Vers le plein emploi? 5
Le diagnostic : du coté de l’économie
1) La période de montée du chômage entre 1974 et 1985 a coïncidé avec une période de partage de la valeur ajoutée entre salariés et entreprises particulièrement défavorable à ces dernières. Cette situation a été la conséquence des deux chocs pétroliers puis des mesures prises en 181 : 1982 (5ème semaine de CP, 39 heures etc.). En 1984, la Régie Renault, alors encore nationalisée, a subi une perte de 10 milliards de francs. Le plan de rigueur Mauroy Delors a permis de redresser la situation.
2) Il a fallu plus de deux ans avant que le plan de rigueur se traduise par des créations nettes d’emploi dans le privé. Parce que la situation était gravement compromise. Mais aussi parce qu’en économie, les changements ne se font pas en 24 heures !
3) Attac a raison de faire remarquer que les salariés ont perdu 10 points dans le partage de la valeur ajoutée depuis 1983. Il ment par omission en ne signalant pas que cela a conduit à revenir aux valeurs traditionnelles avant 1973 et que le pic favorable en apparence aux salariés a fait plus de 1,5 millions de chômeurs
4) La période 89/97 a été marquée en Europe par les conséquences de la chute du mur et de la réunification de l’Allemagne. Je laisse aux spécialistes le soin d’apprécier si la politique macro économique a été optimale. Au bout de la période, le chômage s’était encore aggravé en France.
5) La France n’a pas su profiter de la période de croissance de la fin des années 1990 pour redresser ses finances. Elle a fait une politique économique pro cyclique à partir de l’idée de « cagnotte » que le rapport Pébereau qualifie d’incongrue. Elle s’est ainsi enlevée les moyens de relancer efficacement l’activité dans la période récente
6) Les taux d’intérêt sont restés longtemps élevés en Europe et en France, d’abord en raison de l’inflation, puis en contrepartie de la politique budgétaire de l’Allemagne réunifiée. L’impact sur les investissements n’a pu qu’être défavorable. L’évolution de la construction en est un exemple évident
7) Depuis 1996, la zone euro profite de taux d’intérêt particulièrement bas, inconnus en France depuis très longtemps. Cela a évidemment contribué à la croissance de la fin des années 90.
8) Les conséquences sont manifestes dans le domaine de l’immobilier : la baisse des taux a augmenter la capacité d’emprunt des acheteurs, ce qui a fait grimper les prix puis rendu rentable la construction neuve : le nombre de dépositions de permis de construire est au plus haut depuis 30 ans.
9) L’investissement a connu des périodes difficiles et ne s’est relancé que pendant les périodes de forte croissance de la fin des années 80 et 90. Eric Le Boucher alertait il y a quinze jours dans sa chronique hebdomadaire sur la baisse actuelle de l’investissement
10) L’industrie automobile illustre les efforts réalisés par les entreprises privées pour conserver leur compétitivité. Au début des années 80 on ne donnait pas cher des entreprises françaises de ce secteur, très mal en point, et menacées de surcroît par les japonais. Depuis, elles ont fait des efforts de productivité considérables (10% par an au moins pendant de nombreuses années) et renouvelé leurs produits. L’an dernier, Renault était champion du monde en formule 1 et Peugeot en rallye. Les résultats sont donc au rendez vous, du moins pour l’instant. Le gouvernement a même justifié les faibles résultats économiques du 4ème trimestre 2005 par les reports de production dans ce secteur !
11) Les gouvernements n’ont pas eu cette même attitude envers la productivité : non seulement celle-ci n’a pas été franchement recherchée dans les services de l’Etat, mais tout un discours s’est développée autour de l’idée d’une croissance plus riche en emploi, c'est-à-dire avec moins de progrès de productivité !
12) La sous productivité de l’Etat se traduit par des prélèvements obligatoires importants qui freinent les entreprises et n’empêchent même pas la dette de s’envoler
13) Les discours répétitifs sur les délocalisations et l’invasion des produits étrangers font oublier que l’ouverture de notre pays aux marchés extérieurs joue dans les deux sens : les exportations représentaient 15% du PIB en 1979 et 29% au 4ème trimestre 2005. Depuis 1994 leur montant a presque doublé à prix constants ! Il est vrai que dans le même temps celles de l’Allemagne ont triplés !
14) On a tendance a oublier en effet que si nous ne pouvons être compétitifs sur les prix avec les pays à bas salaires dans des secteurs peu techniques, nos concurrents sur les produits les plus évolués sont les autres pays développés. Et la concurrence se fait avec eux sur la qualité, les prix (donc la productivité) et l’innovation
15) La recherche développement n’est justement pas au rendez vous comme le souligne le rapport Pébereau : elle baisse en France (2.4% en 1993 et 2.1% en 2002) quand elle augmente chez nos voisins ou au Japon
16) La croissance moyenne n’a cessé de diminuer depuis 30 ans : Alors qu’elle dépassait encore les 5% dans les années 70, elle n’est plus en moyenne que de 3% depuis 25 ans. Elle est inférieure à 1,5% en moyenne depuis 4 ans
17) Au-delà des variations à court terme liées à la conjoncture, la capacité de croissance à long terme semble en effet limitée aujourd’hui à 2% environ
En résumé, au-delà des épisodes conjoncturels, la faiblesse de la croissance est devenue structurelle. Une logique malthusienne, s’écartant de la recherche de productivité et limitant les investissements et la recherche et développement s’est installée dans notre pays.