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Mardi 16 janvier 2007

L’augmentation du nombre de retraités lié à l’allongement de la durée de la vie et à l’arrivée du Papy Boom, pose un redoutable problème de financement. Plutôt que de baisser le niveau des pensions ou de charger encore les actifs par de lourdes cotisations, la solution du report de l’âge de la retraite est préconisée un peu partout et a même fait l’objet d’un objectif au sein de l’Union Européenne, adopté à l’époque par le gouvernement Jospin : amener à 50% le taux d’activité dans la tranche des 55/64 ans.

Le rapport sur les métiers en 2015 s’interroge assez longuement sur le résultat qu’on peut attendre dans ce domaine d’ici 2015. Il constate au préalable que pour diverses raisons (pré retraite, inactivité pour raisons de santé, dispense de recherche d’emploi…), une bonne partie de ceux qui font valoir leurs droits à la retraite ont arrêté leur activité depuis un certain temps. Il considère donc qu’il vaut mieux s’appuyer sur l’age réel de fin de carrière (le dernier moment où on a travaillé que sur le moment où on fait valoir ses droits à la retraite : à ce moment en effet, on bascule des actifs qui financent les non actifs du coté de ces derniers. Et il apporte à la réflexion la courbe représentative de l’évolution de l’âge moyen de fin de carrière depuis 1993. Mais avant d’examiner cette courbe, imaginons ce que pourraient prévoir différentes personnes :

Le représentant du gouvernement rappellera la loi Balladur, qui a augmenté progressivement (à raison de 1 trimestre par an) la durée nécessaire de cotisations dans le secteur privé, pour passer de 37.5 ans en 1993 à 40 ans en 2003. A cette loi s’est ajouté celle de 2003 (loi Fillon) qui aligne en 5 ans le régime du public sur celui du privé. Toutes c »es mesures avaient comme objectif de repousser les départs : il faut remercier le législateur courageux pour cette action efficace. Le représentant du gouvernement s’en va ensuite sans attendre le résultat : il n’est pas d’usage en politique d’évaluer le résultat des lois votées.

Le journaliste de service rappelle les nombreux arcticles que lui et ses confrères ont écrits pour prédire une pénurie de main d’œuvre des 2005 en raison du choc démographique : il n’est pas douteux que ce choc ait entraîné dès avant 2005 une augmentation du travail des seniors et donc un prolongement de l’âge de fin de carrière après des années de stagnation !

L’économiste fera l’hypothèse que la croissance joue un rôle important dans ce domaine. Ses études sur le terrain lui ont permis de constater qu’en cas de plan social il y a un consensus entre les patrons, les syndicats et les intéressés pour faire partir les seniors le pls tôt possible. On peut donc s’attendre à une baisse de l’âge moyen des départs dans les périodes difficiles (1993/1997 et 2001/ 2003.

Qu’en est il exactement ? On trouvera cette courbe en page 22 du rapport.

Premier constat : l’age moyen est un peu en dessous de 58.7 ans en 1993, il est légèrement au dessus de cet âge 12 ans après, comme s’il ne s’était rien passé entre-temps, que la durée de cotisation n’avait pas augmenté de 2.5 ans pour presque tous !

Deuxième constat : cette stagnation entre les extrêmes de la période cache des fluctuations d’environ 3 mois, avec un point haut en 1995(à 58.9 mois) un point bas en 1998 (à un peu moins de 58.5 mois) et un nouveau point haut en 2002 toujours à 58.9 mois, avant une nouvelle baisse.

Tout ce se passe comme si les lois n’avaient eu aucun effet, et que les effets de la plus ou moins forte croissance se faisaient sentir avec un décalage d’environ 1 à 2 ans.

Quand au « choc démographique » supposé, il n’a semble t’il pas conduit à la pénurie de cadres attendue, si on en croie les jeunes stagiaires à bac + 5 !

par verel publié dans : Social
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Dimanche 14 janvier 2007

La DARES et le Centre d’analyse stratégique (qui a succédé au Commissariat au Plan) viennent de publier le rapport du groupe « prospective et qualifications » sur les métiers en 2015. Ce rapport fait suite au rapport Seibel qui faisait la même réflexion il y a 5 ans, mais à l’horizon 2010. Ce rapport est extrêmement riche et mérite une analyse fine. Je me contenterais pour l’instant de quelques observations majeures.

