Croissance zéro

Publié le par verel

Le Monde titrait en première page du numéro daté du 11 novembre : « la croissance en France a été nulle au troisième trimestre ». Le mercredi suivant il complète, toujours en première page : la reprise économique se confirme en Europe sauf en France. Et en page 2, l’éditorial à pour titre « La France décroche ».

Et on passe à autre chose les jours suivants, comme dans le reste des médias. Pourtant si l’événement est juste il devrait susciter une véritable remise en cause, un débat d’envergure au Parlement, une enquête à l’égal de ce qui s’est fait sur Outreau. Il est vrai que la plupart des hommes (et femmes !) politiques n’y entendent que pouic à l’économie.

Qu’en est il exactement ? La croissance de la France au 3ème trimestre est de zéro, l’Italie a fait 0.3%, l’Allemagne 0.6%, l’Espagne 0.9%, la zone euro 0.5%et l’UE 0.6%.

Quand on fait cette comparaison, il faut avoir en tête deux choses

1)      La croissance de la France et celle de l’Europe évoluent en parallèle. Comme la France, l’Europe a eu une période de forte croissance entre 1997 et 2001 (qui suivait la mauvaise conjoncture précédente) et comme la France, l’Europe a vu sa croissance se ralentir fortement avec l’éclatement de la bulle Internet puis le 11 septembre. Evidemment, le lien est dans l’autre sens, on devrait dire, la France comme l’Europe

2)      Sur ces périodes la croissance de la France a été régulièrement supérieure à celle de l’Allemagne, mais aussi à celle de la zone (affectée il est vrai par les résultats de l’Allemagne qui pèse pour un poids important). Si on cumule les croissances annuelles de 1997 à 2004, on trouve 11.2% pour l’Allemagne, 17.7% pour la zone euro, 18.7% pour l’UE à 15 et 19.2% pour la France. Ce sont ces comparaisons qui ont vantées par les gouvernants successifs de notre pays. Au-delà du poids de l’Allemagne, il faut les nuancer par l’impact de notre démographie, plus favorable que celle de nos voisins. Si on fait les mêmes calculs en prenant cette fois le PIB par habitant, on trouve en croissance cumulée entre 1997 et 2004, 10.9% pour l’Allemagne, 15.4% pour l’UE à 15 et 15.3% pour la France (Eurostat ne donne pas la zone euro sur cet indicateur). Ce n’est pas la France qui contrebalance les mauvais résultats allemands au sein de l’UE mais d’autres pays.

 

Donc la comparaison joue cette fois ci en notre défaveur. Mais peut on juger sur un seul trimestre ?

Souvenons nous, au 2ème trimestre, c’est la France qui était en tête avec 1.2% contre 0.9% en Allemagne, comme la zone euro, l’UE à 15 ou à 25. Et si on regarde plus en arrière, on découvre qu’au premier trimestre 2005 la France avait déjà fait 0% quand l’Allemagne était à 0.3%, la zone euro et l’UE à 0.4%. Un seul trimestre fausse donc les données.

Alors ajoutons deux trimestres successifs et regardons l’évolution du total trimestre par trimestre.

 

 

04 T1

04 T2

04 T3

04 T4

05 T1

05 T2

05 T3

05 T4

06 T1

06 T2

06 T3

France

0.9

1.2

0.8

0.7

0.7

0.1

0.7

1.0

0.7

1.6

1.2

Allemagne

1.0

0.3

-0.2

-0.1

0.6

0.9

0.8

0.8

1.0

1.6

1.5

Zone euro

1.2

1

0.5

0.4

0.6

0.8

1.0

1.0

1.2

1.7

1.4

UE à 15

1.3

1.1

0.7

0.6

0.7

0.8

1.0

1.0

1.1

1.6

1.4

 

En 2004, la France se situait parfois en dessous, parfois au dessus de ses partenaires, et globalement plutôt au dessus, en particulier vis-à-vis de l’Allemagne. Depuis le deuxième trimestre 2005, et pour la 6ème fois consécutive, la France se situe en dessous, parfois à égalité, mais jamais au dessus de l’Allemagne ou des deux ensembles auquel elle appartient. Sur 2 ans, la croissance cumulée est de 3. % en France, 3.9% en Allemagne, 4.2% dans la zone euro et au sein de l’UE à 15.

