Taux d'intérêt , croissance et dette

Publié le par verel

            La BCE a donc augmenté d’un quart de point les taux dont elle a la maîtrise, c’est à dire les taux à court terme. A travers cette hausse, la sixième depuis décembre 2005 (les taux étaient alors à 2%), elle cherche à lutter contre un risque d’inflation (ce qui est sa mission officielle) et à contribuer à ce que les taux à long terme restent le plus bas possible (ce qui est sa manière de contribuer à la croissance à long terme).

Les risques d’inflation ont d’abord une cause exogène à l’économie européenne : il s’agit de la hausse des prix du pétrole. C’est cette origine qui explique que, bien que l’inflation se soit maintenue au-delà da la limite de 2% (maximum théoriquement toléré par la BCE) durant l’année 2005 (la BCE prévoir 2.2% en 2006), la Banque a augmenté ses taux de manière modérée, sans atteindre pour l’instant les 4.75% affichés début 2001. Le risque, pour son conseil d’administration, est que les causes endogènes prennent le relais. La hausse des taux enregistrée depuis un an n’a pas empêché les crédits au secteur privé d’augmenter vigoureusement. En ce qui concerne les prêts aux entreprises non financières, le rythme de croissance annuel est de 12%, au plus haut depuis le début des années 90.

            Une façon d’interpréter les propos de Mr Trichet et les décisions de la BCE, consiste à dire que le taux de croissance européen (anticipé à 2.7% en 2006, 2.2% en 2007 et 2.3% en 2008) est au dessus de son potentiel à long terme qui serait de 2%. Diminuer légèrement cette croissance est un bon moyen de l’empêcher de se heurter à des manques de ressources (en capacités de production et en qualifications) et donc de la prolonger. C’est ce genre de politique qui a permis aux USA et à la Grande Bretagne de connaître une période sans récession particulièrement longue.

            Par ailleurs, comme le fait remarquer Econoclaste, l’augmentation des taux à court terme est le remède efficace contre l’inflation, ce qui devrait amener ceux qui pestent contre la vie chère à l’approuver. C’est donc le moyen d’éviter l’augmentation des taux à long terme qui serait une très mauvaise nouvelle pour la gestion de la dette publique, comme l’a signalé le rapport Pébereau.

            Cependant, ce constat est particulièrement inquiétant pour la France, dont le taux de croissance est assez nettement plus faible que celui de ses voisins, alors que sa démographie demande quelques dixièmes de points de croissance du plus que ses voisins pour que le PIB par habitant évolue au même rythme :

  • D’abord parce que cela signifierait que le taux de croissance à long terme de notre pays serait compris entre 1 et 1.5%. On notera que les programmes de l’UMP et du PS reposent sur des hypothèses de croissance de 2.5% par an au moins pendant la prochaine législature
  • Ensuite parce que nous nous retrouvons très légèrement en dessous du déficit public maximal autorisé par le traité de Maastricht (3% du PIB). Nous n’avons pas su profiter de la période de croissance au dessus de la moyenne pour nous replacer en situation plus favorable (voire même pour dégager un excédent comme l’a fait l’Espagne par exemple).

Il est vrai que beaucoup de nos compatriotes seraient surpris d’apprendre que l’Europe vit actuellement une période économique favorable !

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le gargaillou 16/12/2006 18:49

