CV anonyme
La commission mixte paritaire a entériné une initiative du Sénat pour que « dans les entreprises de 50 salariés et plus, les informations communiquées par écrit par le candidat à l’emploi doivent être examinés dans des conditions préservant son anonymat » . Les modalités de cet article seront déterminées par un décret en conseil d’Etat.
On sait sans doute que la méthode du CV anonyme, proposée par à l’origine par un institut proche de Bébéar, est une réponse à la discrimination à l’embauche démontrée par une étude de la Sorbonne. Cette dernière montrait la forte discrimination subie, à compétences égales, par les seniors, les « minorités visibles », les handicapés ou les femmes.
Pour autant, ce nouveau texte légal m’énerve. Une fois de plus nos élus concoctent un texte dont bien des PME vont se demander comment l’appliquer (si les textes d’application paraissent un jour….). Et qui ne sera sans doute d’aucun intérêt. Le CV anonyme n’est en effet utile que s’il traduit une volonté de direction de ne pas faire de discrimination. Il est un message fort de cette direction auprès de l’ensemble des participants au processus de recrutement, responsables opérationnels ou de ressources humaines. Si cette volonté n’existe pas et quelle est imposée de l ‘extérieur, elle ne fera probablement rien bouger, le CV anonyme ne constituant qu’une étape du processus avant l’entretien notamment, comme chacun peut évidemment le comprendre. En fait, c’est bien le processus de remise en cause collective de ses pratiques par l’ensemble des intervenants au sein de l’entreprise qui est utile.
L’Etat s’immisce dans ce qui devrait être le domaine des partenaires sociaux. Le Monde explique d’ailleurs que le passage par le Conseil d’Etat a pour but de laisser le temps aux partenaires sociaux de définir cette pratique dans le cadre d’une négociation plus globale. On ne voit pas comment l’Etat pourra faire respecter cette loi. Peut être pourra t’elle être utilisée par les organisations syndicales ? Mais alors, laissons les négocier ! D’autant plus que l’initiative d’origine est d’origine patronale !
Depuis quand Michel Crozier, a-t-il expliqué que la société ne se change pas par décret ? Il y a seulement 40 ans ? Il est vrai qu’il faut du temps pour que ce genre de considérations arrive aux oreilles de nos « élites »
Pendant qu’ils sont occupés à ce donner bonne conscience, nos élus continuent à se désintéresser de ce qui devrait être le centre de leurs préoccupations : l’organisation et le fonctionnement des services de l’Etat et les moyens de les rendre plus performants pour réduire le déficit public.