Le rapport Seibel faisait l’hypothèse d’une croissance de 2.9% par an dans son scénario moyen et de 2.4% dans une variante basse. La conséquence en était une prévision de taux de chômage à 6.7% en 2005 (8.4% dans la variante basse) qui s’est révélée très optimiste.

Le nouveau rapport est donc plus prudent, dans ses hypothèses, avec le choix d’une croissance de 2% et un emploi assez systématique du conditionnel dans la synthèse présentée au début du rapport. Il prévoit la création nette de 1.5 million d’emploi contre 2.8 million dans le rapport Seibel.  Il semble à la lecture qu’il y a eu débat au sein du groupe (ce qui est plutôt une bonne chose) et que les idées ont évolué avec le temps. Le rapport contient page 34 un encadré, intitulé « stabilisation de la population active, vieillissement et chômage : les apports de la littérature, » texte qui émet l’idée que la baisse de la population active, non seulement ne résout pas le chômage mais pourrait même l’augmenter. Ce texte est très conforme à la tribune que j’ai écrite avec Alexandre Delaigue, publiée par Le Monde le 10 novembre.

Autre satisfaction personnelle, les prévisions de départ des professeurs dans les 10 ans ne reprennent pas les fantasmes de départ de 50% des fonctionnaires dans les 10 ans. La proportion est de l’ordre de 30%.

S’il y incertitude sur les volumes globaux de création d’emploi, qui dépendront de la croissance réelle, les prévisions par métier sont en fait plus sûres. On comprendra en effet qu’une erreur de 3% sur le volume futur d’emploi est assez marginale sur l’évolution d’un emploi prévue en croissance de 30% ou en décroissance du même taux : les tendances fortes demeurent. Il faudra comparer ces tendances avec celles du rapport précèdent mais il ne semble pas à première vue y avoir de changement majeur. On a toujours une augmentation des métiers de cadres et de service à la personne et une diminution forte des métiers d’ouvriers non qualifiés.

La principale nouveauté est la mise en évidence de la grande différence d’évolution suivant les sexes. En effet, la plupart des familles professionnelles qui verront de fortes créations d’ »emploi sont peu mixtes. C’est le cas notamment des familles qui viennent en 1er , 4ème, 8ème et 9ème place, qui comptent respectivement  99, 91, 98 et 87 % de femmes, quand le  2ème, le 7ème et le 10ème en comptent respectivement 20, 11 et 23%.

Quand on croise ces constat avec les niveaux de qualification, on s’aperçoit que les deux métiers en développement les plus féminins (à 98% et 99%) sont des métiers peu qualifiés : assistantes maternelles, aides à domicile et employés de maison. Alors que les filles ont un taux de réussite au bac nettement supérieur à celui des garçons ! Le rapport Seibel montrait que le nombre d’emplois non qualifiés disponibles serait plus faible que celui des jeunes qui sortent sans qualification de l’Education Nationale, on découvre maintenant que ces emplois seront surtout féminins. Les garçons non qualifiés auront donc très peu de propositions d’emploi alors qu’on risque d’avoir de grandes difficultés de recrutement dans les métiers non qualifiés « féminins » ou des déqualifications de la part de certaines femmes. Le rapport explore les pistes de mobilité et d’évolution de la mixité. Ce sujet est évidemment à creuser !

A l’autre bout de l’échelle des qualifications, l’augmentation du nombre de cadres pourrait profiter aux femmes qui ne sont que 20% de cette catégorie. Mais la stagnation du nombre d’employés qualifiés pourrait désavantager les femmes de qualification intermédiaire.
par verel publié dans : Social
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Vendredi 12 janvier 2007

            Les commentaires à mon article précédent demandant une réponse assez longue, j’ai préféré en faire un article

            Prosper fait remarquer que la saturation dans certaines zones en tension conduisent à construire plus loin du centre, mais qu’il faut du coup prévoir les équipements collectifs (écoles transports etc.

