nous : simplement mis au bon endroit et au bon moment.
En pratique, il faudra notamment plus de moyens là où une partie notable des enfants ne sont pas enseignés dans leur langue maternelle, là où les enfants n’ont pas un enivrement familial composé de parents qui eux même lisent, ont fait des études, pratiquent une langue riche et correcte.
Dit autrement, il faut différencier beaucoup plus les moyens que l’on met en œuvre suivant les zones. Et réaliser cette différenciation dans le primaire pour en avoir moins besoin au niveau du lycée et du collège.
Pour finir, en Finlande, les chefs d’établissement sont des vrais responsables, qui notamment choisissent leurs collaborateurs. Il faudra bien qu’on y arrive un jour chez nous !
Ces actions doivent permettre de diminuer le nombre de jeunes de niveau 6. Elle n'interdisent pas au contraire, d'essayer de former ceux ci!
Pour résumer
Apprentissage de la lecture à 7 ans
Travail sur le langage et l’acquisition de vocabulaire dès la maternelle puis en permanence
Suivi individualisé des élèves en difficulté le plus tôt possible
Moyens différenciés pour privilégier les zones défavorisées
Responsabilité et autonomie accrue pour les directeurs d’établissements
Développer une offre de formation permanente à destination des niveaux 6, en particulier pour les aider à maitriser la langue
Bien sûr, il y a des choses qui se font déjà. Mais il faut poursuivre l’effort. Vers 1960, les ¾ des élèves échouaient à l’examen de passage en sixième. Peut on garder le système et les méthodes de l’époque quand l’objectif est radicalement différent ?
Sinon il faut que vous mettiez les pieds dans une classe, et vous verrez que les enfants ne s'y taisent pas en permanence, loin de là !
Enfin je ne vois pas trop le rapport avec un pouvoir accru des chefs d'établissement.
Tout cela me parait un peu léger comme analyse.
Car après tout, par définition, puisque ce qui est scolaire est par définition un monopole étatique pour ne pas dire idéologique, l'échec scolaire est l'échec d'un certain dirigisme éducatif selon ses propres critères : difficile alors d'accepter que celui qui admet avoir échoué interdise à tout autre d'essayer, l'intérêt des personnes étant ici nettement pris en otage par l'idéologie
Sur le fait de commencer l'apprentissage de la lecture à 7 ans, je m'appuie sur le point de vue de Bentolila et ce qu'il dit de la nécessité de maîtriser d'abord le langage. Le fait que la Finlande le fasse justement est pour moi un complément de preuve.
Il est difficile de savoir ce qui fait que la Finlande a de meilleurs résultats que les autres. On peut observer la manière dont ele fait fonctionner son système éducatif mais il est probable que d'autres éléments jouent aussi. Il me semble que notamment, elle a moins d'immigrés que nous, donc d'enfants ne maîtrisant pas la langue d'apprentissage de la lecture. Cela justifie encore plus chez nous la prudence à avoir vis à vis de l'apprentissage précoce, dont on peut soupçonner qu'il sert surtout à favoriser les enfants de milieu très cultivés.
Pour ce qui est de l'expression des enfants en classe, j'ai en effet découvert à travers les propos de ma fille que la parole est beaucoup plus libre qu'il y a 30 ans. Je voulais surtout m'adresser là à ceux qui prônent des méthodes plus anciennes dans ce domaine
Pour ce qui est du pouvoir accru des chefs d'établissement, qui est une pratique Finlandaise
1) on ne peut que constater que c'est la pratique d'un pays efficace en éducation, ce qui ne prouve pas que c'en est la cause, mais qui prouve que cela ne l'empêche pas
2) Je suis convaincu que l'efficacité pédagogique suppose une prise en compte de la réalité locale et non des des décisions dans les bureaux de la rue de grenelle. Dans ce domaine, l'autonomie de l'instit face à sa classe ne suffit pas. Il faut aussi une continuité de l'équipe éducative, en particulier si la population scoalrisée a plus de difficulté que la moyenne. Vous faites partie des profs qui jouent le jeu collectif, je pense que vous admettrez cette idée
A un prof
Comme le fait remarquer Bentolila, 94% des élèves qui arrivent en difficulté en 6eme le sont encore à la sortie du collège.
