Réduire le nombre de fonctionnaires

Publié le par verel

Ayant fait un article sur la dette qui doit beaucoup au rapport Pébereau, je ne peux esquiver la question qu’il pose du nombre de fonctionnaires. L’avantage du rapport est qu’il permet, au moins en partie, de sortir du discours idéologique sur le sujet, entre ceux qui traitent les fonctionnaires de fainéants et ceux qui en font les moines soldats des services publics.

 

La lecture du rapport fait en effet apparaître trois catégories de fonctionnaires :

 

Ceux qui réalisent un service face au client / usager / contribuable (choisissez selon vos goûts la formule la plus adaptée)

 

Ceux qui traitent en back offices des données

 

Tous les autres

 

Ce n’est pas la première catégorie qui est visée par le rapport, même si celui souligne que le nombre de professeurs par élève a augmenté de 15% en 10 ans, sans impact évident sur les résultats. La commission fait remarquer qu’il aurait mieux valu concentrer les effectifs supplémentaires sur les zones difficiles plutôt que les saupoudrer un peu partout

 

Par contre, le rapport est très explicite concernant le personnel des back offices, Il étudie plus spécifiquement le cas d’une administration que certains des membres de la commission connaissent particulièrement bien : le ministère des finances. Ce ministère qui compte 135 000 agents directement liés à des taches administratives, a dépensé 1 milliard d’euros en 10 ans en informatique. Tout cela pour une réduction d’effectif de 4% en 25 ans, quand les banques et les assurances ont réduit dans des proportions beaucoup plus fortes leurs back offices. En réalité, ce sont des divisions par 2, 3 ou 4 des effectifs qu’il aurait fallu viser. Et ce n’est pas vrai qu’au ministère des finances.

 

Dit autrement, dans les services administratifs, non seulement il ne devrait y avoir aucune embauche dans les 5 prochaines années (et sans doute au-delà) mais des reconversions internes vers d’autres fonctions sont justifiées. Evidemment, ce n’est possible qu’avec une remise en cause des barrières statutaires entre fonctions.

 

Dans le privé, il a fallu maintenir un filet d’embauches pour injecter des niveaux de compétences nettement plus élevées. Ici, il suffira de permettre a des jeunes qui ont du accepter des déclassements à l’embauche d’accéder à des fonctions plus qualifiées.

 

Le rapport met aussi l’accent sur la gabegie que provoque l’inflation des acteurs de toutes sortes : la création permanente de nouvelles instances de toutes sortes, sans que les anciennes disparaissent conduit non seulement à des doublons (quand il n’y a pas 3, 4 voir 10 instances différentes pour une même mission) mais complique la tâche de chacun des intervenants. Le problème est le même en ce qui concerne le nombre de niveaux administratifs qui s’empilent à plaisir (commune, agglomération, département région, Etat) et qui eux aussi se gênent.

 

Si on accepte de revoir en profondeur ces mécanismes, là aussi, il est imaginable de pouvoir diviser par plus de deux le nombre de fonctionnaires. Donc d’arrêter l’embauche et de reconvertir les personnels.

 

En nombre, ces reconversions potentielles permettraient de répondre aux besoins en front office. En compétences, à part certaines fonctions pointues comme les médecins (mais ce ne sont pas de gros effectifs), c’est également au moins en partie possible, à condition de mettre les moyens en formation, y compris dans l’enseignement : après tout les bacs +4 ou 5 qui se retrouveront en excédent seront assez nombreux. Cependant, il ne serait sans doute pas raisonnable de casser toutes les filières de formation initiale pour ce type d’emplois : garder environ 50% de recrutement initial dans ces métiers, c’est préserver l’avenir.

 

Conclusion, sur les environs 400 000 départs de fonctionnaires prévus dans la fonction publique d’Etat pendant la prochaine législature, il faudrait prévoir le remplacement d’environ 100 000 par des recrutements et autant par des reconversions et mobilités interne, en supprimant 300 000 emplois. 300 000 recrutements rendus inutiles par les réformes, ce sont environ 8 à 10 milliards d’euros (on gagne des salaires de jeunes, les plus faibles dans un système basé sur l’ancienneté, et les retraites ne changent pas) d’économies directes  auxquelles il faut ajouter les dépenses générées par les instances peu utiles qui pourront disparaître. Cela contribuera pour une partie importante à la réduction d’un déficit dont on peut se donner alors comme objectif qu’il disparaisse à la fin de la législature.

 

Par ailleurs, comme on l’a compris, cela n’augmentera la charge de travail que de ceux qui n’en avaient plus guère du fait de l’informatisation et cela permettra à d’autres de travailler dans de bien meilleures conditions.

 

Evidemment, il faut une volonté forte !