            En réalité, quand l’espace arrive à saturation, on peut soit construire plus haut, soit aller plus loin. Dans le cas de la région parisienne, la hauteur est généralement limitée à 7 niveaux dans les immeubles haussmanniens. Des tours nettement plus élevées ont été construites, en particulier dans certaines zones du 13ème et du 19ème. Ce mouvement s’est arrêté depuis et on construit de nouveau sur 7 niveaux, en particulier dans les zones en voie de « boboisation » le long du canal St Martin et du bassin de la Villette. Ces hauteurs dépendant du Plan d’Occupation des Sols (P.O.S.) qui a été révisé en début de mandat par Delanoë, lequel n’a pu convaincre ses alliés Verts de prévoir des zones au-delà de 7 niveaux, sous prétexte de l’existence de logements vacants. La population de Paris est d’environ 2 millions d’habitants, contre 2.8 millions dans les années 50, avant la construction des tours dont je parle plus haut, du fait notamment de l’agrandissement des surfaces de logement.

            Au-delà du périphérique se pose effectivement la question des équipements collectifs. La création des villes nouvelles dans les années 60 était une façon de penser l’urbanisme de la région parisienne, mais elle ne semble pas avoir été au bout. Le choix de la maison individuelle et de la voiture a « mité » le territoire disponible, renvoyant les nouveaux habitants de plus en plus loin. D’après le SDRIF en cours d’élaboration, la moitié des 40 000 logements construits en moyenne chaque année depuis 15 ans le sont en zone rurale. Le nouveau projet prévoit de garder cette même proportion. Est-ce raisonnable ? D’après ce rapport(p 29), 45% des habitants et 25% des emplois ne seraient pas desservis par une voie ferrée. Econoclaste nous explique qu’éloigner les personnes du transport en commun et plafonner la construction au centre ne peut qu’y faire exploser les prix.

            Ce même schéma propose d’étudier la construction dune ligne souterraine express transversale, une espèce de super périphérique Val de Fontenay / Arcueil / St Cloud / La Défense/ St Denis. L’idée, séduisante, permet de répondre aux besoins de déplacement banlieue à banlieue sans passer par Paris. L’horizon est cependant très éloigné.

            Frédéric LN s’interroge sur la pertinence des 3 ans pour séparer vacance frictionnelle et vacance hors marché. Il est évident qu’un bien obsolète, vacant depuis plus de 3 ans, a d’abordé été vacant 6 mois, puis 1 ans, puis 2 ans ! De la même manière, on peut imaginer un bien vacant pendant 4 ans pour cause de travaux ou d’attente de succession et remis récemment sur le marché. La manière de compter est donc approximative, mais la marge d’erreur est à mon avis suffisamment faible pour qu’on raisonne avec les chiffres obtenus.

             Les durées de 6 mois  à 1 an pour l’écoulement d’un bien lui paraissent aberrantes en terme d’efficacité collective. Je veux bien le croire, mais j’ai moi-même quitté successivement deux logements que j’ai vendus avec ces délais, en acceptant à chaque fois la première offre qui m’a été faite. N’oublions pas qu’il n’y pas un marché mais des milliers, suivant la région, la taille du logement, ses caractéristiques à tout point de vue. Si le logement n’est pas d’un type courant, le volume du marché dans un lieu donné peut aboutir à des variations importantes de durée autour de la moyenne. Mais au final, la durée d’écoulement révèle l’état d’un marché : elle diffère nettement selon les régions et les périodes.

             Pour ce qui est des raisons de rétention personnelles (succession), elles sont peut être regrettables mais je ne parlerais pas à leur propos de dysfonctionnement du marché ! Mais je ne comprends pas bien ce qu’il appelle régulation du marché. Je l’invite  à ce propos à lire l’article d’Alexandre Delaigue sur le sujet !

            Pour ce qui concerne les logements HLM, je me propose de revenir sur le sujet dans un autre article

            Polluxe de son coté s’interroge sur les propos de Besancenot concernant les logements vides appartenant à des banques. On ne voit pas l’intérêt que celles-ci auraient à les laisser vacants, sauf les raisons de tout un chacun (vacance frictionnelle ou travaux). Mais il est plus simple d’accuser le grand capital ! J’ai lu dans le Monde il y a quelques semaines, que la dernière réquisition il y a quelques années a permis de trouver ….1 immeuble !

par verel publié dans : Social
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Jeudi 4 janvier 2007

Il n’a pas fallu longtemps à certains des juristes de lieu commun, qui en compte de fameux, pour nous expliquer ce qu’est un droit opposable et ce que peut donner son application au droit. Moi qui ne suis pas juriste, j’en ai retenu qu’ils n’étaient guère contents de cette initiative présidentielle, mais j’invite ceux qui veulent savoir pourquoi à aller les lire !