La BCE ne prend pas seulement en considération l'inflation des prix des biens et services mais aussi l'inflation des prix des actifs et notamment de l'immobilier qui a augmenté au rythme de 5-10% par an ces derniers temps. Et c'est probablement ce facteur qui prédomine actuellement dans sa prise de décision.On notera qu'avec une inflation attendue de 2% en 2007 en zone euro, un taux monétaire de 3,5% laisse un taux d'intérêt réel de 1,5%, qui reste historiquement bas et conserve une effet stimulant pour l'économie.Pour prolonger l'argument de Verel concernant le manque de progrès de productivité, d'efforts d'innovation et de R&D, il est un problème absolument crucial auquel lequel nos acteurs politiques ont toujours refusé de s'atteler, et notamment le Premier Ministre tout récemment, ce sont les délais de paiement pratiqués entre entreprises. Les PME qui nous sont présentées comme le potentiel d'où viendra la croissance, ne peuvent investir et sont souvent mises en difficulté (ou même en redressement judiciaire) par les délais de paiement de 90 à 120 jours pratiqués a) par l'Etat et les collectivités, b) par les grands groupes tels que Thalès, Airbus, PSA et Renault. Elles sont prises en tenaille entre ces grands clients et des groupes comme Arcelor qui leur imposent des délais de paiement de 60 jours ou moins. Elles s'épuisent à financer leur trésorerie en empruntant au lieu d'utiliser leur capacité d'emprunt pour investir en productivité ou en R&D ou utilisent leurs faibles bénéfices pour alimenter leur fonds de roulement. Il faut noter qu'en Europe du Nord et en Allemagne, les délais de paiement sont de 30 à 45 jours pour tout le monde. En fait, en France, les PME jouent le rôle de banquier de l\\\'Etat, des collectivités et des grands groupes sans en tirer aucun profit puisque ces longs délais de paiement ne donnent lieu au versement d'aucun intérêt. Un rôle que pourraient jouer nos grands groupes bancaires qui en ont assuremment les moyens mais pas l'envie car ce n'est guère profitable.

Verel 14/12/2006 19:49

La BCE n'a aucun pouvoir sur le potentiel de croissance à long terme, qu'elle ne peut que constater. Par contre, par son action, elle peut permettre que ce potentiel se réalise. Ce qui bride la croissance à long terme en France, c'est entre autres le fait que les acteurs politiques et syndicaux du public agissent de fait ensemble pour empêcher les progrès de productivité dans ce secteur, et que la recherche développement est insuffisamment financée et insuffisamment orientée vers sa traduction en  innovations, pour de nouveaux produits et de la productivitéL'organisation du marché du travail fonctionne par ailleurs comme un frein à la mise en oeuvre du potentiel de croissance à long termeTout cela ne dépend pas de la BCE

Malakine 14/12/2006 17:33

Mais alors, si tu dis qu'on peut viser 3% pourquoi tu approuves la décision de la BCE d'augmenter les taux d'intérêts pour préserver la croissance, puisqu'on est loin d'y être ?
Si on ne se fixe comme objectif que 2% de croissance, je ne vois pas comment on arriverra à faire face à la dette, aux retraites, au dépenses de vieillissement, à l'augmentation continue des dépenses de santé, à l'investissement nécessaire dans l'économie de la connaissance et à la lutte contre l'effet de serre ...

Verel 14/12/2006 07:07

Hors économies en phase de rattrapage, il est illusoire d'espérer une croissance à long terme de 5% ou plus. Mais on peut viser 3%Le fait que l'UE ne soit qu'à 2 est mauvais signe, mêm si sa démographie est un élément d'explication. Il faut dire qu'il y a des pays moins bien lotis, en particulier les 3 grosses économies que sont la France, l'Allemagne et l'Italie (cela signifie que beaucoup d'(autres sont au dessus des 2% en question)L'allemagne commence à sortir de la difficle période causée par l'arrivée de l'Est, Prodi va agir chez luiMais nous, moins de 1.5% de croissance à long terme, cela signifie que les facteurs d'immobilisme prennent le pas sur les facteurs de dynamisme!

Malakine 14/12/2006 00:16

Oui effectivement c'est assez surprenant de lire que l'économie européenne est dans une période économique favorable, mais encore plus de lire qu'une croissance de 2% c'est déjà un signe de surchauffe contre lequel il faut lutter en remontant les taux d'intérêt.
Soit je ne comprends rien aux questions monétaires, soit y a vraiment quelque chose dans l'ordre économique qui cloche !