Et plus de 11% des jeunes ont beaucoup de mal avec la lecture
Je ne vois pas très bien personnellemnt comment un jeune qui a du mal à lire peut suivre correctment la plupart des cours du collège. Même en math, pour faire un exercice, il faut pouvoir comprendre l'énoncé
Il est probable que ceux qui ne comprennent pas ce qu'ils lisent ont des problèmes dans toutes les matières
A contrario, bien comprendre ce qu'on lit ne suffit pas à la réussite scolaire, cela me parait évident
Je souligne cependant que l'article se centrait sur les 20% d'élèves qui sortent sans aucun diplôme du système
A Bah
Je ne vois pas bien de quoi vous parlez
Il existe queques institutions privées comme les orphelins d'Auteuil qui accueillent des jeunes en difficulté, pas forcément scolaires , mais on sait que généralement les difficultés se cumulent. En l'occurence, il s'agit d'une fondation sans but lucratif.
Commencer par poser le problème en terme privé / public me parait le meilleur moyen de ne pas le traiter correctement
"Commencer par poser le problème en terme privé / public me parait le meilleur moyen de ne pas le traiter correctement"
C\\\'est pourtant en ces termes que la question se pose, certes en creux, mais invariablement dès lors qu\\\'on se confronte aux praticiens : faire appliquer par des fonctionnaires indéboulonnables le dogme pédagogique pensé en haut lieu.
L\\\'échec scolaire n\\\'est donc que l\\\'échec de la méthode, et du dogme de la méthode.
Ancien "responsable" dans l'Education Nationale, je me garderai bien de parler en "expert", car j'applique dans cette activité l'opinion de Clémenceau qui, pendant la Guerre 1914-18, disait : "La guerre est une chose trop sérieuse pour n'être confiée qu'aux militaires"...
En la circonstance, vous avez raison de souligner que "l'essentiel se joue dans le primaire", mais j'exprime néanmoins des réserves sur votre analyse :
1. La proportion des élèves ne maîtrisant pas les mécanismes fondamentaux ( notamment lecture et calcul ) est malheureusement supérieuse à 20 %... Certains spécialistes évoquent le chiffre de 40 %... De toutes façons, le problème est grave...
2. La responsabilité n'est pas imputable au comportement des instituteurs, dont le dévouement n'est globalement pas en cause... Elle est liée esentiellement aux instructions qui leur sont imposées depuis plus de 30 ans (Cl livre de Rachel Boutonnet, entre autres...) : méthodes d'apprentissage jouant sur la "facilité", interdiction du redoublement à l'intérieur d'un cycle (également applicable au Collège). Pas de barrage à l'entrée en 6ème (ni conseils ni examens)
3. Le début de l'apprentissage ne doit pas être "gelé" jusqu'à 7 ans pour "tous" les élèves... Au contraire, il faut l'adapter au niveau de développement intellectuel de l'enfant, qui est très variable de 5 à 8 ans... Cela suppose évidemment de rompre avec "l'école unique" - comme d'ailleurs avec le "Collège unique" ... Il faut adapter l'enseignement à la fois en favorisant les meilleurs et en venant en aide - le plus tôt possible, aux élèves en difficulté
4. Il ne faut pas s'exagérer "l'autorité des Chefs d'établissement"... Ce qui compte, c'est "l'autonomie des Etablissements" qui doivent - dans le cadre de directives nationales suffisamment souples - avoir la possibilité de définir leurs objectifs, souvent étroitement liés a leur environnement,... le Chef d'établissement devant être l'organisateur et pouvant, le cas échéant, être le promoteur...