            Koz, Versac et Polluxe font une analyse plus politique sur la manière dont les politiques traitent dans la précipitation et l’ardeur médiatique les sujets du moment. Ils ne sont pas plus satisfaits de notre Jacques Chirac national !

On retiendra dans l’analyse d’Eolas le fait que le Parlement a longuement réfléchi à la situation il n’y a guère que six mois, et pris alors un certain nombre de dispositions que notre Maître juge utiles, regrettant que le gouvernement ne défende pas son action

            Frédéric LN prend au contraire la défense de l’idée en soulignant que le jeu du marché ne permet pas de respecter le droit au logement et en estimant que les pouvoirs publics ont un rôle important à jouer dans ce domaine. Quand à Optimum, il nous explique pourquoi les efforts du législateur pour aller contre le marché sont contreproductifs. Et Frédéric Rolin a poursuivi sa réflexion!

 Alors, regardons donc le marché pour voir ce qui s’y passe !

D’abord, il s’y construit des logements, collectifs ou individuels, sociaux ou non. Le rythme de construction, qui avait atteint 500 000 logements par an dans les années 70 s’est ensuite fortement ralenti jusqu’au milieu des années 90 pour fortement augmenter dans les années 2000. Le rythme continue à augmenter nettement en 2006 et le fera encore en 2007 si on en juge par les dépôts de permis de construire.

 

Logements mis en chantier (en milliers)

1980

1985

1990

1995

2000

2005

Individuels

265

196

155

140

195

229

Collectifs

154

116

146

138

112

181

Total

419

312

301

278

307

410

 

Y a-t-il trop ou pas assez de logements ? Comme on le verra plus loin et le constatent tous les jours ceux qui en cherchent un, il n’y en a pas assez. A Frédéric LN qui nous explique qu’après 60 ans sans guerre, le parc qui n’a cessé d’augmenter devrait suffire, je répondrais par une petite histoire de famille.

Après son mariage en 1950, celle qui allait devenir ma belle mère a suivi son mari qui faisait des chantiers comme ouvrier électricien dans le sud de la France. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvé quelques années plus tard, logeant avec son mari et deux enfants en bas âge dans une pièce de 20 m2 avec l’eau froide au lavabo (je précise en passant que cela ne l’empêchait pas d’être heureuse !). Plus de 30 ans plus tard, son mari a hérité d’une vieille maison de famille, dont le locataire avait quitté les lieux, grande mais en très mauvais état. Il a tout refait (il était très bricoleur..) et aujourd’hui sa veuve se retrouve seule dans une maison où il y a 11 lits. Je ne pense pas que Frédéric propose qu’elle retourne dans son logement d’il y a 50 ans, mais cette histoire montre comment on utilise plus de m2 par habitant qu’après la guerre !

La baisse de la construction de logements dans les années 80 et 90, malgré les efforts successifs du législateur (loi Besson et De Robien), s’explique par les conditions économiques : rien ne poussait à construire. Le rendement de l’investissement immobilier était nettement plus faible que le rendement obligataire ou celui des actions. Le niveau des taux d’intérêt était tel qu’il décourageait tout emprunteur potentiel.

Sur ce point, encore un exemple familial : les deux frères aînés de ma femme ont commencé à travailler au milieu des années 70 comme professeurs. Ils ont acheté leur logement aussitôt, en empruntant à un taux élevé mais très vite mangé par l’inflation. Dix ans plus tard, son plus jeune frère a fait la même carrière mais n’a pu imaginer d’emprunter dans les années 80 alors que les taux étaient toujours élevés mais pas l’inflation. Il est donc resté dans son logement HLM jusqu’au début des années 2000 où les faibles taux lui ont enfin permis d’accéder à la propriété.

