Politique et moeurs
Aux USA, un nouveau scandale de mœurs affaiblit la majorité républicaine à l’approche des élections de mi mandat. D’après le Monde daté du 5, il pourrait faire perdre la majorité au parti de M Bush
L’élu de Floride qui vient en effet de démissionner, est accusé d’avoir envoyé des mails sexuellement explicites à des garçons, mineurs et stagiaires au Congrès. Il co-présidait le groupe parlementaire sur les enfants disparus ou exploités. L’opposition démocrate reproche à la direction républicaine d’avoir étouffé l’affaire.
Vu de France, l’importance donnée à ces affaires de mœurs en Angleterre ou aux USA parait assez exagérée. Chez nous, le fait pour un homme politique d’avoir des aventures est plutôt considéré comme une preuve de virilité et de charme. Giscard, Mitterrand ou Chirac ont eu dans ce domaine une réputation bien établie sans que cela leur soit reproché. Il est vrai qu’on restait dans les normes hétérosexuelles, mais il n’est pas prouvé qu’on était toujours loin du harcèlement.
Au-delà d’une opinion majoritairement plus prude qu’en France, les scandales répétitifs s’expliquent aussi par l’incohérence entre les discours et les pratiques. Les mœurs de certains élus sont d’autant plus inacceptables qu’ils basent leur campagne sur le fait de défendre les valeurs morales. C’est ce qui avait choqué dans les comportements de certains députés conservateurs au Royaume Uni. C’est ce qui choque dans les affaires de prêtres pédophiles.
Peut on connaître en France des campagnes médiatiques sur de tels sujets ? La question se pose t’elle encore après la manière dont la presse (et en particulier le Monde) a traité l’affaire Baudis, dont on pouvait cependant trouver dès le départ les fondements douteux ? Le développement chez nous d’une presse de caniveau n’incite pas à l’optimisme.
Ce qui est peut être nouveau aussi, c’est la manière dont certains responsables politiques se mettent eux même dans le champ de la morale, au risque d’un retour de bâton.
Je ne pense pas ici aux P De Villiers et autres C Boutin, qui ont fait leur un discours militant sur les mœurs. Je pense plutôt à nos deux principaux presque candidats.
Nicolas Sarkozy s’est déjà pincé les doigts : en médiatisant outrageusement sa famille, en donnant un rôle important à Cécilia, il a pris un risque, lequel s’est concrétisé l’année dernière, apparemment sans trop de dommage sur sa côte de popularité. Ségolène Royal défend elle aussi certaines valeurs morales et familiales. Certains considèrent aujourd’hui qu’il y a une certaine incohérence à refuser de se marier (donc à considérer que les relations dans le couple ne regardent pas l’Etat) et dans le même temps à mettre la famille au cœur de son discours politique. Il est vrai que cela ne va pas bien loin et que de plus elle est maintenant pacsée.
Un certain nombre d’éléments commencent donc à se réunir pour que, comme en Amérique, les questions de mœurs prennent place dans nos campagnes électorales. Je ne l’espère pas.