 

Donc ce n’est possible que si c’est annoncé avant les scrutins

 

On n’en prend guère le chemin

 

Publié dans Organisation de l'Etat

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Verel 22/10/2006 19:47

A Paul
D'après le rapport Pébereau, depuis 1990, le nombre d'enseignants dans le primaire et le secondaire a augmenté de 12% alors que le nombre d'élèves diminuait de près de 5%
12% sur environ 1 million d'(enseignants, cela fait 120 000 et une dépense qu'on peut estimer à 3 à 4 milliards par an

El Airdévé 21/10/2006 10:58

à Vérel
la question que je me pose est :
que représente les situations médico/sociales en proportion . on ne peut faire des choix uniquement par rapport aux situations marginales
mais il faut les avoir à l"esprit et ce n'est pas le privé qui va s'en charger
une directrice des soins disait" il y toujours de la lumière à l'hopital"
PS hors du  débat public/privé:
Noelle HERRENSCHMIDT vient de sortir un très beau livre  de pastels (et de textes) sur les hopitaux de paris.  très humain.

Paul 21/10/2006 10:19

Juste un détail : si le nombre d'enseignants par élèves a augmenté dans l'éducation nationale, c'est parceque le nombre d'élèves a diminué, le nombre d'enseignant est resté plutôt stable (légère augmentation).Il est donc plutôt difficile de redéployer les effectifs d'enseignants dans cette configuration : il est naturel que les enseignants restent dans leur poste, à faire le même travail, devant, globalement, moins d'élèves.           

El Airdévé 21/10/2006 09:48

à Verel
tout à fait d\\\'accord il faudrait plus de place en convalescence, mais ces services font partie de l\\\'hopital.
dans le même ordre il faudrait plus de place dans les SSIAD (service de soins infirmiers à domicile) qui se chargent de la toilette et des soins
ceci étant , les services à domicile se sont énormément dévelloppés
Reste le problème de ceux qui n\\\'ont pas de famille  ou peu ou du grand age.l\\\'hospitalisatin/convalescence est une solution sécurisée en espérant le retour à domicile bon je ne vais pas dévellopper.
la grosse difficulté vient des moins de 60 ans un peu problème social un peu problème médical quelquefois l\\\'alcool ayant fait des ravages
il manque aussi de structure pour les moins de 60 ans et les dérogations d\\\'age ne sont pas données
et pour en revenir aux fonctionnaires ou assimilés, ceux dont personne ne veut (même maintenant ), ce n\\\' est pas un systeme privé qui va y répondre.
Je ne veux pas non plus laisser des dettes à la génération suivante, je suis tout à fait d\\\'accord  le médical , pris par le coté social n\\\'est pas tres rentable.

verel 21/10/2006 07:44

La reconversion , c'est rarement spontané et souvent difficile. Mais c'est possible, beaucoup plus qu'on ne l'imagine, avec des gens qui peuvent ensuite être très satisfait.
Je connais ainsi une grande banque dont 40% des effectifs en centres d'appel sont des seniors reconvertis des back office, avec de très bon résultats. Evidemment, la banque y a mis les moyens.
Pour ce qui est de la schizophénie de la demande des citoyens, elle est réelle, mais aussi le résultat des erreurs des dirigeants qui par exemple ont voulu protéger l'emploi (sabns succès évidemment) quand il fallait protéger les personnes. Mais on est ici dans le défi posé à la social démocratie: garder les objectifs d'hier ( justice, égalité dignité de l'homme, etc) en remettant en cause les solutions d'hier. Le moins qu'on puisse dire c'est que nous y arrivons beaucoup plus mal que nos voisins!

geprge 21/10/2006 02:38

Parler de redistribution est effectivement au coeur du sujet néanmoins le problème achoppe comme évoqué plus haut : qui veut passer du back au front office ? Personne! 1/ parce que c\\\'est plus contraignant que le back office (et oui on a des gens en face de soi qu\\\'on perçoit toujuors comme des méchants administrés (pour reprendre ce mot fameux d\\\'Anatole France) 2/ Parce qu\\\'on rencontre le même problème que dans le cadre de l\\\'ajustement du marché du travail dans le cadre d\\\'une économie internationalisée : le problème de la formation et de la capacité des personne à évoluer dans le cadre de formations qui le leur permettent. Et là c\\\'est un problème...de l\\\'Etat dans son versant post-régalien (instruction publique, coordination des reconversions dans l\\\'emploi).Ce qui permet d\\\'évoquer le second thème celui du nombre de fonctionnaires (ou assimilés). Certes 5,2 millions d\\\'agents publics c\\\'est beaucoup et tel que brillamment dit plus haut on peut certainement les réduire à la marge mais c\\\'est un problème secondaire qui découle en fait d\\\'une problématique beaucoup plus fondamentale : que veut-on voir faire l\\\'Etat. Et sur ce plan là la fonction régalienne n\\\'est pas le seul élément que les citoyens demandent.  Le maintien (piètre je l\\\'accorde) du ministère de l\\\'agriculture est bien le signe de ce qu\\\'on peut attendre de l\\\'Etat et de la schizophrénie du citoyen -janus lambda prêt à fustiger la gabegie et dans le même temps criant au soutien au premier vent mauvais arrivé.La part essentielle dans le nombre de fonctionnaires actuels en France, outre l\\\'image de l\\\'ancrage de l\\\'Etat dans notre pays est également la traduction de ce qu\\\'on a souhaité que l\\\'Etat prinsse en charge historiquement (Etat providence notamment).L\\\'histoire de la montée du libéralisme dans les années 80 et 90 est aussi celui de la montée en puissance de l\\\'Etat : liberté = contrôle.

