Retraites et justice sociale 3
Le système est il juste socialement et les réformes proposées par les uns ou par les autres le sont elles ? Après avoir détaillé certains mécanismes sous jacents aux différents régimes, je voudrais dans cette article aborder cette question sous deux angles : celui des mesures elles même et celui du positionnement des acteurs.
Sur la question des mesures, j’aborderais la question du choix de l’allongement de la durée, celle de la pénibilité et des carrière longues et enfin celle des régimes spéciaux
Sur les acteurs, j’évoquerais successivement les syndicats et les politiques
- L’augmentation de la proportion des plus de 60 ans est un fait inéluctable lié à l’augmentation de l’espérance de vie, de 3 mois par an environ depuis 1919 ( !). Le rythme de cette augmentation peut être affecté par la pyramide des âges (ralentissement jusqu’à présent, augmentation après 2005), la fécondité ou l’immigration, mais il ne s’agit que d’épiphénomènes qui ne changent pas la tendance de fond : ils décalent simplement dans un sens ou un autre le moment où telle proportion est atteinte.
- Face à cette augmentation (et quelque soit le mode de financement choisi) il n’y a que trois actions possibles : augmenter ce que payent les actifs, diminuer le montant de chaque pension ou diminuer le nombre de pensionné tout en augmentant le nombre d’actif par un allongement de la durée de cotisations (ou un décalage de l’âge de départ. Cette dernière mesure est à mon avis la plus juste, les jeunes retraités ayant pour la majorité d’entre eux largement les capacités de continuer à travailler. On rappellera ici que l’Angleterre et l’Allemagne sont en train de passer la retraite de 65 à 67 ans….
- Est il juste que le retraités aient un revenu égal à celui des actifs ? Non me semble t’il parce que d’une part il doit bien y avoir un avantage à ceux qui travaillent et d’autre par parce que les besoins ont plus faibles après 65 ans, quand on n’a plus d’enfants à charge, qu’on a dans plus de la moitié des cas payé son logement et qu’en plus on est en train d’hériter de ses propres parents ! En réalité, la loi Balladur, en indexant les pensions sur les prix et non sur les salaires a déjà mis en place la réduction du rapport pension / salaire
- La Loi Fillon a aligné la durée de cotisation des fonctionnaires sur celle du privé et établi le principe d’une augmentation de 2 mois par an de cette durée à partir de 2008. Cette mesure progressive permet de maintenir le ratio durée de retraite sur durée d’activité à ½ (20 ans de retraite en moyenne aujourd’hui versus 40 ans de cotisation). Mais cette mesure vient peut être trop tard : il est possible qu’il faille accélérer le mouvement. Il est vrai qu’il faudrait d’abord créer de l’emploi et embaucher des seniors !
- Les partenaires sociaux ont entamé une négociation sur la prise en compte de la pénibilité du travail pour les retraites. La question n’avance pas. Il est vrai quelle est particulièrement complexe : comment tenir compte de la diversité des éléments de la pénibilité (les ergonomes en identifient une bonne quinzaine), des métiers, des situations de travail et des parcours de carrière ? La majorité de ceux qui ont des métiers physiquement pénibles ont profité de la loi sur les carrières longues. Heureusement. Cet élément de la loi Fillon a été un facteur important de réduction d’inégalités flagrantes. Par ailleurs il existe des mécanismes pour traiter les personnes devenues physiquement inaptes. Il serait à mon avis sage de se contenter de cela. D’autant plus que les systèmes qui rémunèrent la pénibilité ont l’effet pervers de contribuer à retarder la mise en place de solution de suppression des situations de risques. Encourageons plutôt tout ce qui diminue la pénibilité.
