Le management des fonctionnaires
Je devrais peut être dire tout de suite le faible management des fonctionnaires, puisque c’est le constat qu’on va faire ici. Mais il faut d’abord définir de quoi on parle, tant le mot management servi à toutes les sauces, semble pouvoir dire tout et n’importe quoi.
On distinguera donc
ce qui est de l’ordre du management de l’entité, qui consiste à lui définir des orientations et des objectifs, à les décliner en plans d’actions que l’on met en œuvre. Il s’agit on le voit d’une dimension de pilotage et d’organisation.
Ce qui est de l’ordre du management des hommes, qui consiste à préciser ce que l’on attend d’eux, à essayer de les mobiliser sur les objectifs, à les faire progresser en compétences, à reconnaître et sanctionner leurs réussites ou leurs erreurs.
Evidemment, on voit que le management des hommes et de l’entité sont complètement liés : c’est bien avec des hommes et des femmes qu’un collectif fonctionne et atteint ou non ses objectifs.
Dans la fonction publique, ce lien est nié et les deux dimensions du management sont bureaucratisées.
D’un coté, les orientations sont généralement définies dans les administrations centrales. Les membres de celles-ci n’ont en général qu’une expérience de terrain limitée et sont formés à penser définition de règles et de procédures. Ils subissent par ailleurs la production permanente de nouveaux textes législatifs dont ils doivent concevoir les circulaires d’application. Ils sont cloisonnés au sein des administration centrales. Ce sont souvent des fonctionnaires de grande qualité mais le système les met uniquement en situation de conception, sans leur donner la responsabilité et les moyens de la mise en œuvre.
D’un autre coté, la gestion des hommes est organisée par les règles statutaires. Il n’y a pratiquement pas de sanction et de reconnaissance des efforts (ou de l’absence d’efforts) accomplis, l’ancienneté régnant en maître. Les responsables opérationnels n’ont pas de moyens de management des hommes : ils ne les embauchent pas et ils ne les évaluent guère. Si un problème se pose dans l’application des orientations définies en central et qu’un fonctionnaire s’en plaint par l’intermédiaire de son syndicat, sa hiérarchie est quasi systématiquement désavoué. Les hauts fonctionnaires en central vont déplorer que la hiérarchie intermédiaire soit tellement maladroite dans la conduite du changement sans admettre qu’ils font tout pour cela !
Les fonctionnaires font donc ce qu’ils veulent. Cette autonomie peut être un facteur de motivation (on le voit bien chez les médecins ou les professeurs) mais elle peut évidemment aboutir aux pires dérives. Celles-ci sont généralement limitées chez les fonctionnaires qui se trouvent en face de « l’usager »,n celui-ci exerçant une pression de fait pour qu’on s’occupe de lui. Ailleurs, on peut voir de tout, y compris deux fonctionnaires côte à côte dont l’un ne fait quasiment rien et l’autre travaille sans limite.
Mais il y a une alliance objective pour ne rien changer entre
les bosseurs qui défendent leur autonomie et la possibilité de se choisir leurs objectifs et leurs méthodes (cette autonomie étant la seule chose qui rend acceptable un système par ailleurs lourd par sa bureaucratie et non reconnaissant
ceux qui profitent de cet autonomie pour viser des objectifs qui n’ont rien à voir avec la fonction publique.
Comment changer ce système ? Il faut essentiellement
Prendre le pouvoir aux fonctionnels d’administration centrale, le meilleur moyen d’y arriver étant de réduire fortement les effectifs de celle-ci (ce que Claude Allégre avait appelé malencontreusement dégraisser le mammouth)
Le donner aux responsables opérationnels ;