Donc à partir du milieu des années 90, sous le double effet de la baisse très importante des taux d’intérêt et du manque de logement, les prix se mettent à monter. Comme le note cette étude, de 1998 à 2005, «  la hausse cumulée des prix est de 65 % pour les maisons neuves et de 46 % pour les appartements (graphique 2). Dans le même temps le prix des maisons anciennes a augmenté de 95 % et celui des appartements anciens de 109 %. ».     L’ancien ayant progressé plus vite que le neuf, il devient de nouveau rentable de construire, et c’est ce qui se passe comme on l’a vu. Bien sûr, une augmentation de 50% des constructions dans un secteur qui n’embauchait pratiquement plus depuis 5 ans ne se fait pas si facilement : des tensions apparaissent sur le marché du travail qui font monter les salaires, la faiblesse de la concurrence fait monter des prix frappés par ailleurs par l’évolution du coût mondial des matières comme l’acier ou l’énergie. Alors qu’ils avaient grimpé moins vite que la moyenne des autres prix (donc baissé en francs constants), les prix de la construction rattrapent leur retard depuis 10 ans, comme le montre le tableau suivant :

 

 

70

75

80

85

90

95

2000

2005

Prix

18.6

28.5

46.8

73.9

86.1

96.1

100

1105

Construction

20.3

31.86

52.54

76.27

86.7

93.3

100

117.2

Ratio

1.09

1.12

1.12

1.03

1.01

0.97

1

1.06

 

            Qu’à cela ne tienne, les Français dépensent de plus en plus pour acheter leur logement : en 12 ans, les dépenses d’achat dans l’ancien sont multipliées par 3 ! Mais au-delà du choix de certains, c’est pour l’ensemble des ménages que les dépenses de logement augmentent, avec les difficultés qu’on imagine pour les foyers les plus modestes !

            Ceux là se retournent vers le logement social. Contrairement au parc général, dans lequel l’effort de construction depuis 60 ans a en partie était absorbé par le remplacement des immeubles d’avant guerre, le parc de logement social a essentiellement été construit après la guerre avec un effort particulièrement important dans les années 1956 à 1978 (le passage de l’aide à la pierre- prêt à 1% aux organismes HLM- à l’aide personnalisée - allocation logement - vers 1973 a joué un rôle dans la baisse de la construction qui a suivi). De moins de 20 000 logements construits par an jusqu’en 1953, on passe à 80 000 vers 1956 et on, frôlera les 140 000 en 1971. On revient à 60 000 par an à partir de la fin des années 70. Le niveau se situe actuellement autour de 35 000 par an, auquel  il faut ajouter des achats (15 000 environ), enlever les ventes (7 000) et les démolitions ou transformations (10 à 12 000). Le parc, supérieur à 4 millions de logements, augmente ainsi suffisamment pour que le nombre de logements sociaux par habitants soit en croissance (lente il est vrai !). C’est en Ile de France que la proportion est la plus forte, avec 104 logements sociaux pour 1000 habitants et plus du quart du parc national. On notera cependant que le parc social subit le même phénomène que le parc général : il s’y trouve de plus en plus de vieilles personnes, souvent seules, qui occupent l’appartement qu’elles ont obtenu il y a 30, 40 ou 50 ans pour loger avec leurs enfants. Et ces personnes ne veulent surtout pas bouger et abandonner le cadre de vie auquel elles sont habituées. L’effort de construction n’est dans ces conditions sans doute pas suffisant.

            Mais, me dira t’on, n’y a-t-il pas de nombreux logements vacants ? Bien sûr : plus de 1,8 millions ! Une étude récente en fait une analyse détaillée qu’on pourra lire avec beaucoup d’intérêt mais dont on retiendra ici quelques idées clés :

            Le taux de vacance est actuellement d’un peu plus de 6%, le plus faible taux depuis le début des années 60, ce qui illustre les tensions actuelles sur le marché !

            La première raison de la vacance est tout simplement le temps de passage d’un occupant à un autre. C’est ce que les auteurs appellent la vacance frictionnelle. Il explique qu’il y ait environ 100 000 logements sociaux vacants, malgré les efforts des organismes pour réduire ce chiffre et les moyens professionnels dont ils disposent. Il y a aussi évidemment le temps nécessaire pour faire des travaux, le départ d’un locataire en étant soit l’occasion soit la cause (s’il y a eu des dégradations).

