Note scolaire

Publié le par verel

La loi Fillon sur l’école du 23 avril 2005 a prévu l’instauration d’une note de vie scolaire et sa prise en considération pour le BEPC en fin de 3ème. Gilles de Robien a cru bon de généraliser cette note à toutes les classes de collège en janvier 2006. Cette note, fixée par le chef d’établissement sur proposition du professeur principal qui consulte au préalable l’équipe éducative, suscite l’opposition grandissante de nombreux enseignants et représentants des parents d’élèves. Certains proposent de mettre 20 à tout le monde, d’autres à chaque élève sa moyenne dans les autres matières. Le Monde  du 23 novembre cite une principale syndiquée qui estime qu’un tiers des établissements souhaitent jouer le jeu, un tiers le font à contrecoeur et un tiers s’y refusent totalement. Les professeurs que j’ai interrogé dans ma famille ont tous observé que la mesure est très discutée, sans avoir eux même d’avis tranché.

La note  sanctionne l’absentéisme ou les manquements au règlement intérieur et valorise à contrario la participation aux activités extrascolaires ou l’engagement. Les critères sont laissés à l’appréciation des collèges, pour tenir compte de la diversité des situations.

Le ministère qui a fait des compétences sociales et civiques un des éléments fondamentaux du socle éducatif, estime que cette note participe au développement du civisme. Eric Debarbieux, directeur de l’observatoire de la violence craint au contraire que cette mesure soit contreproductive, en accélérant le rejet par certains de l’institution.

Tout cela me parait encore une fois un procès en sorcellerie, tel qu’on aime en faire dans notre pays. Est il possible de réfléchir un peu sereinement sur ce sujet ?

Ce débat m’a rappelé un magnifique reportage passé il y a maintenant quelques années, qui montrait la vie d’un collège de St Denis, repris en main par une principale remarquable. L’amour qu’elle portait aux jeunes qui lui étaient confiés était manifeste, mais c’est surtout ses qualités de management qui étaient remarquables. Sa pratique était pourtant simple à exposer (mais certainement plus complexe à mettre en pratique) : ne pas laisser passer un comportement inadapté (pour les professeurs) ou contraire à ce qu’on leur demande (pour les élèves) mais toujours, une fois avoir exprimé le reproche, montrer la possibilité d’adopter un comportement plus satisfaisant et offrir l’aide de l’institution pour y arriver.

Dans une telle pratique, la note scolaire peut être, à un moment donné un outil utile. Dans ces conditions, il peut être intéressant que le ministère en donne la possibilité. Par contre, le rendre obligatoire est un non sens. D’autant plus que l’efficacité de ce genre de mesure dépend essentiellement de la manière dont elle est utilisée. En l’occurrence des capacités de management des principaux. On me permettra de douter que 100% d’entre eux ont les compétences pour utiliser dans le bon sens la note scolaire. A t’on pris les moyens d’information et de formation des principaux pour mettre en place cette note ?

Il y a d’ailleurs une incohérence dans la position du ministère qui laisse les collèges libre de la manière dont ils évaluent la note mais rend obligatoire la mesure.

On se demande surtout pourquoi Gilles de Robien a tenu à élargir cette mesure à toutes les classes, aussi vite ?

Quand acceptera t’on de faire des expérimentations, de prendre le temps d’en tirer les enseignements et de prendre ensuite les moyens de la généralisation (autre que des notes de service bien entendu !)

Les politiques semblent encore croire qu’il suffit d’une loi pour atteindre ses objectifs. Il y a pourtant plus de quarante ans que Michel Crozier a montré qu’on ne change pas la société par décret.

Publié dans Organisation de l'Etat

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Charles ANDRE 04/12/2006 16:13

Tu as mille fois raison de souligner encore la stupidité d'un système (ou, plutôt, d'esprits dépassés) qui veut que l'expérimentation ou, même, la singularité, soient suspects.Quelle stupidité que cette révision constit. du 28 mars 2003, qui, créant l'intéressant "nouveau" droit à l'expérimentation, le vidait de son sens, pour les collectivités locales, en ne permettant à aucune expérimentation d'être conservée si elle n'est pas généralisée à l'ensemble du territoire. Egalitarisme, quand tu nous tiens...

wolfy 04/12/2006 14:56

Encore un cran dans la déresponsabilisation des parents!

Prosper 04/12/2006 13:40

Encore une note! j'ai l'impression que la plupart des élèves qui seront "mal" notés sont ceux qui justement sont déjà en échec scolaire. Une sanction supplémentaire...