- Comme je l’ai déjà dit dans mes articles précédent, il n’y a aucune raison de ne pas appliquer aux régimes spéciaux l‘augmentation de la durée de cotisations appliquée aux salariés du privé et du public par les lois Balladur et Fillon. Faut il aller plus loin et aligner leur âge de départ et leur durée de cotisations sur les autres ? Ou doit on accepter que les régimes ne soient pas identiques partout dans ce domaine, à l’image de la différence qui existe dans le calcul du montant des pensions entre le public et le privé. On peut légitimement souhaiter revenir à un régime vraiment universel, et il y aura sans doute de plus en plus de citoyens pour pousser en ce sens. Mon propos est autre : ce qui pose problème, c’est que certains de ses avantages acquis (d’autres diront privilèges) sont en fait financés par la collectivité. Quand EDF donne ce type d’avantages à ses salariés, c’est bien sûr un résultat de l’histoire, mais l’entreprise peut le financer car elle a atteint un haut niveau d’efficacité (confirmé par sa position exportatrice sur le marché européen), grâce en partie à son parc nucléaire. L’avantage que ses salariés en tirent n’est ni plus légitime ni moins que les hauts salaires et la participation élevée dont bénéficient les salariés de Total. On ne peut évidemment pas en dire autant par exemple de la Banque de France, deux fois moins efficace que les autres banques centrales. Allier avantages élevés et faible productivité, refus de faire progresser celle ci et revendications salariales permanentes, puis faire payer cette gabegie par le contribuable ou un usager otage c’est cela qui est scandaleux !
- Didier le Reste, leader de la CGT à la SNCF, est monté au front pour défendre le système dont bénéficient les cheminots. Il est dans son rôle en le faisant. Nous n’avons pas pour autant à le suivre quand il essaie de faire croire qu’en défendant les intérêts de ses mandants, ce sont tous les salariés qu’il défend. Cet argument invoqué en 1995 et en 2003 n’a pas empêché l’application des réformes au public comme au privé mais en a préservé pour l’instant la SNCF. Il s’agit bien en réalité d’une défense corporatiste.
- J C Mailly , secrétaire général de FO, joint sa voix au précédent pour dénoncer une provocation. Il est dans le registre habituel de FO qui s’arc-boute sur les systèmes existants en refusant de voir ce que cela coûte à ceux qui en sont exclus. Et J C Le Duigou semble enfoncer le clou mais à l’analyse, ses propos (il se prépare une réforme des retraites qui concernera tous les salariés, parce que la réforme de 2003 ne permet pas de régler le problème des retraites) peuvent être interpréter comme on veut.
- A droite, Nicolas Sarkozy semble avoir attendu les réactions de l’opinion (apparemment favorable selon Le Parisien) pour suivre son lieutenant. Villepin a au contraire sauté sur l’occasion de paraître plus social et responsable que son n°2 / ennemi, C’est ce qu’on appelle de la politique à courte vue
- A gauche, il est de bon ton comme l’ont fait Ségolène Royal ou Emmanuelli de contre attaquer, par exemple en s’attaquant aux régimes des parlementaires (pourquoi ne l’ont-ils pas fait quand ils étaient au pouvoir ?)
- Il faut dire que sur ces points, les socialistes ont fait collectivement preuve de démagogie. Il est évident que si Jospin avait été élu en 2002, il aurait fait passer un projet assez proche de celui réalisé par Fillon en 2003. Il a même dit cet été que c’était le PS de F Hollande qui l’avait déconseillé de le faire dès 2001.Tout cela n’a pas empêché le PS de faire assaut de démagogie au congrès du Mans. La majorité a dénoncé une loi socialement injuste (je n’ai toujours pas compris en quoi. Parce qu’elle a permis à ceux qui ont commencé à 14 ans de partir avant 60 ans ?) et elle a ensuite accepté pour faire la synthèse avec Fabius de prévoir l’abrogation de la loi Fillon. Pour faire quoi ? Mystère ! C’est de la folie furieuse
- Ce sujet sera certainement pour moi un critère de choix dans l’urne en 2007. On ne plaisante pas à ce point avec l’avenir du pays et l’égalité entre générations.