Cadre de l'E.N.
La personne que j’ai interrogée est de par sa fonction en contact régulier avec des proviseurs
Sa première remarque concerne l’essor des blogs chez les élèves. Une enquête dans une classe de Segpa (donc parmi les élèves les plus en difficultés scolaire) a montré que près des trois quarts avaient lancé leur propre blog ! Le contenu peut être jugé puéril et affligeant par le professeur, il n’en révèle pas moi chez ces jeunes un rapport plus aisé avec l’informatique qu’avec les disciplines scolaires habituelles !
Les élèves ne se rendent évidemment pas compte qu’ils n’ont pas le droit d’écrire n’importe quoi sur le blog. Régulièrement on découvre que des élèves insultent ou menacent un de leurs professeurs sur leur blog.
Certains professeurs font d’ailleurs une fixation sur le sujet et recherchent systématiquement les blogs de leurs élèves
Quand un dérapage est constaté sur le blog d’un élève, une réunion d’information peut être provoquée avec la classe pour expliquer les aspects techniques et juridiques de ce qu’ils ont fait. En général les parents tombent des nues.
Bien sûr le proviseur concerné ne pouvait ignorer tout cela.
Ce qu’on peut lui reprocher d’abord, c’est d’avoir manqué à son devoir de réserve en s’exprimant sur son métier. Le ministère fait une analogie complète entre l’espace public et le blog. Il invoque le devoir de réserve qui n’aurait pas été respecté.
Concernant l’aspect sexuel, il n’y a pas de raison qu’il n’y ait pas la même proportion d’homosexuels chez les professeurs et les proviseurs que dans l’ensemble de la population. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille le crier sur tous les toits. On peut reprocher des photos « significatives » à défaut d’être pornographiques. Il est probable que la commission paritaire a fait une différence entre cet aspect visuel et l’écrit, et jugé qu’il y avait là un facteur aggravant.
Enfin, l’anonymat n’est pas réellement respecté quand on voit le visage sur une photo et quand la présence à Mende (ou en Lozère) est affirmée, en raison du nombre très réduit de lycées dans ce département.
Mon interlocuteur considère qu’un proviseur doit savoir tout cela, lui qui est chargé d’expliquer aux professeurs leur devoir de réservé, lui qui par expérience quotidienne doit apprendre à faire attention à ce qu’il écrit pour ne pas susciter de réaction disproportionnée.
Donc soit il n’en a pas conscience, et il n’a pas sa place comme proviseur, soit il fait délibérément de la provocation et il doit alors en assumer les conséquences. Il penche plutôt pour la deuxième hypothèse.
Si la faute parait caractérisée et si elle conduit à rendre normale une sanction, celle-ci pourrait apparaître disproportionnée.
Pour lui, la sanction n’est pas disproportionnée si l’on est dans le second cas (celui de la provocation). Elle le serait peut être dans le premier (l’inconscience), ce dont il doute.
Un proviseur est un cadre responsable de l’éducation qui doit maîtriser sa communication publique et ne jamais faire preuve d’inconscience.
L’AEF (agence éducation emploi formation) dans un communiqué reprenant manifestement la position du ministère, décrit le contexte juridique de la sanction et se centre sur le devoir de réserve, mais commence par rappeler quelques chiffres :