Réponse à Matthieu

Publié le par verel

Matthieu revient dans un article posté le premier novembre sur les articles postés par Authueil et moi-même en réaction aux propos de Claude Allègre. N’ayant pas réussi à mettre un commentaire chez lui (décidément, la technique devient trop compliquée pour moi !) j’ai décidé de lui répondre sur un blog que j’arrive encore à renseigner : le mien.

 

 Ce qui m'avait intéressé dans l'article de Claude Allègre, ce n’était pas la question spécifique du désordre climatique et de ce qu’il pouvait en dire, c'était l'affirmation que le doute est une vertu scientifique, alors que justement, je passe mon temps à rencontrer dans mon travail des personnes qui ne font guère preuve de cette attitude. Il utilise apparemment cet argument au service de causes discutables, cela n'en reste pas moins une vertu scientifique!

 

Il est vrai que ce qui était dit dans les controverses que Matthieu m’a fait découvrir, et en particulier dans l’article de Libé, réponse à Claude Allègre, m’a fait douter à mon tour de la qualité du discours de Claude Allègre ! Du coup je ne sais plus très bien si le cher homme défend la science et la possibilité que les voix dissonantes de certains chercheurs soient entendues ou s’il s’est embarqué à tort dans une mauvaise croisade, et du coup moi avec !

 

Mais soyons franc : j’ai aussi réagi positivement à l’article de Claude Allègre parce qu’il rejoignait un certain scepticisme sur la question que je vais essayer de préciser.

 

Bien qu'ayant à la base une formation scientifique, mes intérêts professionnels m'ont éloigné des sciences physiques (c’était justement une des raisons qui m’a fait mettre Matthieu sur ma blog liste : avoir l’occasion de lire des articles sur des sujets scientifiques). Je n'ai pas étudié de près la question des changements climatiques (hormis la visite rapide il y a quelques années d'une exposition à la Villette qui présentait les différents points de vue de l'époque sur le sujet). A priori, je n’ai pas de raisons de remettre en cause les idées dominantes sur le sujet, d’autant plus que mes idées anciennes sur la question de l’énergie m’ont toujours amené à penser que brûler du pétrole pour se chauffer est stupide et qu’économiser l’énergie est très souvent une très bonne idée.

 

Mais comme je ne me suis intéressé à la question que de loin, je n’ai eu à me mettre sous la dent, à part quelques articles dans Sciences et Vie, que ceux du Monde. J’y ai pu lire des données qui montrent qu’il est indéniablement en train de se passer quelque chose. Mais aussi des éléments qui m’ont donner le sentiment qu’on était encore loin d’être clair sur la question, par exemple qu’on ne savait pas bien comment les carbonates au fond des océans absorbaient ou non le CO2(je crois !).  Et cela ne me choque pas : par définition, si on a des chercheurs, c’est bien parce qu’on ne sait pas encore tout. Par ailleurs, et c’est ce qui sans doute nourri mon scepticisme, ce qu’on lit repose souvent sur des  imprécisions ou sur des raccourcis. Il y a notamment deux idées que je lis régulièrement et qui me choquent à chaque fois, sans que j’aie fait pourtant l’effort d’aller creuser plus loin :

 

Quand on parle du rôle des arbres et notamment de l’Amazonie « poumon vert de la planète », on a une fâcheuse tendance à confondre flux et stock et à oublier que la plus grande partie de l’oxygène absorbé par les arbres retourne ensuite à l’atmosphère quand ceux-ci une fois morts pourrissent. Pour que les arbres jouent un rôle dans le taux de CO2, il faut qu’ils soient stockés sous forme de bois (meubles par exemple) ou au fond d’un marais, qu’ils se transforment en tourbe ou en charbon. Or à mon avis, on produit largement moins de stocks de matières carbonées qu’on en détruit avec la consommation de charbon et de pétrole. Cette remarque ne remet pas en cause l’idée d’augmentation du CO2 (au contraire) mais elle me fait douter du sérieux de ce que je lis.

 

La deuxième idée concerne le rôle des vaches dans la production du méthane. J’ai lu quelque part que le méthane produit 20 fois plus d’effet de serre que le CO2, ce qui justifie l’intérêt qu’on y porte. Et je lis, sans plus d’explication, que les vaches produisent du méthane, ce qui me laisse rêveur. D’abord parce que la présence de nombreux grands herbivores sur notre planète ne date pas d’hier. Donc que s’il y a émission là, il doit y avoir destruction ailleurs, sino on aurait maintenant un taux élevé (encore une histoire de flux et de stock). Ensuite parce que si les vaches ne transformaient pas le foin en méthane, j’ai le sentiment que cette transformation se ferait malgré tout : c’est bien ce qui se passe sur un tas de fumier. Et les feux follets au dessus des marais correspondent bien à la décomposition des plantes produisant du méthane. Il est vrai que là non plus je n’ai pas été cherché plus loin.

