Baisse du chômage en 2006

Publié le par verel

Le gouvernement se félicite des résultats concernant le chômage et affiche avec satisfaction une baisse de 10% sur un an des demandeurs d’emploi, chiffrés à 2 112 300 à fin novembre. Ces chiffres sont contestés par certains qui pointent l’existence d’autant (et même un peu plus) de chômeurs « invisibles » et parlent de manipulations statistiques. Qu’en est il exactement?

Le chiffre habituellement utilisé ne recouvre qu’une partie de la réalité du chômage. C’est d’ailleurs pour cela que les statistiques officielles comprennent plusieurs chiffres. En effet, le nombre de demandeurs d’emploi dont on parle généralement, ne tient pas compte des travailleurs à temps partiel ou des chômeurs ayant travaillé plus de 78 heures, comme il ne tient pas compte des personnes de plus de 57 ans dispensées de recherche d’emploi, ni d’autres catégories. Au total, toutes catégories confondues, il y a 4,4 millions de personnes qui sont comptabilisées et dont tout ce qu’on peut dire est que leur situation vis-à-vis de l’emploi n’est pas satisfaisante, tant les situations recouvertes sont différentes. C’est en raison de ces difficultés que l’INSEE et la DARES suivent 7 catégories de personnes. Cependant, « le » chiffre légitime n’existe pas. Parmi les chômeurs dispensés de recherche d’emploi du fait de leur âge, il en est qui voudraient absolument travailler et d’autres qui sont bien heureux de cette situation, sans compter toutes les situations intermédiaires. Aucune statistique ne fait apparaître des femmes ou des rmistes qui ont renoncé à trouver du travail et qui pourtant, reviennent sur le marché du travail quand la situation de celui-ci s’améliore nettement, comme on a pu le voir à la fin des années 90. Aucune statistique n’évalue le nombre d’étudiants qui ont poursuivi ou repris leurs études faute de trouver un emploi.

C’est aussi pour cela qu’avec Eurostat, l’ensemble des pays de l’UE suivent un autre indicateur, le taux d’activité des personnes en âge de travailler, c’est-à-dire ayant entre 15 et 64 ans. Là , il n’est plus possible de tricher avec des pré retraites ou des dispenses de recherche d’emploi pour handicap ou tout autres raisons. On trouvera ici une comparaison des résultats avec nos voisins, sur les deux critères du taux de chômage de catégorie 1 et du taux d’activité (1) On notera ici que ceux qui pointent l’existence de chômeurs « invisibles » en France, d’handicapés dispensés de recherche d’emploi au Royaume Uni ou de tout autre moyen de diminuer les chiffres du chômage en France ou ailleurs, se gardent généralement d’utiliser cet indicateur qui leur permettrait pourtant de mieux évaluer la réalité du chômage au Royaume Uni par exemple.  Il y a à cela sans doute deux raisons: la première est que ce chiffre, parce qu’il prend la tranche 15 / 64v ans comme référence de l’âge où on peut travailler, remet en cause l’idée que la retraite normale est à 60 ans. La seconde est que cet indicateur montre, comme le taux de chômage, les mauvais résultats de notre pays. Il faudrait admettre qu’il y a des leçons à tirer de ce que font la Suède ou le Royaume Uni, le Danemark ou les Pays Bas¼

Le chômage a effectivement baissé depuis un an. Comme le fait remarquer Jean Louis Borloo, dans la mesure où il n’existe pas de système parfait, l’important est de ne pas en changer en permanence. Le taux de chômage retenu par le Bureau International du Travail (ce qui constitue de fait de référence sérieuse) est calculé de la même façon depuis 1995. Et cet instrument de mesure donne bien le résultat annoncé. Les chiffres reprenant l’ensemble des catégories 1 à ont également baissé de 9,2 % sur la même période. Cependant, un regard sur une période plus longue, par exemple depuis le début du quinquennat, montre que cette baisse succède à une augmentation préalable ! Il est vrai que le niveau actuel est plus faible que celui observé à l’été 2002. On retrouve les bons résultats atteints en 2001, avant le retournement de conjoncture mondial. Ceux qui s’insurgent contre les licenciements boursiers observeront que la Bourse vient également de retrouver le haut niveau qu’elle avait perdu depuis le krach de 2001…

Cette baisse est pour beaucoup le résultat du traitement social du chômage. Le plan de cohésion sociale s’est notamment traduit depuis le début de l’année par 80 000 emplois aidés dans le privé et 357 000 dans le public soit un total de 450 000. Sans ces emplois aidés, le chômage n’aurait pas baissé mais probablement augmenté. Les chiffres donnés par la DARES montrent que l’emploi dans le secteur concurrentiel  a augmenté d’environ 160 000 entre septembre 2005 et septembre 2006 malgré la baisse de l’emploi industriel (- 80 000) et grâce en partie au boom de la construction (+60 000). A la fin des années 90, notre pays avait connu une nette baisse du chômage grâce à de nombreuses créations d’emplois privés non aidés. Il est vrai qu’à l’époque, la croissance se baladait autour de 4% quand elle peine à passer 2% aujourd’hui. Le décrochage de la France avec ses voisins européens dans le domaine de la croissance depuis 2005 se paye cher. Par exemple, l’Allemagne prévoit une augmentation de 0,5% de l’emploi industriel en 2007. La montée en puissance des emplois aidés permet à la France de plus progresser que ses voisins sur un an.

Villepin avait fait de la baisse de l’emploi sa priorité absolue. Les faits semblent lui donner raison. Il est piquant de constater que cette réussite est due à un traitement social que son prédécesseur à Matignon avait cru pouvoir délaisser. Les cinq ans de cette deuxième présidence Chirac n’auront pas vu un décollage de l’emploi privé non aidé, celui-ci n’ayant progressé que de 1% entre juin 2002 et septembre 2006, soit moins que la population.. Ce ne sera pas le moindre de ses échecs.

1 : La période sur laquelle est calculée ce taux faisant 50 ans (de 15 à 64 ans), on peut calculer une durée moyenne théorique d’activité (celle qu’aurait chacun si le taux d’activité était stable sur longue période et si tout le monde était dans la même situation. On trouve environ 31,5 ans en France et 38 ans en Suède.

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Adam S. 04/01/2007 11:27

Vous avez tout a fait raison.  Les deux chiffres importants sont le taux d'activité et le nombre de chomeurs indemnisés.  Il faut remarquer que les pays corporatistes ont le taux d'activite le plus bas car leur systeme est fondé sur l'exclusion au benefice de categories definies, généralement les hommes de 25 a 55 ans.  Il s'agit aussi d'un systeme soit couteux, soit desesperant soit les deux dont il est tres difficile de sortir.  Il faut noter aussi que le bénéfice de la retraite a 60 ans est loin d'etre acquis pour tous et le sera de facto de moins en moins.