Au total, on a un écart moins spectaculaire que le résultat trimestriel mais qui n’en est pas moins préoccupant par son caractère durable sur la période : 0.15% par trimestre en faveur de l’Allemagne, et 0.2% par trimestre en faveur de la zone euro ou de l’UE à 15. Et n’oublions pas le poids important des trois malades que sont l’Allemagne (en train de guérir), la France et l’Italie dans la zone : les autres pays marchent beaucoup, beaucoup mieux.

Alors, la France décroche ? Pas encore, mais elle commence à se laisser distancer par ses voisins. Si on regarde aussi les taux de chômage ou l’évolution de la dette, on a le sentiment que l’Europe a commencé depuis plusieurs années à sortir de la longue période de langueur qu’elle a connue depuis 1974, que l’Allemagne à son tour est en train de rejoindre le reste du peloton. La France ne suit pas le mouvement, et parait de plus en plus isolée en Europe. Il reste l’Italie qui est aussi à la traîne (elle n’a fait que 2% depuis début 2005) et où Prodi essaie de mettre en œuvre des réformes.

La question de la croissance devrait, comme celle de la dette, être au cœur de la campagne électorale.

Publié dans Economie

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gargaillou 24/11/2006 22:12

Le problème majeur de la politique économique de nos gouvernements, et plus particulièrement du gouvernement actuel, mais plus généralement de tous qu\\\'ils soient de droite ou de gauche d\\\'ailleurs depuis plus de 20 ans, est d\\\'encourager la consommation plutôt que l\\\'investissement. Nos politiciens croient qu\\\'en stimulant la consommation a) les électeurs seront contents (ayant l\\\'impression en dépensant, de vivre mieux) b) la croissance du PIB viendra toute seule, et c) cela réduira le chômage.Un des moyens utilisés est de stimuler l\\\'endettement des ménages. Ce qui marche très fort actuellement grâce à des taux d\\\'intérêt à long et moyen terme encore historiquement très bas (remercions la BCE). Mais on arrive à certaines limites notamment dans l\\\'immobilier, à cause de la hausse des prix (qui n\\\'est pas prise en compte pour mesurer l\\\'inflation).Un autre moyen est d\\\'augmenter le SMIC...On aboutit malheureusement à ce que la consommation s\\\'oriente de plus en plus vers des produits importés de pays où l\\\'investissement lui est massif et génère des gains de productivité importants. Pensez par exemple à tous les produits électroniques sur lesquels tout le monde se rue. Il en résulte un déficit de la balance commerciale que l\\\'on constate cette année et qui risque fort d\\\'empirer si on continue d\\\'encourager la consommation. Le déficit commercial (surtout quand il est dû à une consommation excessive et non à l\\\'importation de biens d\\\'équipement qui pourraient permettre d\\\'améliorer la compétitivité de l\\\'économie française) vient empiéter d\\\'autant le PIB et cette spirale n\\\'est pas prête de s\\\'arrêterUne saine politique serait de freiner la consommation et d\\\'encourager les investissements. On remarquera que c\\\'est ce qui a été fait pendant les 30 glorieuses et a conduit à des taux de croissance >3% pendant plusieurs décennies. Bien sûr, il y avait un rattrapage à assurer mais pas seulement. Mais quel homme politique osera le dire ? L\\\'important d\\\'ailleurs n\\\'est pas de le dire mais de le faire.Prenons quelques exemples de freins à l\\\'investiissement :a) l\\\'ISF qui incitent  entrepreneurs  ayant fait fortune (quelle horreur !) en vendant leur société à aller investir en Belgique ou ailleurs, au lieu de réinvestir en France. C\\\'est là une perte sur au moins 2 tableaux : les moyens d\\\'investir et le dynamisme entrepreneurial de ces personnes expérimentées, Ex. rappelez-vous le créateur d\\\'iBazar qui a vendu à E-Bay il y a environ 5 ans ? Il est