5. Le problème de "l'emploi" ultérieur ne se limite pas à l'enseignement primaire et secondaire et concerne aussi , et même surtout pour de nombreux jeunes, le supérieur... On se gargarise en France, bien à tort, d'avoir plus de 80 % de réussite au Baccalauréat... On oublie de préciser que près de 40 % (encore !) de jeunes abandonnent ensuite l'Université au bout de 2 ans sans diplôme ni formation ouvrant à un emploi... Il y a donc un problème d'orientation qui n'est pas seulement le fait du système scolaire, mais concerne aussi le monde du travail...
La question n'est pas en effet celle du comportement des instituteurs . J'imagine qu'il y en a sans doute des mauvais comme partout, mais la grande majorié fait consciencieusement son travail. Je m'interesse plutôt ici au système et aux méthodes
L'idée de faire varier le démarrage suivant les individus me parait en théorieune bonne idée. En pratique, je crains que la pression parentale et culturelle ne conduise à dévoyer cette idée. je me souviens ainsi d'une discussion avec l'institutrice de grande section de mon fils qui venait de voir des parents qui voulaient pousser leur enfant à aller au CP prématurément alors qu'elle était contre, et qui ensuite nous proposait d'envoyer notre propre fils de 5 ans (nous avons préféré le laisser ne maternelle et comme je l'ai dis, il a ensuite sauté le CP
Comme vous voyez, mon expéreince est en effet celle d'un parent d'élève!
Bien d'accord avec vos points 4 et 5.
S'il va à contre-courant de l'opinion commune de ceux qui ont le plus la parole, c'est peut-être aussi parce que les intérêts de ceux-ci diffèrent de ceux du commun. En clair, les professeurs et les parents les mieux "intégrés" ont un intérêt objectif à l'aberration actuelle de la sélection par l'échec, de la concentration des élites, du redoublement massif.
Le Journal de Montréal a fait le 4 mars dernier un excellent dossier sur l'expérience finlandaise, malheureusement passé inaperçu en France. Dossier trop panégyrique peut-être ? aux experts d'en juger.
En voici l'intro : "L'école dont rêvent tous les profs québécois existe. Le Journal l'a trouvée dans le quartier Käpylä, à Helsinki.
Cet établissement primaire, qui accueille 438 élèves de la 1re à la 6e année, incarne à merveille tout le savoir-faire finlandais en matière d'aide aux élèves en difficulté.
Dans cette école, comme dans tous les établissements de Finlande, les enfants réussissent, les repas et les manuels scolaires sont gratuits, les bibliothèques sont bien garnies et les profs ont tout le soutien dont ils peuvent rêver...
Tout ça pour moins cher que le système québécois !"
http://www2.canoe.com/infos/dossiers/archives/2006/03/20060304-084200.html
Quoi qu'il en soit, aussi réticent que je sois à la prétention de "transposer un modèle" d'un pays à l'autre (du Japon en France, de France en Côte d'Ivoire, des Etats-Unis en Europe, d'Europe au Proche-Orient, d'Alsace en Bretagne, de Finlande en France etc.), autant je crois que, quand on a un système pratiquement unifié chez soi, donc 1 seule expérience, il est essentiel d'aller voir ailleurs ce qui marche ailleurs plutôt que de tirer des conséquences arbitraires à partir des échecs de notre unique expérience ("du faux on peut tirer n'importe quoi", disent les logiciens).
(La critique n'est pas pour vous, mais pour les fans de la "distillation fractionnée" à la française).
Des jeunes sans qualification : ces jeunes sont-ils relativement impropres au marché du travail parce qu’ils n’ont pas de qualification professionnelle au sortir de l’école ? Ou sortent-ils de l’école sans avoir conclu grand-chose parce qu’ils sont plus ou moins impropres au travail organisé ? Les deux, sans doute. En d’autres termes : leur échec professionnel est-il conséquence de leur échec scolaire ? Ou bien, leur échec scolaire et leur échec professionnel sont-ils liés à de mêmes lacunes de personnalité ? Si tel est le cas, comment leur faire place quand même dans le monde adulte ?