Verel 20/10/2006 22:09

A LRDV: une gestion efficace, c'est une gestion qui fait qu'une personne qui n'a rien à faire dans des services hospitaliers où elle coûte très cher puisse trouver les structures de long séjour ou de convalescence dont elle a besoin en réalité et qui coûtent moins cher. Ce n'est pas le cas aujourd'hui, comme n'importe quellle assistante sociale d'hôpital pourrait vous le dire

El Airdévé 20/10/2006 21:17

à propos du commentaire de Jacques concernant le personnel hospitaliers
-il travaille beaucoup comme celui  de nombreuses  cliniques (où on cherche à mettre le moins de personnel)
-l'hopital se dirige vers la tarification à l'acte (T2A), il se rapproche donc de la gestion des cliniques
mais jusqu'ici l'hopital recevait tout le monde , ceux dont on ne veut nulle part. les malades un peu psy , un peu social
 certains hopitaux sont de pointe d'autres sont plus locaux et reçoivent  despersonnes agées  qui doivent vite quitter l'hopital à cause de la rentabilité alors que elle ne sont pas encore apte à rentrer crest ce que va apporter la T2A
bon ce n'est pas si simple
mais la gestion rentable permettra t elle d'accueillir le tout venant et les cas difficiles

Paquita 20/10/2006 11:39

Que de bonnes idees,
Seulement, il ne faut pas se leurrer, les fonctionnaires qui sont dans des endroits ou on n'a pas besoin d'eux n'ont pas envie de bouger pour aller en "front office".
Une autre source de fonctionnaires sont les anciennes entreprises etatiques: France Telecom, EDF etc.
France Telecom par exemple a un sureffectif de 50,000 personnes -(Si on compare avec leur acquisition de Telecom Pologne (70000 employes a l'achat, 26000 5 ans apres grace a leur reorganisation par FT).
En fait un exemple de ce que vous preconniserz a ete applique a France Telecom depuis plus de 10 ans. (Plus de recrutement exterieur ou au compte goutte, La mobilite interne, externe et vers le reste de la fonction publique est encouragee mais personne ne veux bouger c'est trop fatiguant! ) Le resultat n'est pas encourageant quand on voit qu'ils n'arrivent toujours pas a sortir leurs nouveaux produits avant Free (pex. free ou live box) et quand on voit le cours de bourse.
 
 

verel 20/10/2006 10:21

A Jacques: assez d'accord avec vous. Le premier problème du statut des fonctionnaires est qu'en fait il y en a 1 500 qui fonctionnent comme des freins terribles à la mobilité: une personne qui voudrait changer de corps est en fait quasiment systématiquement perdante
 

Pour ce qui est de la gestion, la Suède a délégué une grande partie de ses activités de service public à des agences (à l'image de ce qui se fait en France dans l'enseignement privé ou dans les hôpitaux privés associés au service public qui sont sans but lucratif) et s'en porte très bien
 

A  Jak Vous avez raison c'est la bonne question. J'ai parlé de fonctionnaires par raccourci, ce qui a créé de la confusion, mais la question ce sont les effectifs, quelque soit le statut. Mais elle n'est pas facile parce que la réponse dépend de l'organisation: il y a des fonctionnaires qui travaillent sans forcément que ce soit utile. Exemple simple, les conseils d'administration des universités sont pléthoriques , ce qui les rend peu efficaces. Ce système crée des tâches nombreuses pour organiser la désignation de ce CA. J'imagine qu'avec un tel nombre les séances sont longues, ce qui consomme plus de temps à plus de gens, sans compter le temps consommé à rédiger les comptes rendus ou envoyer les convocations. Ce n'est qu'un exemple, mais vous pouvez le répéter à l'infini en raison de la quantité de doublons dans l'organisation.
 

A Pilou: il est clair que les élus n'ont pas intérêt à ce qu'on supprime les niveaux administratifs qui sont autant de niveaux politiques. C'est une des raisons de la nécessité de l'abolition du cumul des mandats (les députés n'auront plus d'intérêt personnel à garder les autres niveaux