parti en Belgique créer foto.com qui est maintenant le leader européen de l\\\'impression des photos numériques en ligne.b) l\\\'assurance-vie, produit défiscalisé par excellence et moyen d\\\'épargne favori des français est en grande partie investie en obligations d\\\'état qui servent à financer le déficit (improductif) et non le développement des entreprises. c) à contrario, l\\\'on se refuse à créer des fonds de pension qui pourraient être investis dans les entreprises françaises (et qui, en passant, en stabiliseraient l\\\'actionnariat). Par contre, nos chers politiciens et M. Chirac le premier, souhaitent favoriser l\\\'actionnariat salarié, ce qui est un non sens en termes de diversification des investissements et des risques, cumulant le risque de la fiche de paye avec celui de l\\\'épargne, associés ainsi tous les 2 au sort de la même entreprise. On comprend qu\\\'ils n\\\'aient guère de succès.d) l\\\'investissement des particuliers dans l\\\'immobilier (totalement improductif) est encouragé par de multiples moyens fiscaux au lieu de diriger les mêmes sommes vers un investissement dans les entreprises, créateur de richesses et d\\\'emplois ! Dans la même ligne les plus-values immobilières sont détaxées après 15 ans alors que la détaxation des plus-values mobilières est quasi inexistantes. Notez qu\\\'à l\\\'opposé, beaucoup d\\\'entreprises considèrent que l\\\'immobilier est une mauvaise utilisation de leurs fonds propres, louent leurs locaux au lieu de les posséder et consacrent leurs ressources à développer leur activité.Regardons ce qui se passe en Chine : toute l\\\'économie est orientée vers l\\\'investissement, la construction de nouvelles capacités de production, l\\\'amélioration de la productivité, le développement des exportations, les importations étant bridées. La résultante est la baisse du chomage et la croissance du niveau de vie. Ce n\\\'est pas la croissance du niveau de vie via celle de la consommation qui conduit à son développement économique.La conclusion est que la politique en faveur de la consommation est une pure folie qui ne peut mener qu\\\'au déclin. Il faut réorienter tous les efforts vers les investissements permettant à nos entreprises de devenir plus compétitives, d\\\'emporter des parts des marchés, de faire croître leurs ventes d\\\'une manière profitable et alors seulement de créer des emplois.

verel 21/11/2006 08:35

Au professeur CouillonL'impact économique des mesures gouvernementales, sauf situations exceptionnelles, n'est pas immédiat. On considère par exemple qu'il faut 18 mois pour qu'une évolution des taux d'intérêt à court terme se répercute complétement. L'effet de la baisse massive des taux d'intérêt européens vers 95/96 sur les prix des logements puis sur le rythme de la construction a d'ailleurs été beaucoup plus longJe crains, comme Georges l'indique, que ce soit le sous investissement et la croissance potentielle de notre pays qui soiten cause. Il s'agirait alors du résultats des politiques menées depuis 10 ans. Au moins.

Professeur Couillon 21/11/2006 02:11

2005, ça ne correspond pas, à peu près, à l'arrivée de Dominique de Villepin à Matignon ? Mais les choses ne sont pas aussi simples, n'est-ce pas ? Villepin n'est pas seul responsable de la dégradation de la situation : le gouvernement précédent y a sa part. Bien que n'étant pas économiste, et  pas très compétent dans ce domaine,  je pense en effet que cette question de l'évolution de la croissance dans le temps et en comparaison avec la croissance de la zone euro mérite d'être prise en compte dans la campagne. C'est toujours un peu technique, un peu ennuyeux pour le commun des mortels, mais chacun est capable de comprendre qu'une économie saine est nécessaire, si on veut prendre efficacement des mesures sociales, entre autres.

