Universités ou grandes écoles?

Publié le par verel

Le rapport Pébereau a montré que la formation universitaire était le parent pauvre du système scolaire. Alors que l’Université devrait être le socle de la stratégie de Lisbonne adaptée à notre pays, elle est sous financée et semble vouée à produire, au moins dans certaines filières, des futurs chômeurs ou des candidats au déclassement, contraints d’accepter des postes sans rapport avec leur niveau de formation. Dans le même temps, les formations sélectives qui aboutissent à ce qu’on appelle les grandes écoles en passant par les prépas, fonctionnent comme des voies royales pour les postes de cadres supérieurs ou de directions.

 

Au-delà de cette dichotomie 1000 fois décrite, je voudrais souligner deux autres différences, quitte à verser, pour une fois, dans la caricature. (Je précise tout de suite que ma vision est déformée, puisque passé par le système prépa /« grande» école, je n’ai jamais fréquenté l’Université).

 

Je résumerais la première différence en disant que l’Université prépare des gens qui réfléchissent et les grandes écoles des gens qui agissent (je vous avais promis de la caricature).

 

Les étudiants qui réussissent à l’université, vont, à travers leurs travaux de maîtrise, puis de DEA ou de DESS, voire de doctorat, apprendre à disséquer un problème dans tous les sens, à se poser des questions, à douter, à poser correctement les problèmes, à envisager les différentes hypothèses. Ils vont devoir défendre devant un jury leur production.

 

A contrario, le système de sélection des concours en fin de prépa est basé sur l’accumulation de connaissances empilées, et sur la capacité à traiter un problème le plus vite possible. Je peux témoigner que si j’ai honorablement réussi en prépa, c’est d’abord grâce à ma rapidité.

 

Une de mes nièces arrivant en licence d’histoire après avoir fait hypokhâgne et khâgne, m’expliquait ainsi que les professeurs les avaient prévenus qu’ils devraient lire un ouvrage par trimestre dans chaque matière, ce qui l’avait fait bien rire : en prépa, c’était un ouvrage par semaine et par matière. Evidemment, on n’approfondit pas de la même manière chaque question suivant le nombre qu’on en aborde !

 

Le résultat se trouve dans le fonctionnement ultérieur, que je vais illustrer par deux anecdotes personnelles.

 

La première a plus de quinze ans. A l’époque, je démarrais dans le conseil, et avec mon patron, nous avions conçu pour une entreprise un système d’évaluation des compétences dont nous étions assez contents. Nous avions obtenu dans le cadre d’un appel d’offres du Ministère de la Recherche, de quoi faire une étude approfondie du système. Nous nous étions associés pour cela à un laboratoire de recherche en sciences humaines, que nous connaissions et trouvions suffisamment pragmatique pour une relation efficace. Eux même nous trouvaient suffisamment innovants et en réflexion pour avoir envie de coopérer.

 

Je me souviens encore de notre première rencontre : nous ne disposions que d’une heure, car nous avions un rendez vous commercial ensuite. Nous avons voulu expliquer notre système, en nous appuyant sur la quarantaine de transparents de présentation chez le client. Nos amis chercheurs ont réagi au premier transparent sur la formule « qualifier un emploi », et nous y avons passé l’heure entière. Pour un ingénieur comme moi, c’était vraiment couper les cheveux en quatre, et dans le sens de la longueur en plus, surtout avant d’avoir présenté l’ensemble du système. Notre coopération fut malheureusement décevante, faute notamment de temps suffisant de ma part. A la réflexion, la distance géographique a aussi joué (nous étions à plus de 100 Km les uns des autres), nous empêchant de prendre vraiment le temps de nous apprivoiser réciproquement. Il est vrai aussi que je débutais et que ce serait plus facile aujourd’hui.

 

La deuxième anecdote est plus récente. Elle est du domaine public. Il y a quelques années, on a commencé à parler du choc démographique de l’an 2005, et l’idée s’est répandue que cela allait provoquer une pénurie de cadres à partir de cette date. Des cabinets de consultants se sont engouffrés dans cette idée. Un peu de réflexion aurait dû les rendre sceptiques, mais ils voyaient une occasion de vendre des prestations. Plusieurs, et non des moindres, ont fait une enquête auprès d’un échantillon de clients, et comme ceux-ci leur ont répondu que le problème ne se posait pas pour eux, ils en ont conclu…que les entreprises n’avaient pas conscience du problème, au lieu de se demander si leur hypothèse était juste !

 

Comme on sait, les cabinets de consultants recrutent principalement à la sortie d’écoles prestigieuses. Cette anecdote est assez représentative de leur capacité à agir mais finalement assez peu à réfléchir, du moins dans le sens universitaire.

 

Cette dichotomie entre réflexion et action, évidement regrettable, se prolonge dans la séparation entre public et privé. Les entreprises privées sont en effet essentiellement dirigées par des cadres issus des prépas, alors qu’on retrouve dans le public, à la notable exception des anciens de Sciences Po, une majorité de cadres issus de l’Université.

 

A quand une coopération approfondie entre les deux systèmes, capable de les enrichir tous les deux ?

 

Nota :je vous avais promis de la caricature, réussi, non ?

