Gouvernance
Tous les jours on découvre comment notre pays s’enferme dans une situation qui ne pourra malheureusement qu’être dramatique un jour prochain. L’affaire des visas américains ou celle de la fusion Suez Gaz de France, illustrent chacune à leur manière l’incapacité à maîtriser le fonctionnement courant de l’Etat et une tendance au repli sur ce soi qui ne fait que s’accentuer.
La France avait lancé un appel d’offres pour la réalisation des passeports biométriques réclamés par les américains. Cette appel d’offres avait été remporté par la société française privée Oberthur, qui avait déjà obtenu le marché américain. Le comité d’entreprise de l’Imprimerie Nationale (confrontée par ailleurs à des réductions d’emplois) avait fait appel en référé ce qui a suspendu l’attribution du marché. Finalement, le gouvernement devra confier cette fabrication à l’entreprise publique. On peut estimer que la solution du public et la meilleure ou le contraire. Ce qui est sûr , c’est que pendant 6 mois, l’absence de solution a provoqué un engorgement total du consulat américain et empêché certains de nos ressortissants de faire le voyage : l’Etat ne sort évidemment pas grandi de cette histoire qui fait singulièrement penser à la volte face sur le Clemenceau.
Il y a d’autres exemples : une grande métropole a ainsi voulu revoir la gestion de ses ressources humaines (cela représente plusieurs milliers de fonctionnaires territoriaux) et, n’arrivant pas à gérer l’ensemble des projets lançés, a fait appel à un cabinet de conseil. Le temps de définir le cahier des charges, de réaliser l’appel d’offres et de démarrer les travaux, il s’est passé 2 ans, pendant lesquels les projets en question n’ont pas avancé. Plus grave, une région a lancé un appel d’offres pour la formation des chômeurs. Celui-ci n’ a pas été effectué correctement. L’ANPE régionale ayant connu les mêmes mésaventures, il n’y a pas possibilité cette année de former les chômeurs dans cette région !
Le gouvernement a décidé de fusionner Gaz de France avec Suez, pour éviter à cette dernière une OPA conjointe de Véolia (entreprise française) et de l’ENEL (entreprise italienne. Il s’agit de sauvegarder le caractère national de nos entreprises au moment ou Arcelor est menacée par Mittal. Outre que cette politique ressemble beaucoup à du repli sur soi dont toute l’histoire économique montre qu’il mène à la récession, une politique qui interdit aux étrangers d’acheter les entreprises françaises mais encourage les sociétés françaises à faire leur marché à l’étranger (Le Monde du 8 février se félicitait de voir Hachette Livre accéder au 3ème rang mondial grâce au rachat de Time Warner book) n’est évidemment pas tenable.
Tous ces exemples font plus penser aux agitations frénétiques d’un nageur en train de se noyer qu’à une politique cohérente, orientée par une vision claire de la situation et de l’avenir à construire.