george 18/11/2006 12:54

Merci de faire revenir à la surface cette problématique de la croissance replacée dans son évolution temporelle. Comme vous j\\\'ai lu la presse qui pour avoir relayé l\\\'information s\\\'est en revanche bien passé d\\\'en faire une analyse quelconque (cet éditorial du Monde était à ce titre franchement d\\\'une nullité absolue)Même si comme vous l\\\'indiquez on ne peut se prononcer sur un trimestre, il apparaît assez clair à la lecture des chiffres que vous présentez que le beau discours du gouvernement depuis 2004 tombe relativement à plat depuis 2005. La réponse médiatique de Villepin et des candidats est elle-même nulle et repose comme toujours sur la seule question monétaire et la designation d\\\'un bouc-emissaire inusable, l\\\'UE, selon une formulation toujours stéréotypée :1. Un pilotage du change par le politique : oui bonne idée mais la BCE le fait par défaut (et de manière mécanique) parce que le Conseil dans sa formation d\\\'Eurogroupe semble incapable de l\\\'assumer ;2. Que la BCE n\\\'ait pas pour seul objectif la modération de l\\\'inflation mais aussi la croissance et l\\\'emploi. Mais comme vous le rappelez (hors cas particulier de l\\\'Italie), la zone euro connaît une croissance relativement solide dans son ensemble.3. Ne parlons pas de l\\\'inepsie, dans le cas d\\\'un choc symétrique, du taux de change sur les exportations françaises...Mais pourquoi toujours se garder de pointer les causes du retard de croissance de la France partiellement caché par le dynamisme de la demande domestique et agir en conséquence ? Certes le politique est le champ du langage performatif mais quand même ! 1. L\\\'énorme retard d\\\'investissement d\\\'un nombre important de PME qui les rend très peu compétitives au sein de leur principal marché, l\\\'UE. 2. Mais plus fondamentalement que la croissance potentielle de la France est insuffisante pour lui permettre de conserver sa place européenne voire internationale (puisque que c\\\'est l\\\'objectif ambitieux de notre gouvernement).Mais soyons heureux, notre gouvernement, après presque 5 ans d\\\'activité, vient de créer par un beau partenariait public-privé, France investissement, pour contrer la tendance ! Hourra !Alors oui ça suppose pour le second point de parler des sujet que vous évoquez et qui fachent (réduction des dépenses publiques dans un contexte de concurrence fiscale assez vive en Europe et faire des choix, des réformes sur le marché du travail  : ouvrir certaines professions cloisonnées qui n\\\'en ont pas besoin - parlons de fluidification pour les fonctionnaires en attendant une ouverture un jour - ; améliorer et ouvrir au plus grand nombre la formation professionnelle ; se lancer dans une vraie politique d\\\'indemnisation du chômage contre une véritable recherche d\\\'emploi pilotée; rallonger significativement l\\\'âge de la retraite...;  sans parler de réformes de la sécurité sociale qui passent sur le volet financement par un relèvement des cotisations si l\\\'on veut conserver ce système majoritairement corporatiste dont nous sommes fiers)Mais ces remèdes à la pelle sont connus - même si on peut en débattre - mais aucun homme politique ne souhaite les aborder. Pourtant comme l\\\'écrit Juppé dans son dernier bouquin (non lu, citation glânée dans le Monde des livres) les modalités de la réforme sont connues : "ne pas tout faire en même temps, préparer le terrain, laisser mûrir le débat, provoquer la prise de conscience, garantir ce qui peut l\\\'être dans les "acquis", commencer par le maillon le moins coriace, apporter des contreparties, trouver des alliés, expérimenter avant de généraliser..."Puissiez-vous être entendus et que la discussion politique soit lancée et abordé sur un angle de responsabilité sur ces sujets !