Car en définitive ce qui est effrayant, c’est que nous identifions si fortement réussite scolaire et réussite sociale. Est-ce le cas en Finlande ? Je ne sais.
Aide individualisée : on lance actuellement les PPRE en 6e. Ce n’est pas ce que le ministère tente de faire croire au public (une sorte de soutien scolaire portant sur les matières jugées fondamentales – le fameux socle commun) ; parmi ceux que je vois se mettre en place devant moi : dans deux cas, il s’agit de convaincre les parents de mettre leur enfant en institut spécialisé (question de fond quand même : l’enfant sera ipso facto isolé et marginalisé ; dommage quand même ; mais peut-on faire autrement ?) ; dans un troisième, ce sera surtout un contrat de réel suivi psychiatrique (et là je me réjouis de ce qu’il reste intégré au collège, quelles que soient les risques – c’est aussi cela le collège unique) ; etc. Démarches nécessaires, utiles pour l’enfant, pour sa famille, pour la communauté du collège – mais si l’on raisonne en termes de qualification à la sortie de l’école, le bénéfice sera mince…
Le chef d’établissement choisissant ses collaborateurs ? Si j’en juge par ce que je vois dans le domaine du social (je pense à des maisons de retraite, des structures d’accueil de jour, etc. fonctionnant sous régime associatif avec délégation au directeur de la responsabilité du recrutement) on risque de tristes dérives. Le Français investi de pouvoir sur autrui est vite un tyran…
A Gavilan: oui il s''agit bien d\\\'un L A O (lapsus assisté par ordinateur) mais après votre remarque je préfère le laisser!
Au passant et à Frédéric LN: je ne connais pas la Finlande. Sans copier les autres pays qui ont forcéemt des conditions différentes des notres, on peut essayer d\\\'en tirer des enseignements
A B: les jeunes en difficultés ont souvent de multiples raisons de l'être. ce n''est pas une raison pour les abandonner
Mon propos visait les sans dipôme et pour cela la question de l\'enseignement primaire. Cela n\\\'empêche pas d\\\'agir aussi au collège évidemment
A Nathanael: la France survalorise le diplôme initial, mais je ne crois pas que ce soit nouveau
Alors l'école distribuait diplômes et places dans la société mais il en restait (des places) pour ceux n'ayant pas de diplôme. L'inégalité était dans l'accès à l'école : il y avait ceux qui allaient au lycée (une minorité) (1) et ceux qui arrêtaient à la fin du prinaire (une majorité), avec, entre les deux, quelques passerelles.
Depuis la massification, c'est l'école qui fait "le tri". Donc c'est assez nouveau, oui.
(1) Ce n'était pas le lycée d'aujourd'hui, le lycée, établissement de centre ville en général, réservé aux mieux pourvus, accueillait les élèves depuis le primaire jusqu'au bac
A Nathanael Pour illustrer mon propos, une histoire qui a 30 ans. Dans une réunion de direction d'une grande entreprise de l'époque, l'un des dirigeants cloue le bec d'un de ses contradicteurs en lui disant tais toi, tu n'es pas du Corps
Traduction: le contradicteur avait fait polytechnique 25 avant, le dirigeant aussi mais ce dernier, grâce à son classement était entré au corps des mines
Effectivement, dans notre pays, on regarde encore pour une personne de 50 ans quel est son diplôme initial
Il est vrai à contrario, que dans la France des trentes glorieuses, on a eu besoin de salariés de plus en plus qualifiés et on a trouvé parmi ceux qui n'avaient pas fait d'études des personnes qui auraient eu largement les capacité d'en faire de bon niveau
Dans ce domaine, il y a le cas bien connu de J Delors, entré à la Banque de France avec le bac
Je connais une personne qui a commencé à travailler à la mine à 14 ans , puis qui a bénéficié des formations internes jusqu'à arriver au grade d'ingénieur général du corps des mines, soit le plus haut niveau possible, normalement réservé aux meilleurs élèves de polytechnique. Il s'agit évidemment d'une exception.