 

Et que je reste sur l’idée que les systèmes climatiques sont extrêmement complexes et qu’il est difficile d’y faire des prévisions (il y a même à la Villette une cascade dont le seul but est de montrer que des systèmes à données multiples peuvent rapidement devenir imprévisible parce qu’il y a trop de données à calculer)

 

Enfin, ce qui n’a rien à voir, deux choses m’agacent sur le sujet, parce qu’elle me donnent le sentiment qu’on me prend pour un imbécile:

 

D’abord le sentiment que certains arguments sont du type (je caricature à peine) « puisque Busch est contre, cela prouve que c’est vrai »

 

Ensuite le souvenir, pas si lointain (30 ans à peine) d’une campagne mondiale menée au nom de la préservation de l’environnement, contre les produits chlorés qui attaquaient la couche d’ozone. Si on ne faisait rien, la planète allait refroidir, et évidemment, là encore, on le voyait déjà.. Alors, c’est vrai, quand on m’alerte sur le refroidissement de la planète et quelques années plus tard sur son réchauffement (même si cela peut être vrai dans les deux cas), cela fait naître en moi un certain scepticisme !

 

Mais que Matthieu se rassure. Je n’ai pas l’intention de me faire l’apôtre des thèses de C Allègre (encore une fois, c’est la valorisation de la notion de  doute qui m’a intéressé). Ni de prôner de continuer à dépenser follement nos maintenant maigres réserves d’hydrocarbures. Et je pense qu’il faut absolument intensifier les recherches sur les changements climatiques et la manière dont cela se passe. Mais il est vrai que dans le domaine des économies d’énergies, j’ai tendance à penser que la montée des prix fera plus que tous les discours écologiques. On le voit d’ailleurs déjà. Je viens de lire que la consommation mondiale d’hydrocarbures n’aura augmenté que de 1%  en 2006 malgré une croissance de près de 5%.. C’est pour cette raison que je suis favorable à de fortes taxes sur les produits pétroliers.

 

Je peux même dire à mes lecteurs : sur le désordre climatique, si vous voulez des renseignements, ce n’est pas chez moi, je n’y connais rien !

 

Bon, je sens qu’il va falloir que je me décide un jour ou l’autre à regarder de plus près ce sujet !

 

Publié dans International

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Commenter cet article

JérÎme 06/11/2006 12:15

En ce qui concerne le méthane, il y a effectivement à la fois production et destruction.  Mais si l\\\'on augmente la production, on déplace l\\\'équilibre et le stock de méthane dans l\\\'atmosphère augmente.Par ailleurs, le système digestif des vaches et les tas de fumiers produisent du méthane car la décomposition des végétaux a lieu dans un milieu pauvre en oxygène.  Dans un milieu plus riche en oxygène, comme par exemple à la surface du sol, le carbone est plutôt libéré sous forme de CO2.(Voir .)

Matthieu 03/11/2006 01:23

je crois surtout que vous êtes manipulés par vos préjugés. Allez, tentons le coup : je vous paie une bière virtuelle si vous trouvez une, ne serait-ce qu'une association écologique qui, s'exprimant sur le sujet du rechauffement climatique, qui ne dise pas que la priorité est de réduire la consommation, avant de chercher d'autres sources d'énergie moins polluantes. J'accepte tout format pour votre réponse, sauf les citations hors-contexte.Pour que j'en arrive à défendre les associations écolos, franchement...

Jacques Heurtault 02/11/2006 19:40

Moi, j'ai la désagréable impression d'être manipulé par la mouvance écologiste. Je comprends bien que la Terre n'a évidemment pas les moyens de supporter le rythme de consommation que les pays occidentaux lui inflige. Je comprends bien que les énergies fossiles ne sont pas inépuisables . Alors, pouquoi ne nous dit-on pas qu'il faut réduire notre consommation? C'est là que je me sens manipulé.

Matthieu 02/11/2006 18:25

C'est étonnant que vous n'ayez pas réussi à poster de commentaires chez moi, d'autant que le système (fenetre popup) est le même qu'ici (plus exactement, le même que chez ceteris paribus, qui est sur Blogger aussi et qui m'a indiqué comment faire). J'espere que c'était juste une mauvaise manip.pour répondre de façon globale à votre commentaire, je dirai que si vous voulez critiquer les articles scientifiques en France, ce n'est pas moi qui vous en empêcherais.  Mais la confusion qu'ils entretiennent par leurs imprécisions n'est pas le reflet de la communauté scientifique.je voudrais juste revenir sur votre argument de la couche d'ozone : le problème n'était pas le refroidissement, mais les rayonnements nocifs. Le phénomène était, d'ailleurs, en cours d'étude (pas assez de données) : un situation comparable à la réflexion sur le global warming il y a vingt ans. Des actions efficaces ont été prises (interdictions des CFC dans les aérosols ou dans les mousses de polyurethane). Il faut dire que c'était moins douloureux que la réduction du CO2 !

EL 02/11/2006 12:31

Vous pouvez commencer par là : http://illconsidered.blogspot.com/2006/02/how-to-talk-to-global-warming-sceptic.html
Beaucoup de réponses intéressantes aux questions (légitimes) que vous pourriez vous poser. Et surtout les références qui vont avec.
Bien cordialement,
EL