Etat impécunieux

Publié le par verel

Nous voici arrivé à la mi octobre. L'Etat Français a déjà dépensé toutes ses recettes de l'année en cours pour financer ses recettes des mois de janvier à maintenant. Pour payer ses dépenses jusqu'au 31 décembre, il lui faut donc recourir à l'emprunt et augmenter ainsi une dette qui représente déjà plus de 3 ans de l'ensemble des impôts (TVA, impôt sur la fortune, sur le revenu, sur les bénéfices, sur les produits pétroliers etc.)

La dette est arrivée à un tel niveau que le versement des intérêts absorbe l’ensemble de l’impôt sur le revenu. La rapport Pébereau, rédigé il y a bientôt un an par des personnalités issues de la droite et de la gauche a tiré avec force la sonnette d’alarme, en montrant comment la dette augmente dans notre pays quand la plupart de nos voisins sont en train de diminuer la leur. Il ne semble guère avoir été entendu. Au contraire, certains suggèrent aujourd’hui de  revoir les critères de Maastricht pour y intégrer les dépenses de recherche et développement. Cela permettrait d’autoriser un déficit de 5% du PIB au lieu de 3% aujourd’hui. En clair, de commencer à vivre à crédit dès le début du mois de septembre !

On connaît les effets de la spirale du sur endettement sur les ménages : on se met à emprunter pour rembourser les emprunts précédents (ce que la France fait déjà) puis on multiplie les créanciers, on paie ses crédits de plus en plus cher jusqu’à ce que plus personne ne veuille vous prêter de l’argent et que la commission du sur endettement vienne vous imposer un plan de rigueur et de remboursement.

Pour les pays, cela existe aussi la commission de remboursement s’appelant le FMI.

Cela n’arrive qu’aux autres, les pays émergents ou sous développés ? Pas sûr. Un livre « le jour où là France a fait faillite » vient de sortir, décrivant un tel scénario pour notre pays,dans seulement 5 ans, sous l’impact conjugué des tendances actuelles, de quelques excès pré ou post électoraux et de l’augmentation attendue des taux d’intérêt. Bien sûr, c’est de la fiction. Bien sûr on se souvient plus d’un des auteurs, Philippe Jaffré pour son parachute doré à sa sortie de ELF. Mais est ce une raison pour continuer à se voiler la face ?

Mais après tout, pourquoi s’en faire ? Ce n’est pas la première fois que nous avons du déficit. C’était en particulier le cas sous la 4ème République. Le problème est que la situation a changé.. Quand les taux d’intérêts étaient à 8%, l’inflation à 10 et la croissance à 5%, le remboursement n’était pas un problème. C’est ainsi que ceux qui ont fait construire à la fin des années 60 ont remboursé en monnaie de singe, leur remboursement redevenant très vite d’une montant faible au regard de l’augmentation continue de leur revenu.

Cette  situation a changé. Alors que à l’époque les taux d’intérêt réels étaient négatifs (c'est-à-dire que les taux nominaux étaient inférieurs à l’inflation), ils sont depuis 20 ans nettement supérieurs à celle-ci .Les taux d’intérêts à 10 ans étaient cette semaine à 3.77%., c'est-à-dire à peu prés égaux à la somme de l’inflation et du taux de croissance du PIB. Dans cette situation, s’il y a un équilibre primaire (c.a.d.  avant paiement des intérêts de la dette) le poids de ces intérêts font augmenter la dette de telle manière que son montant continue à représenter la même part du PIB. Cette situation est conforme au théorème de Samuelson,.

Cela signifie aussi que si les dépenses primaires ( hors paiement des intérêts) sont supérieures aux recettes, cela conduit à augmenter la dette.

C’est la situation que nous connaissons presque chaque année depuis 20 ans, en dehors des périodes de forte conjoncture.

Le rapport Pébereau a montré que plusieurs éléments structurels vont pousser à augmenter les dépenses : une hausse des taux d’intérêts (actuellement attendue par les analystes car les taux sont historiquement très bas), l’effet du papy boom sur les retraites et la tendance continue à l’augmentation des dépenses de santé.

Si rien n’est fait, la dette va continuer à augmenter. Les créanciers vont progressivement exiger une prime de risque, ce qui va augmenter les intérêts à payer, jusqu’à ce que le niveau de notre endettement devienne insupportable et que nous soyons obligés de prendre des mesures draconiennes, dans les circonstances dramatiques (en particulier pour les plus faibles) qu’ont connu ces dernières années des pays comme le Mexique ou l’Argentine.

Il est impératif que le futur gouvernement qui sortira des urnes en 2007 prennent en compte cette menace. Ne pas le faire, c’est accepter de sacrifier les jeunes générations. Mais au rythme où vont les choses, c’est prendre le risque d’une crise de paiement à moyen terme..