 

Publié dans Organisation de l'Etat

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Verel 16/10/2006 07:43

A Le gargaillou
Ce que vous dites pour l'école des Mines de Paris est valable pour les autres écoles des Mines (Nancy, St Etienne, Douai, Alès ou Nantes), ce qui prouve que c'est possible, et utile
Pour ce qui est de votre point 4, au delà des différences de conception du mécénat aux USA, nos dirigeants d'entreprises, ne venant généralement pas de l'université, pensent plus à financer les écoles de commerce ou d'ingénieur que des universités qu'ils connaissent mal

le gargaillou 15/10/2006 23:41

La discussion portant semble-t-il sur les filières scientifiques et notamment les formations d\\\'ingénieurs et de chercheurs scientifiques, j’observe que l\\\'université abrite depuis plusieurs années des filières de type ingénieur qui sont des réussites et complètent voire concurrencent les "grandes écoles". Des écoles universitaires d\\\'ingénieurs telles que l\\\'EUDIL ont une excellente réputation auprès des employeurs. Par ailleurs, les IUT sont un succès, et l\\\'on prévoit à juste titre leur développement. A l\\\'opposé, les écoles d’ingénieurs ont développé l\\\'activité de recherche qui complète l\\\'enseignement et l\\\'Ecole des Mines de Paris est la première sur ce plan. Elles cultivent particulièrement la recherche sous contrat avec l\\\'industrie tout en ayant des labos rattachés au CNRS, combinant ainsi recherche appliquée et recherche fondamentale.De nombreux ingénieurs poursuivent leurs études avec un DEA ou un Master recherche et un doctorat soit dans leur école soit à l\\\'université. A titre d\\\'exemple, l\\\'Ecole Centrale de Lyon, à côté des ses 300+ diplômes d\\\'ingénieur annuels, décerne plus de 50 doctorats par an. Lesquels doctorats sont de plus en plus appréciés dans l\\\'industrie.Et de nombreuses passerelles existent qui permettent à des étudiants scientifiques de passer de l\\\'université aux écoles d\\\'ingénieurs en cours d\\\'étude.Il apparait que nos difficultés dans le domaine scientifique sont d\\\'un autre ordre :1- manque de goût des jeunes pour les carrières scientifiques, techniques et  industrielles ; aversion pour les prépas; ce qui fait que l’offre de places dans les écoles est presqu’équivalente au nombre de candidats,2- aversion fréquente des universitaires pour le monde de l’entreprise et la recherche appliquée en collaboration avec l’industrie3- manque de financement : ceci est particulièrement vrai pour l’université et en partie lié au point 24- faiblesse de l’investissement et des efforts de recherche des entreprises ; aux Etats Unis, une partie importante du financement de l’enseignement supérieur vient des dons et des contrats avec les entreprises

Max Weber 12/10/2006 11:55

Un de mes amis a passé cinq années dans un cursus d'ingénieur (privé), et cinq années à la Fac, en sciences humaines. Ce qui l'a frappé, c'est l'immaturité totale des étudiants en cursus d'ingénieur comparé aux étudiants en Fac. Non seulement ces derniers travaillaient presque tous en plus d'étudier; si bien qu'ils étaient véritablement de jeunes adultes dès la sortie du lycée, mais ils faisaient aussi preuve d'une plus grande autonomie et d'une plus grande solidarité pour surmonter les difficultés que générait l'absence d'encadrement. Au final, il pense qu'il faudrait que les élèves ingénieurs passent un trimestre en Fac, ça ne leur ferait pas de mal.

verel 12/10/2006 07:53

Non, Laurent,!
Cela s'adresse à celui qui était venu faire de la pub pour son blog et dont j'ai censuré le post!
Désolé pour l'ambiguité

Laurent GUERBY 11/10/2006 23:29

Verel, cela s'adresse a mes commentaires ?

Verel 11/10/2006 15:08

Ce blog n'est pas un panneau d'affichage

Laurent GUERBY 11/10/2006 00:26

J'ai oublié de préciser que dans mon école il y avait autant de thésard que d'élèves ingénieur en 1ere année ...

Verel 10/10/2006 22:16

D'après le rapport Seibel reprenant une étude de la dares, les recrutements de niveau bac ou plus représenteraient 71% des besoins
http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/024000615/0000.pdf#search=%22rapport%20seibel%22
page 41

Denis CASTEL 10/10/2006 21:59

Un des problèmes du système d'enseignement supérieur n'est-il pas d'avoir fixé un objectif de 80 % d'une classe d'âge titulaire du bac et d'avoir ouvert en grand les portes des universités en faisant fi des besoins des employeurs qu'ils soient publics ou privés, en laissant ainsi se multiplier des filières produisant un excès de diplômés qui sont autant de frustrés ?
C'est un point de vue que j'ai développé dans une tribune dans les Echos du 19 mai dernier et reproduite chez Versac : http://vanb.typepad.com/versac/2006/10/quizz.html#comments

Marc B 10/10/2006 16:57

@ Verel
C'est vrai que l'on a souvent tendance à mettre les gens dans des cases. D'un coté, les pragmatiques et de l'autre les intellectuels.
Je suis moi-même passé à la fois par l'université mais aussi par une école de commerce : j'ai donc les deux visions.
Il est vrai aussi qu'à l'origine, la finalité des parcours universitaire étatit soit l'enseignement soit la recherche...
Il ne faut pas oublier que les attentes d'un employeur privé et de l'état vis a vis de ses salariés ne sont pas les mêmes non plus.
Je suis d'accord avec Denis Castel sur le fait que la formation ne fait pas tout, même si aujourd'hui la sélection se fait toujours essentiellement par le diplôme.
Je pense que la richesse d'un profil provient avant tout du caractère et de l'expérience de vie de chacun.
Je serais assez pour la mise en place d'établissement pilotes alliant les vertus de l'unversités et celles des grandes écoles. Sachant que ce système existe par le biais des IUT