            Une partie du parc ne trouve tout simplement pas acquéreur, parce qu’il est dans une zone sans demande ou en trop mauvais état. Parmi le parc vacant (donc y compris celui qui est provisoirement libre quelques mois), on trouve 55% de logements construits avant guerre (contre un tiers sur l’ensemble), un quart d’une seule pièce et de moins de 35 m2 (contre 8% dans le total) et 23% de logement sans confort (contre 6%).

            La situation de l’Ile de France est évidemment particulière. Le taux de vacance y est en moyenne nettement plus faible que dans le reste du pays, mais Paris se distingue de sa petite et grande couronne, la mobilité donc la vacance frictionnelle y étant nettement plus élevée. La vacance avait légèrement augmenté dans les années 90. Elle est revenue à un niveau très bas depuis 2002.

            La construction en Ile de France pose un problème d’espace et de disponibilité de terrains constructibles. La seule solution durable consiste à augmenter le POS et la hauteur des immeubles, ce qu’à Paris les Verts ont refusé à Delanoé, sous prétexte de logements vacants…

            La question du logement n’est donc pas d’abord celle d’un droit opposable : il s’agit avant tout de continuer et d’augmenter l’effort de construction. La baisse des taux d’intérêt nous a bien aidé dans ce domaine, mais s’il manque comme le prétendent certains (c’est impossible à calculer) environ 1 million de logements, il faudrait encore continuer à un rythme supérieur à 400 000 (500 000 ?) pendant plusieurs années, et sans doute augmenter la construction de logements sociaux : passer de 35 000 à 50 ou 60 000 par an serait sans doute très utile !

            Evidemment, il n’est que de réfléchir au temps qui se passe entre la décision de construire puis le dépôt d’une demande de permis jusqu’à l’entrée du premier occupant dans ses murs pour comprendre que si les mesures votées en juillet sont de qualité, elles ne régleront pas le problème ce mois ci ! Et pourtant, c’est bien là qu’il faut agir (ce n’est pas cela le développement durable ?)

par verel publié dans : Social
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Mercredi 3 janvier 2007

Le gouvernement se félicite des résultats concernant le chômage et affiche avec satisfaction une baisse de 10% sur un an des demandeurs d’emploi, chiffrés à 2 112 300 à fin novembre. Ces chiffres sont contestés par certains qui pointent l’existence d’autant (et même un peu plus) de chômeurs « invisibles » et parlent de manipulations statistiques. Qu’en est il exactement?

Le chiffre habituellement utilisé ne recouvre qu’une partie de la réalité du chômage. C’est d’ailleurs pour cela que les statistiques officielles comprennent plusieurs chiffres. En effet, le nombre de demandeurs d’emploi dont on parle généralement, ne tient pas compte des travailleurs à temps partiel ou des chômeurs ayant travaillé plus de 78 heures, comme il ne tient pas compte des personnes de plus de 57 ans dispensées de recherche d’emploi, ni d’autres catégories. Au total, toutes catégories confondues, il y a 4,4 millions de personnes qui sont comptabilisées et dont tout ce qu’on peut dire est que leur situation vis-à-vis de l’emploi n’est pas satisfaisante, tant les situations recouvertes sont différentes. C’est en raison de ces difficultés que l’INSEE et la DARES suivent 7 catégories de personnes. Cependant, « le » chiffre légitime n’existe pas. Parmi les chômeurs dispensés de recherche d’emploi du fait de leur âge, il en est qui voudraient absolument travailler et d’autres qui sont bien heureux de cette situation, sans compter toutes les situations intermédiaires. Aucune statistique ne fait apparaître des femmes ou des rmistes qui ont renoncé à trouver du travail et qui pourtant, reviennent sur le marché du travail quand la situation de celui-ci s’améliore nettement, comme on a pu le voir à la fin des années 90. Aucune statistique n’évalue le nombre d’étudiants qui ont poursuivi ou repris leurs études faute de trouver un emploi.

