Départs massifs
Je lis encore dans les commentaires d’un article (brillant !) sur le chômage, l’idée très à la mode que les départs en retraite massifs du papy boom vont réduire le chômage. Je vais essayer ci-dessous de lui tordre le cou !
Au préalable, quelques éléments de démographie.
En arrondissant les chiffres, on observe que le nombre de naissances en France était de 550 000 par an environ avant 1945 et qu’il est alors passé à 850 000, de manière à peu près stable jusqu’en 1975. Depuis, il n’est plus que de 750 000.
Si on raisonne sur la population des 20 60 ans, et si l’on ne tient pas compte des décès survenus entre temps (cette simplification outrancière ne change en fait pas grand-chose au raisonnement), on observe
Que , à partir de 1965, cette population a augmenté de 300 000 par an (850 000 – 550 000)
Qu’à partir de 1995 elle n’a plus grossi que de 200 000 par an (750 000 – 550 000)
Que depuis cette année elle diminue de 100 000 par an (750 000 – 850 000)
2005 voit donc dans cette population une vraie rupture, consécutive aux deux ruptures de 1945 et 1975 dans la natalité.
Ceux qui parlent de départs massifs font un raccourci en assimilant la population des 20/60 ans à la population active.
La première différence concerne les femmes, dont le taux d’activité ne cesse d’augmenter depuis 30 ans : en 1993, il était encore de 16 points inférieur à celui des hommes (51.5 contre 67.3 chez les 55/64 ans), l’écart n’étant plus que de 11.6 points en 2004.
La deuxième renvoie à l’âge de départ à la retraite. Il n’est en réalité pas de 60 ans. Si quelques uns partent beaucoup plus tard (n’est ce pas messieurs Chirac ou Poncelet ?), les deux tiers des actifs cessent leur activité avant 60 ans. L’impact des « départs massifs a commencé dès l’an 2000 !
La loi Fillon de 2003 a d’ailleurs profondément changé les règles en prolongeant de 2.5 ans d’ici 2008 la durée de cotisations des fonctionnaires(ce qui divise par 2 les départs pendant 5 ans) et en instaurant la règle dite des carrières longues, qui permet à ceux qui ont commencé à travailler entre 14 et 16 ans de partir en retraite à taux plein avant 60 ans (s’ils ont cotisé 160 trimestres). Environ 100 000 personnes par an ont profité de ce système mais le rythme va se ralentir.
Pour finir, il faut avoir en tête que l’essentiel de la population des 20/60 ans est composée de 30 classes d’âges de 850 000 personnes et de 10 classes de 750 000 personnes : c’est donc une population très régulière. Chaque année, environ 1/40ème de cette population va partir, soit 2.5% (seulement ! et on parle de disparition des compétences !!!).
En réalité, c’était la situation précédente qui présentait une anomalie, avec un pourcentage faible de travailleurs âgés : sans manipulation sur les retraites, c’étaient environ 1.6% de départ par an !
On passe de 1.6% à 2.5% !
L’impact supposé sur le chômage part du raisonnement que « toutes les choses sont égales par ailleurs », ce qui est évidemment faux : il n’y a qu’à voir comment les banques ont adapté leurs réductions d’effectifs au rythme de départs pour le comprendre. Ou d’écouter les discours sur le remplacement d’un fonctionnaire sur deux !
En réalité, le raisonnement s’appuie sur une idée très implantée dans notre pays : l’emploi serait une donnée stable. Il faut donc le partager (les 35 heurs) ou diminuer le nombre d’actifs (les préretraites ou l’expulsion des étrangers ou les congés parentaux)
Cette idée est évidemment complètement fausse sauf quand on est dans le très court terme (on sait par exemple l’effet de l’arrivée en septembre sur le marché du travail de ceux qui ont fini leurs études).
Pour s’en assurer, il suffit de regarder près de nous, le cas de l’Allemagne, qui a connu son baby boom environ une douzaine d’années avant nous, et qui a depuis 1975 un taux de natalité extrêmement bas : il y a 4 millions de chômeurs. A l’inverse, les USA dont la fécondité est restée élevée, a un chômage beaucoup plus faible. L’Irlande est dans le même cas, dont le taux d’activité ne cesse d’augmenter.Rappelons nous aussi la manière dont l'économie a absorbé en 1962 l'arrivée de 800 000 rapatriés d'Algérie...
Pour finir, encore quelques chiffres : la population des 20/60 ans diminue d’environ 100 000 unités par an. A ce rythme , il faut 25 ans pour supprimer le chômage.
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