C’est dans ce but qu’Energies2007 organise une manifestation mercredi 18 octobre à 11 heures, place de la Bourse à Paris

Pour en savoir plus

Publié dans Organisation de l'Etat

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Marc_B 18/10/2006 18:39

Félicitation pour ce cap magnifique.
Je te lis régulièrement et apprécies ton analyse.
 
Pour ma part, je t'annonce la naissance de mon blog dobnt je t'invite à visiter la feuille de route.
 
A bientôt

Charles ANDRE 17/10/2006 22:43

Incroyable ! : l'Etat vient d'admettre s'être foutu de la gueule du monde dans sa gestion : http://www.dette-gouv.fr

Denis CASTEL 16/10/2006 14:35

Si je me rappelle bien mes cours d'économie, c'est ce que l'on appelle l'effet d'éviction.

Verel 16/10/2006 14:10

A Denis
Effectivement, quand on voit le sous investissement chronique en France depuis 20 ans, on peut se demander si une des causes (sans doute pas la plus importante mais réelle) n'en est pas l'asséchement du marché des capitaux par l'Etat

Denis CASTEL 16/10/2006 13:51

A Laurent GUERBY,
Je ne comprends pas quand vous écrivez que "les trois dettes sont en grande partie substituables".
A mon sens, elles ne le sont pas du tout s'agissant d'une part de personnes juridiques distinctes (Etat, entreprises, ménages) et d'autre part d'agents économiques distincts : les entreprises et les ménages ont leur propres ressources, tandis que l'Etat, s'il a le pouvoir de lever l'impôt, ne fait que prélever une part des ressources des entreprises et des ménages.
On pourrait très bien imaginer un surendettement des ménages ou des entreprises sans que l'Etat en souffre. L'inverse en revanche est plus difficile à imaginer, car l'Etat en cas de difficultés aurait tendance à augmenter son prélèvement sur l'économie.

Denis CASTEL 16/10/2006 13:43

A "Bof",
Compte tenu de l'ampleur de nos déficits et de notre dette publique, j'ai peur qu\\\'une sortie de l'euro ne débouche sur le retour d'un franc très dévalué.
Or notre dette publique devra être remboursée en euros.
Donc, en cas de sortie de l'euro, on aura le choix entre finir comme l'Argentine de la fin des 90' (hyperinflation) ou comme l'Albanie d'Enver Hodja (autarcie absolue).

jean-jacques dÉ Moulins 16/10/2006 10:46

bonjour,

et tout d'abord bravo pour votre blog. Je souhaiterais le mettre en lien sur le mien. Me le permettez-vous?

mon site est le http://jean-jacques-president.com/ le site du vrai candidat de la rupture.

à très bientôt

Jean-jacques dé Moulins

Verel 16/10/2006 07:19

A le gargaillou
La croissance ne peut venir du déficit s'il est permanent! En logique keynésienne, c'est l'augmentation  des dépenses (donc du déficit) qui aide l'économie à revenir à son niveau naturel de croissance
Christian Blanc, dans la croissance et le chaos, a montré comment, par une vraie politique d'innovation, revenir à une moyenne de croissance supérieure à 3%

le gargaillou 16/10/2006 00:05

La dette de l'Etat est bien sûr un problème... Mais le plus gros problème est que, malgré une politique volontariste de déficit permanent, les gouvernements successifs depuis 20 ans n'ont pas réussi à stimuler l'économie et à obtenir des taux de croissance de 3% et plus.L'obtention d'un tel taux de croissance (comme on le voit d'ailleurs aux Etats Unis) donne la capacité de réduire rapidement le déficit, de redonner l'équilibre au budget et de faire baisser la dette.L'autre avantage est bien sûr de réduire le chômage.Pourquoi une telle impuissance ?En toute logique, c'est à cause de l'inefficacité de la gestion de l'Etat, la complexité des structures administratives (par exemple: communes, communautés de communes, pays, départements, régions, état), la faible rentabilité des financements publics, l'absence d'évaluation des performances de ces financements...

Verel 15/10/2006 21:35

Traiter le discours de droite populiste ne me parait pas de nature à faire avancer le débat
La commission Pébereau n'était claitrement pas composée de populistes!
Comme le dit Yvres Crozet dans l'article que vous citez, il y a une grande différence entre la dette des ménages utilisée pour financer un investissement immobilier (pour l'instant, la grande majorité des acheteurs vont habiter là, il ne s'agit donc pas de spéculation) et la dette de l'etat qui a servi à financer du fonctionnement et qui nous a donc installé dans un déficit structurel tout en nous privant des moyens d'investir