On n'imagine plus évidemment aujourd'hui que quelqu'un sorti sans aucun diplôme de l'Education Nationale faire ensuite un parcours brillant.
Il y a plus de trente ans, la société distribuait déjà les places selon les diplômes, les plus diplômés recevant les meilleurs places.
Toutefois, étant peu nombreux, les diplômés étaient sûrs que leur dipôme leur offrirait des perspectives radieuses, même s\\\'ils n\\\'obtenaient pas les meilleures places. Avoir le bac il y a trente ans c\\\'était la garantie d\\\'avoir une position appréciable dans la société.
Mais la société ne s\\\'organisait pas entièrement autour de l\\\'école, car la grande majoriété n\\\'obtenait pas un diplôme. Le nombre de bâcheliers était très faible, par exemple.
Aussi ne pas avoir le bac c\\\'était quasiment être comme tout le monde, et cela ne voulait pas dire ne pas pouvoir avoir une place dans la société. Quand un fils d\\\'agriculteur pouvait, il y a trente ans, obtenir par l\\\'école une position plus prestigieuse que celle de ses parents, et donc voir l\\\'école comme un ascenseur social qui recompensait les plus méritants. L\\\'école avait donc une bonne image. Y échouer ce n\\\'était as trop grave, y réussir c\\\'était, pour certains, améliorer l\\\'avenir qui lui était promis.
Aujourd\\\'hui les choses sont inversées : la grande majorité a un bac au sortir de l\\\'école.
Mais ce bac ne garantit plus rien. Je ne suis pas en train de dire que le niveau a baissé et que le bac ne vaut plus rien. Juste que parce que tout le monde a son bac, ce n\\\'est plus le sésame pour une bonne place dans la société.
Les parcours scolaires se sont fortement hierarchisés et il existe à tous niveaux une hierachie, parfois infinitésimale, entre telle filière et telle autre, entre telle option et telle autre dans une même filière, hierarchie parfatement intériorisée par tous les élèves.
Par ailleurs les places dans la société n\\\'ont pas tant changé que cela, en tout cas pas autant que l\\\'école n\\\'a changé.
Et on assiste à des phénomènes absurdes de surqualification. Des emplois qui, objectivement ne nécessitent aucune qualification, ou aucun diplôme particulier, sont maintenant brigués par des personnes ayant licence, ou maîtrise. Certains concours d\\\'entrée à certaines fonctions sont pris d\\\'assaut (par exemple celui pour être secretaire de mairie, qui nécessite, en Bretagne, plusieurs gymnases pour accueillir les candidats).
Aussi, ne pas réussir son parcours scolaire est devenu aujourd\\\'hui un handicap qui sera difficilement surmontable, alors qu\\\'avant c\\\'était plutôt la norme.
Il en ressort tout un tas de phénomènes problématiques.
D\\\'abord un ressentissement assez fort envers l\\\'école qu\\\'on a vendu à certains comme étant la garantie de réussir et qui ont parfois fortement investi sur elle. Alors que le problème vient probablement de la société, c\\\'est l\\\'école qui est identifiée comme responsable, puisque c\\\'est en son sein que le tri se fait. Même si aujourd\\\'hui elle est beaucoup plus juste qu\\\'il y a trente ans, pusiqu\\\'elle offre plus de choses à tous, le sentiment d\\\'injustice qui échoyait à la société s\\\'est reporté sur l\\\'école.
