Cet après midi, une de mes collègues m’a fait part de l’extrême émotion qu’elle ressent suite à l’affaire de ce jeune, victime d’une bande de barbares. Il se trouve qu’elle est juive et connaît bien le père d’Ilan Halimi. Très attachée aux valeurs républicaines et à la France, elle m’a dit avoir peur pour la première fois pour ses enfants et se demander si elle va pouvoir rester dans son pays ! Et elle craignait que cette histoire profite à l’extrême droite en 2007.
Quelques heures plus tard je croise Fatima, qui comme son prénom le fait supposer est d’origine maghrébine. Elle aussi était très émue de cette affaire : j’ai vu le portrait du jeune homme dans le journal, m’a-t-elle dit, il ressemble à mon propre fils qui a le même âge. Elle aussi se demandait si ses enfants pourraient rester dans ce pays.
Tant qu’il y aura des Fatima capables de se sentir solidaires des autres quels que soient leur couleur et leur religion, l’espoir de faire ensemble société sera là. Mais il faut bien reconnaître que la tendance dans notre pays est au repli sur soi, à la montée de l’inquiétude et à la peur de l’avenir. Quand les salariés du public et du privé ne se comprennent plus, quand monte le rejet de l’autre différent, quand le plombier polonais ou le manœuvre africain sont également rejetés, quand les discours de haine, qu’ils soient anti-arabes ou anti-patrons, qu’ils soient contre les fonctionnaires, les curés ou les francs maçons, recueillent de plus en plus d’oreilles attentives, quand les sondages donnent Le Pen au dessus de 20%, il y a vraiment de quoi s’inquiéter pour la démocratie. Nous ne pouvons attendre indifférent le soir du premier ou du deuxième tour des présidentielles pour prendre conscience de la montée des périls : c’est aujourd’hui que nous devons agir pour construire un avenir positif pour notre pays.