C’est aussi pour cela qu’avec Eurostat, l’ensemble des pays de l’UE suivent un autre indicateur, le taux d’activité des personnes en âge de travailler, c’est-à-dire ayant entre 15 et 64 ans. Là , il n’est plus possible de tricher avec des pré retraites ou des dispenses de recherche d’emploi pour handicap ou tout autres raisons. On trouvera ici une comparaison des résultats avec nos voisins, sur les deux critères du taux de chômage de catégorie 1 et du taux d’activité (1) On notera ici que ceux qui pointent l’existence de chômeurs « invisibles » en France, d’handicapés dispensés de recherche d’emploi au Royaume Uni ou de tout autre moyen de diminuer les chiffres du chômage en France ou ailleurs, se gardent généralement d’utiliser cet indicateur qui leur permettrait pourtant de mieux évaluer la réalité du chômage au Royaume Uni par exemple.  Il y a à cela sans doute deux raisons: la première est que ce chiffre, parce qu’il prend la tranche 15 / 64v ans comme référence de l’âge où on peut travailler, remet en cause l’idée que la retraite normale est à 60 ans. La seconde est que cet indicateur montre, comme le taux de chômage, les mauvais résultats de notre pays. Il faudrait admettre qu’il y a des leçons à tirer de ce que font la Suède ou le Royaume Uni, le Danemark ou les Pays Bas¼

Le chômage a effectivement baissé depuis un an. Comme le fait remarquer Jean Louis Borloo, dans la mesure où il n’existe pas de système parfait, l’important est de ne pas en changer en permanence. Le taux de chômage retenu par le Bureau International du Travail (ce qui constitue de fait de référence sérieuse) est calculé de la même façon depuis 1995. Et cet instrument de mesure donne bien le résultat annoncé. Les chiffres reprenant l’ensemble des catégories 1 à ont également baissé de 9,2 % sur la même période. Cependant, un regard sur une période plus longue, par exemple depuis le début du quinquennat, montre que cette baisse succède à une augmentation préalable ! Il est vrai que le niveau actuel est plus faible que celui observé à l’été 2002. On retrouve les bons résultats atteints en 2001, avant le retournement de conjoncture mondial. Ceux qui s’insurgent contre les licenciements boursiers observeront que la Bourse vient également de retrouver le haut niveau qu’elle avait perdu depuis le krach de 2001…

Cette baisse est pour beaucoup le résultat du traitement social du chômage. Le plan de cohésion sociale s’est notamment traduit depuis le début de l’année par 80 000 emplois aidés dans le privé et 357 000 dans le public soit un total de 450 000. Sans ces emplois aidés, le chômage n’aurait pas baissé mais probablement augmenté. Les chiffres donnés par la DARES montrent que l’emploi dans le secteur concurrentiel  a augmenté d’environ 160 000 entre septembre 2005 et septembre 2006 malgré la baisse de l’emploi industriel (- 80 000) et grâce en partie au boom de la construction (+60 000). A la fin des années 90, notre pays avait connu une nette baisse du chômage grâce à de nombreuses créations d’emplois privés non aidés. Il est vrai qu’à l’époque, la croissance se baladait autour de 4% quand elle peine à passer 2% aujourd’hui. Le décrochage de la France avec ses voisins européens dans le domaine de la croissance depuis 2005 se paye cher. Par exemple, l’Allemagne prévoit une augmentation de 0,5% de l’emploi industriel en 2007. La montée en puissance des emplois aidés permet à la France de plus progresser que ses voisins sur un an.

Villepin avait fait de la baisse de l’emploi sa priorité absolue. Les faits semblent lui donner raison. Il est piquant de constater que cette réussite est due à un traitement social que son prédécesseur à Matignon avait cru pouvoir délaisser. Les cinq ans de cette deuxième présidence Chirac n’auront pas vu un décollage de l’emploi privé non aidé, celui-ci n’ayant progressé que de 1% entre juin 2002 et septembre 2006, soit moins que la population.. Ce ne sera pas le moindre de ses échecs.

1 : La période sur laquelle est calculée ce taux faisant 50 ans (de 15 à 64 ans), on peut calculer une durée moyenne théorique d’activité (celle qu’aurait chacun si le taux d’activité était stable sur longue période et si tout le monde était dans la même situation. On trouve environ 31,5 ans en France et 38 ans en Suède.

par verel publié dans : Social
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