Ensuite un sentiment de déclassement assez généralisé, puisqu\\\'avec tel diplôme on pouvait avant espérer telle place, ce n\\\'est plus le cas aujourd\\\'hui et lon doit se rabattre sur des positions qui sont moins prestigieuses que ce à quoi on pouvait estimer avoir droit. Ainsi avec le même diplôme que papa ou maman, on n\\\'obtient absolument plus la même place qu\\\'eux.
Par ailleurs l\\\'école doit accueillir un public qu\\\'elle n\\\'accueillait pas avant, ces élèves ne poursuivant pas au-delà du primaire il y a trente ans, public qui n\\\'a pas les mêmes dispositions envers l\\\'école et que l\\\'école a beaucoup de mal à gerer, puisqu\\\'elle continue à fonctionner, du fait de ses programmes, méthodes, etc. comme si elle accueillait encore le public choisit qui la fréquentait il y a trente ans. Le tournant a été râté lors de l\\\'instauration du collège unique dans les années 70 où ont lutté lors de sa définition les partisans d\\\'un collège préparatoire au lycée (les profs et syndicats d\\\'enseignants essentiellement, mais pas seulement, qui ne voulaient pas, pour une histoire de prestige, devenir des instituteurs+ et préféraient être d\\\'être des professeurs(- ?)) et les partisans d\\\'un primaire prolongé.
Enfin (sans être exhaustif pour autant), on voit fleurir des tas de discours sur le retour à l\\\'école de la république d\\\'antan - école fantasmée bien entendu, rappelons juste qu\\\'elle n\\\'était destinée qu\\\'à un public très réduit et très choisi - retour bien évidemment impossible, puisque cela voudrait dire exclure du système scolaire tout un tas de personnes et que la société n\\\'accepterait pas ce retour en arrière.
Bref l\\\'importance de l\\\'école et des diplômes est énorme aujourd\\\'hui, et l\\\'était moins avant - sauf peut-être aux niveaux les plus prestigieux dont l\\\'accès se fait toujours par les grandes écoles, qui ont tjs été très hierarchisées.
A Nathanael: je suis d'accord avec vous
Il existe encore quelques filières ou on peut progresser, du moins jusqu'au niveau maîtrise. Je pense en particulier au BTP
Par contre, dans d'autres secteurs, il y a au contraire un déclassement dès le départ , comme dans la banque
En fait, avec un BEP ou un bac pro, dans des métier techniques ou industriels, et pourvu qu'on ait des qualités d'organisations et de management, on peut encore rêver de finir dans la ^maîtrise (c'est évidemment de plus en plus dur, les BTS étant "prioritaires") alors que dans de nombreux secteurs, avec un bac plus 4 ou 5, on n'est pas de tout sur d'être un jour cadre
Le nombre de cadres n'a en effet pas augmenté aussi vite que le nombre de bacs +2 et au delà
En simplifiant, on peut dire qu'il y a eu 3 époques , si on ne prend pas en compte la catégorie des cadres supérieurs
Il y a 60 ans, on pouvait faire une très belle carrière en sortant de l'école à 14 ans. La formation permanente était utilisée par les meilleurs dans les grandes entreprises. Certains pouvaient créer leur petite entreprise artisanale ou leur PME
Il y a 40 ans, l'ascenseur social passait par l'école et les diplômes
Depuis 20 ans, la course au diplôme devient un effort presque désespéré pour échapper au chômage, avec des réalités contrastées suivant les filières
Le retour à un système plus ouvert passe par le retour à la croissance et au plein emploi
Il faudrait une expertise là-dessus.
Par ailleurs, les dernières orientations pour le collège me paraissent des régressions, comme le retour à une re-orientation précoce. Valoriser les filières professionnelles c'est les mettre en avant pour tous et non y destiner ceux qui sont en échec scolaire.
Aussi, mais ce serait difficile à faire accepter et peut-être discutable, mais je jette l'idée : il y a des diplômes minimum recquis pour certaines professions ; peut-être faudrait-il aussi envisager des diplômes maximum...