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Samedi 18 novembre 2006

Le Monde titrait en première page du numéro daté du 11 novembre : « la croissance en France a été nulle au troisième trimestre ». Le mercredi suivant il complète, toujours en première page : la reprise économique se confirme en Europe sauf en France. Et en page 2, l’éditorial à pour titre « La France décroche ».

Et on passe à autre chose les jours suivants, comme dans le reste des médias. Pourtant si l’événement est juste il devrait susciter une véritable remise en cause, un débat d’envergure au Parlement, une enquête à l’égal de ce qui s’est fait sur Outreau. Il est vrai que la plupart des hommes (et femmes !) politiques n’y entendent que pouic à l’économie.

Qu’en est il exactement ? La croissance de la France au 3ème trimestre est de zéro, l’Italie a fait 0.3%, l’Allemagne 0.6%, l’Espagne 0.9%, la zone euro 0.5%et l’UE 0.6%.

Quand on fait cette comparaison, il faut avoir en tête deux choses

1)      La croissance de la France et celle de l’Europe évoluent en parallèle. Comme la France, l’Europe a eu une période de forte croissance entre 1997 et 2001 (qui suivait la mauvaise conjoncture précédente) et comme la France, l’Europe a vu sa croissance se ralentir fortement avec l’éclatement de la bulle Internet puis le 11 septembre. Evidemment, le lien est dans l’autre sens, on devrait dire, la France comme l’Europe

2)      Sur ces périodes la croissance de la France a été régulièrement supérieure à celle de l’Allemagne, mais aussi à celle de la zone (affectée il est vrai par les résultats de l’Allemagne qui pèse pour un poids important). Si on cumule les croissances annuelles de 1997 à 2004, on trouve 11.2% pour l’Allemagne, 17.7% pour la zone euro, 18.7% pour l’UE à 15 et 19.2% pour la France. Ce sont ces comparaisons qui ont vantées par les gouvernants successifs de notre pays. Au-delà du poids de l’Allemagne, il faut les nuancer par l’impact de notre démographie, plus favorable que celle de nos voisins. Si on fait les mêmes calculs en prenant cette fois le PIB par habitant, on trouve en croissance cumulée entre 1997 et 2004, 10.9% pour l’Allemagne, 15.4% pour l’UE à 15 et 15.3% pour la France (Eurostat ne donne pas la zone euro sur cet indicateur). Ce n’est pas la France qui contrebalance les mauvais résultats allemands au sein de l’UE mais d’autres pays.

 

Donc la comparaison joue cette fois ci en notre défaveur. Mais peut on juger sur un seul trimestre ?

Souvenons nous, au 2ème trimestre, c’est la France qui était en tête avec 1.2% contre 0.9% en Allemagne, comme la zone euro, l’UE à 15 ou à 25. Et si on regarde plus en arrière, on découvre qu’au premier trimestre 2005 la France avait déjà fait 0% quand l’Allemagne était à 0.3%, la zone euro et l’UE à 0.4%. Un seul trimestre fausse donc les données.

Alors ajoutons deux trimestres successifs et regardons l’évolution du total trimestre par trimestre.

 

 

04 T1

04 T2

04 T3

04 T4

05 T1

05 T2

05 T3

05 T4

06 T1

06 T2

06 T3

France

0.9

1.2

0.8

0.7

0.7

0.1

0.7

1.0

0.7

1.6

1.2

Allemagne

1.0

0.3

-0.2

-0.1

0.6

0.9

0.8

0.8

1.0

1.6

1.5

Zone euro

1.2

1

0.5

0.4

0.6

0.8

1.0

1.0

1.2

1.7

1.4

UE à 15

1.3

1.1

0.7

0.6

0.7

0.8

1.0

1.0

1.1

1.6

1.4

 

En 2004, la France se situait parfois en dessous, parfois au dessus de ses partenaires, et globalement plutôt au dessus, en particulier vis-à-vis de l’Allemagne. Depuis le deuxième trimestre 2005, et pour la 6ème fois consécutive, la France se situe en dessous, parfois à égalité, mais jamais au dessus de l’Allemagne ou des deux ensembles auquel elle appartient. Sur 2 ans, la croissance cumulée est de 3. % en France, 3.9% en Allemagne, 4.2% dans la zone euro et au sein de l’UE à 15.

Au total, on a un écart moins spectaculaire que le résultat trimestriel mais qui n’en est pas moins préoccupant par son caractère durable sur la période : 0.15% par trimestre en faveur de l’Allemagne, et 0.2% par trimestre en faveur de la zone euro ou de l’UE à 15. Et n’oublions pas le poids important des trois malades que sont l’Allemagne (en train de guérir), la France et l’Italie dans la zone : les autres pays marchent beaucoup, beaucoup mieux.

Alors, la France décroche ? Pas encore, mais elle commence à se laisser distancer par ses voisins. Si on regarde aussi les taux de chômage ou l’évolution de la dette, on a le sentiment que l’Europe a commencé depuis plusieurs années à sortir de la longue période de langueur qu’elle a connue depuis 1974, que l’Allemagne à son tour est en train de rejoindre le reste du peloton. La France ne suit pas le mouvement, et parait de plus en plus isolée en Europe. Il reste l’Italie qui est aussi à la traîne (elle n’a fait que 2% depuis début 2005) et où Prodi essaie de mettre en œuvre des réformes.

La question de la croissance devrait, comme celle de la dette, être au cœur de la campagne électorale.

par verel publié dans : Economie
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